Sports

Fréquenter une salle de muscu, c'est faire du sport?

Hugues Serraf, mis à jour le 12.03.2012 à 12 h 09

Les avis divergent...

Just do it / JD via FlickrCC License by

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La fréquentation d'une salle de musculation n'est pas une chose dont on est censé se vanter. Autant «faire de l'exercice» est socialement valorisé, perçu comme un comportement positif, autant passer plusieurs heures par semaine à soulever de la fonte est considéré comme l'antithèse de l'idéal sanitaire et civilisationnel du «vrai sport».

C'est que rien de ce qui prétend transcender la poursuite d'une boule de cuir sur un morceau de gazon, ou encore les échanges mécaniques de petites balles jaunes au-dessus d’un filet, n’est réellement discernable dans les séances de torture que s’imposent les amateurs de «gonflette».

Pas d’esprit d’équipe, pas de fair play, pas de grand bol d’air vivifiant, aucune de ces métaphores de la vie superbement chorégraphiées pour un public de connaisseurs sur la pelouse du Stade de France ou l’argile de Roland-Garros… Non, juste la métamorphose vide de sens d’un gringalet complexé en monstre de foire à l’aide d’haltères et de stéroïdes!

Magazines masculins

D’autant plus que les revues «pour hommes», cette nouvelle race de périodiques dont l’émergence accélère le déclin de la presse automobile, consacrent un numéro sur deux aux dix moyens imparables de se doter d’une tablette de chocolat abdominale digne de l’ancien gouverneur de Californie. Hey, on imagine assez bien ce qu’il convient de penser d’une demi-portion dont le rêve est de ressembler à Terminator sur les conseils de GQ!

Moi-même, je suis inscrit dans une salle de gym et, en principe, je ne le crie pas sur les toits. Deux fois par semaine, à l’heure du déjeuner, je descends dans les sous-sols d’un immeuble anonyme du quartier de la Bourse pour m’infliger ce qu’un Martien de passage pourrait interpréter comme un bel hommage à Torquemada.

Du moins en prenant pour hypothèse que notre alien ait entendu parler de l’Inquisition, qu’il estime qu’elle soit digne d’admiration et que sa physiologie soit suffisamment proche de la nôtre pour qu’il se figure à quel point il est vain de chercher à soulever son propre poids au-dessus de sa poitrine allongé sur un banc en skaï. Mais bon, que savons-nous des Martiens et du regard qu’ils portent sur le fanatisme religieux et l’hypertrophie musculaire?

C’est tout juste si on le remarque sur la plage

A ma décharge, je ne suis ni un ancien gringalet, ni un futur monsieur Univers. Juste un type moyen qui s’est rendu compte que remplacer le cassoulet-Kronenbourg du mardi et du jeudi par un peu d’exercice ne pouvait pas lui faire de mal.

La faiblesse relative de mon investissement personnel dans la transformation de mon corps en sculpture d’Arno Breker a d’ailleurs été remarquée par mes camarades de souffrance, qui m’en font régulièrement la remarque, mi-rigolards mi-accablés, entre deux séries de squats:

«Ben tu pourrais tout de même prendre un peu plus! Tu ne te foules pas vraiment…»

Honnêtement, ils ont bien raison. Et l’idée de suivre leur exemple en me fixant un objectif de tour de biceps ne m’est jamais passée par la tête. D’abord, du sport, du «vrai», du consensuel, j’en fais déjà par ailleurs. Ensuite, je ne suis probablement pas de la fonte dont on fait le Monsieur Muscle: tiens, en sept ans de pratique régulière, c’est tout juste si j’ai atteint le stade auquel la voisine de serviette sur la plage remarque que vous faites de la muscu… Mais qu’importe : moi, je le sais. Je me sens en forme, j’ai l’impression, lorsque je retrouve mon ordi après une heure de gym et une douche, de recommencer ma journée depuis le début et j’aime bien l’idée d’avoir des pectoraux à un âge où mes semblables restés fidèles au cassoulet du midi ont surtout tendance à se laisser pousser les seins.

«Gonflette»

Ce qui ne m’empêche pas d’avoir préservé les poignées d’amour qui complètent si bien ma calvitie (les femmes adorent) et me donnent l’air d’avoir atteint une position sociale enviable. Un peu comme ces clés de Mercedes ou de Porsche que l’on pose négligemment sur une table de bistrot —l’impact écologique présumé en moins…

Du coup, le regard que je porte sur les culturistes authentiques n’est plus non plus si conventionnel. Et si la muscu est indubitablement une activité égotiste, l’effort qu’elle demande vaut bien celui qu’exigent la course ou l’aviron. La notion même de «gonflette», d’ailleurs, qui tend à suggérer que le muscle se développe à l’aide d’une pompe à vélo pendant que son propriétaire feuillette le dernier numéro de Fitness magazine en sirotant du Gatorade, est totalement inepte et le niveau de concentration atteint par les meilleurs est très impressionnant. Il est vrai que l’atmosphère de l’endroit où vous choisissez de faire vos crunches, vos pull-ups, push-ups et autres flexions-extensions jargonneuses joue beaucoup sur la perception que vous vous ferez de ces forts des Halles en justaucorps Décathlon.

Ma salle à moi, véritable repaire de livreurs, de serveurs de bistrots et d’employés de bureau à 500 mètres de l’un des «gyms» les plus chics de Paris, parce qu’elle pue la transpiration, parce que les vestiaires y sont trop petits, parce qu’elle ne propose ni sauna, ni hammam, ni bronzage, convient parfaitement au double-objectif précédemment évoqué: modération cassouletière et fierté pectorale. Haltères et ego.

Hugues Serraf

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