C'est quoi un «douche» ou un «douchebag»?

Une affiche anti-George W. Bush. jonrawlinson via Flickr CC License by.

Une affiche anti-George W. Bush. jonrawlinson via Flickr CC License by.

Si vous regardez des séries ou des films américains en VO, vous avez déjà dû entendre cette injure. Mais à quoi se réfère-t-elle exactement?

Si vous regardez régulièrement en VO des films ou des séries américaines, vous avez dû repérer un terme qui revient souvent: douche ou douchebag. Que veut dire cette insulte? Nous publions la traduction d'un article de Slate.com sur le sujet.

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Décédé le 1er mars, le chroniqueur conservateur Andrew Breitbart y allait rarement avec le dos de la cuillère, et certains journalistes ont donc suivi son exemple dans leurs nécrologies. Dans Rolling Stone, par exemple, l'article de Matt Taibbi sur Breitbart s'intitule «Death of a Douche» («mort d'un connard»). Depuis quand ce terme (qui désigne littéralement une «poire vaginale», «poire à lavement») est-il devenu une insulte?

Dans les années 1960. Le Dictionnaire historique de l'argot américain fait remonter l'origine de l'injure à une compilation de termes argotiques universitaires recueillis à Brown, en 1968; le mot y est défini comme «une personne qui ne fait jamais ce qu'il faut faire».

L'insulte douchebag est un peu plus ancienne. En 1939, dans le roman Ninety Times Guilty («99 fois coupable»), un maquereau s'appelle Jimmy Douchebag et, toujours selon le Dictionnaire historique de l'argot américain, l'usage de l'adjectif péjoratif remonte à un article publié en 1946 et portant sur l'argot militaire. La définition proposée est «quelqu'un d'inapte au service».

«Terme médisant générique»

Aujourd'hui, personne ne sait vraiment ce que cela signifie de traiter quelqu'un de douche ou de douchebag.  Selon le Oxford English Dictionary, dans son sens dépréciatif, douchebag correspond à un «terme médisant générique» ou, plus spécifiquement, à «une personne peu séduisante et ennuyeuse».

Par rapport à l'usage actuel du terme, ces définitions sont visiblement carrément à côté de la plaque. Dans Rolling Stone, par exemple, Taibbi n'avait pas l'intention de dépeindre Breitbart comme un rabat-joie, vu qu'il louait le talent du défunt commentateur pour faire le show. De même, Taibbi ne se référait probablement pas à l'apparence de Breitbart (bien qu'il mentionne son «visage bouffi à la Joey Buttafuoco et sa splendide coupe de footballeur poivre et sel»).

On peut considérer que douche soit en effet simplement un terme médisant générique, comme ses autres cousins en d-, tels dick (litt. «bite»; con, tête de nœud), dillweed (litt. «poil pubien»; abruti) et dipshit (litt. «qui se trempe dans la merde»; demeuré, cul-terreux). En 2009, un article du New York Times analysant la récente popularité de douche dans les séries donnait la parole à un scénariste de Community pour qui «on recherche constamment une façon plus percutante de traiter quelqu'un d'imbécile».

Une certaine connotation sexuelle

Les insultes douche et douchebag semblent néanmoins avoir une certaine connotation sexuelle. A l'évidence, l'objet matériel auquel le terme se réfère est associé aux organes génitaux féminins. Et les premiers usages péjoratifs du mot désignaient souvent des femmes ou des hommes se comportant comme des femmes. Dans Plexus (1953), le deuxième tome de la Crucifixion en Rose d'Henry Miller, les personnages parlent d'un travesti nommé Minnie Douchebag comme d'une «tarlouze déjantée qui chante et joue du piano» dans un restaurant sur Sheridan Square.

Dans le cultissime Last Exit to Brooklyn (1964) d'Hubert Selby Jr, la prostituée Tralala dit à un homme qu'elle «lui ferait l'amour à le rendre dingue, pas comme cette connasse avec qui il était » («She'd fuckim blind not like that fuckin douchebag he was with») [1]. En 1967, la revue American Speech définissait douchebag comme «une étudiante peu séduisante» ou, «par extension, tout individu que le locuteur souhaite dénigrer».

Elle a fini par s'appliquer aux hommes

Les insultes douche et douchebag ont fini par s'appliquer aux hommes. Le lexicographe et collaborateur de Slate Ben Zimmer mentionne un enregistrement de 1987 de l'émission de Morton Downey Jr., où un membre du public conspue Lyndon Larouche d'un «Larouche is a douche». En 1991, la chanson d'Anthrax Startin’ Up a Posse dit dans un couplet «You’re a douche, you’re a douche, you’re a douche» et semble s'adresser aux patrons des maisons de disque et/ou aux censeurs du gouvernement.

Les hipsters de Brooklyn ont adopté le terme pour décrire des hommes avec «du gel dans les cheveux, une casquette qui leur moule la tête et plusieurs couches de polos pastels au col remonté». Une insulte boomerang, vu qu'à l'extérieur, certains ont proposé de qualifier les habitants de Brooklyn et leurs jeans slims d'un «douchebag of hipsters» («bouffons de hipsters»). Aujourd'hui, à la télé, l'insulte ne s'adresse quasiment jamais à des femmes.

Mais douche et douchebag sont loin d'être les premiers termes péjoratifs à franchir les barrières du genre. Bitch («chienne», «salope») et faggot («pédale») concernaient au départ des femmes, avant de devenir des insultes castratrices pour les hommes. Ces exemples laissent entendre que douche aurait pu signifier, en quelque sorte, un défaut de conformité aux stéréotypes sexuels.

Brian Palmer

Traduit par Peggy Sastre

[1] Traduction de J. Colza pour Albin Michel, 1970. Revenir à l'article

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