Monde

Balkans, Caucase... Que sont devenues les guerres européennes?

Agathe Ranc, mis à jour le 06.04.2012 à 8 h 22

L'Europe commémore les 20 ans du siège de Sarajevo. Quelle est la situation sur le terrain des conflits qui cristallisaient l'attention médiatique dans les années 1990?

Un enfant à vélo dans Grozny, mars 2000. Stringer / REUTERS

Un enfant à vélo dans Grozny, mars 2000. Stringer / REUTERS

Plus de 10% de la population tchétchène tuée au cours de deux guerres successives, 200.000 morts en ex-Yougoslavie entre 1991 et 1999... Ces régions instables sont aujourd'hui quasi-absentes des médias en raison d'une actualité essentiellement diplomatique et de situations géopolitiques complexes. Vingt ans après le début du siège de Sarajevo, le 5 avril 1992, état des lieux des principales zones de conflits européens des années 1990.

Résolution inégale dans les Balkans

Des soldats de la Kfor retirent un blocage sur une route, décembre 2011. REUTERS/Djordje Kojadinovic

Après une guerre d'indépendance achevée en 1999, le Kosovo, ancienne province autonome de la Serbie, a attendu 2008 pour proclamer son indépendance. Reconnu par les Etats-Unis et 22 états membres de l'Union européenne –mais toujours pas par la Serbie–, il reste partagé entre une population à très grande majorité albanaise, et une minorité serbe du nord du pays.

Minorité qui refuse toujours de prendre part aux institutions, parce qu’une telle participation reviendrait à accepter son rattachement au Kosovo indépendant, ce à quoi elle se refuse. Un rejet confirmé en février 2012, anniversaire des 4 ans de l'indépendance de l'ancienne province serbe, par un référendum (sans valeur légale) organisé par les Serbes du nord du pays en février 2012.

Le conflit kosovar est officiellement résolu depuis la fin de la guerre et la reconnaissance internationale (mais pas unanime) de l'Etat. Les indépendantistes serbes continuent cependant de réclamer leur indépendance ou un rapprochement avec la «mère patrie», la Serbie voisine.

Des barricades érigées par les Serbes du Kosovo entre les régions serbes et kosovardes ravivent régulièrement les tensions entre Pristina et Belgrade. Mais de nouvelles négociations entamées fin février entre le Kosovo et la Serbie, relatives notamment à ces points de passage ont permis à la Serbie d'obtenir le statut de candidat à l'entrée dans l'Union européenne.

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A Mostar, Bosnie, immeubles encore détruits et reconstructions, 2 avril 2012. REUTERS/Dado Ruvic

La guerre de Bosnie a été de 1992 à 1995 un autre des conflits marquants de la dissolution yougoslave. Aujourd'hui constituée de deux régions (la République serbe de Bosnie et la Fédération de Bosnie-Herzégovine), la Bosnie-et-Herzégovine est peuplée de Musulmans bosniaques (de langue serbo-croate, qui ne sont pas forcément de confession musulmane) de Croates et de Serbes.

Ces trois ethnies se sont opposées dans une guerre meurtrière —150.000 à 200.000 victimes— à la suite du référendum sur l'indépendance de 1992 boycotté par les Serbes qui souhaitent continuer à faire partie du même état que le reste de leur communauté.

Si la Bosnie était considérée avant 1992 comme l'un des territoires «les moins conflictuels» de Yougoslavie, 20 ans après le début de la guerre, elle est à la traîne dans le processus d'intégration à l'Union européenne qu'elle réclame, et reste «paralysée par des querelle inter-communautaires».

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Commémoration du 20e anniversaire de la destruction de Vukovar par les forces serbes et l'armée Yougoslave, au début de la guerre croate. 2011. REUTERS/Nikola Solic

Slovénie et Croatie sont les ex-républiques yougoslaves à s'être le mieux remis des guerres d'indépendance. La Slovénie est membre de l'Union européenne depuis 2004, tandis que la Croatie va en devenir le 28e membre, en juillet 2013.

Après leurs guerres d'indépendance respectives (guerre des dix jours en 1991 pour la Slovénie, et de 1991 à 1995 pour la Croatie), les deux états sont toutefois opposés aujourd'hui dans un conflit non militarisé autour d'une frontière maritime. La Slovénie dispose en effet d'un accès à la mer de 37km, le Golfe de Piran, qui, enclavé entre les mers italienne et croate, ne permet pas un accès direct aux eaux internationales.

Résultat, face au blocage croate, on a recensé des incidents entre pêcheurs des deux nationalités; la Slovénie, membre de l'Union Européenne depuis 2004, a retardé jusqu'en 2010 l'entrée de la Croatie dans l'UE en posant régulièrement son veto sur les négociations.

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Le commissaire européen à l'élargissement Stefan Fuele entre les drapeaux macédonien et européen à Skopje, mars 2012. REUTERS/Ognen Teofilovski

Les Balkans sont le théâtre d'autres conflits non armés d'ordre diplomatique. C'est par exemple le cas dans le contentieux qui oppose la République de Macédoine à la Grèce. A l'époque où elle fait encore partie de la Yougoslavie, la République de Macédoine porte déjà le nom de Macédoine. Une dénomination non contestée par la Grèce à l'époque, tant qu'il s'agissait d'une appellation géographique et pas d'un état souverain... Ce qui arrive lorsque la Macédoine accède à l'indépendance en 1991.

La Grèce, qui possède aussi une région appelée Macédoine, refuse que le nom et l'histoire macédonienne deviennent slaves. Ce sont ces tensions qui ont notamment contribué à retarder l'entrée de la République de Macédoine à l'ONU, entrée qui s'est d'ailleurs effectuée sous un autre nom accepté par la Grèce, celui d'ARYM (Ancienne république yougoslave de macédoine), et qui bloquent le processus d'adhésion de la Macédoine à l'UE, depuis qu'elle s'est portée candidate en 2005.

Le Caucase, entre conflits ouverts...

La sécurité sera l'une des priorités des organisateurs des Jeux olympiques d'hiver de 2014, qui auront lieu à Sotchi, dans le Caucase russe. Le Caucase russe, c'est d'une part un versant nord, avec des républiques appartenant à la fédération de Russie (Daguestan, Tchétchénie, Ingouchie, Ossétie du Nord, Kabardino-Balkarie, Karatchaïevo-Tcherkessie, Adyguee), et d'autre part un versant Sud et ses trois républiques indépendantes (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan).

Pour Johan Bihr, responsable du bureau Europe de Reporter sans frontières, les «seuls conflits» à appeler par ce nom en Europe «sont ceux qui ont lieu dans le Caucase».

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 Un groupe de soldats russes à Grozny, 2000. REUTERS/Viktor Korotayev

En Tchétchénie, deux guerres, entre 1994 et 1996 puis entre 1999 et 2000, ont opposé des indépendantistes aux forces russes. Et si les opérations antiterroristes russes dans le Caucase ont officiellement pris fin en 2009 et que Poutine affirme avoir normalisé la situation dans cette région, les autorités continuent dans les faits à mener leur combat contre l'insurrection islamiste.

Rebelles présumés et policiers s'opposent régulièrement, entraînant plusieurs morts. Et comme le rappelle Philippe Migault, chercheur à l'Iris, assassinats mafieux et politiques sont également monnaie courante dans une Tchétchénie partagée entre des clans qui se livrent à des règlements de compte.

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Après la première guerre de Tchétchénie, la rébellion indépendantiste s'est considérablement islamisée et étendue hors des frontières tchétchènes à tout le Caucase du Nord, notamment au Daguestan, qui demeure aujourd'hui l'une des régions de la fédération de Russie à être les plus touchées par les violences.

Une photo non datée mais publiée en février 2012 montre un important groupe de rebelles islamistes posant en forêt, au Daguestan. REUTERS

«Depuis le Daguestan, la Kabardino-Balkarie, les parties hautes de la Tchétchénie et de l'Ingouchie, explique Karina Vamling, professeure en études caucasiennes à l'Université de Malmö, on rapporte souvent des attaques meurtrières, et des opérations au cours desquelles rebelles et membres des forces de sécurité sont tués en même temps, évidemment, que des civils. Par exemple, l'année dernière, pas moins de 683 morts ont été signalés dans les conflits armées entre janvier et novembre 2011.»

Le Daguestan a par ailleurs connu un regain de violences au lendemain de l'élection de Vladimir Poutine à la tête de la Russie: Le 6 février, 5 policiers ont été tués dans un attentat kamikaze. Le jour de l'élection, trois policiers étaient déjà morts lors d'une attaque contre un bureau de vote. L'attentat de l'aéroport de Domodedovo, qui avait fait une trentaine de morts en janvier 2011, était également le fait de femmes kamikazes du Daguestan.

... et conflits gelés

Les supporters d'un candidat à la présidentielle sud-ossète réunis sur la place centrale de Tskhinvali, en décembre 2011. REUTERS/Eduard Korniyenko

La Géorgie, ancien membre de l'Union soviétique, a connu des difficultés dès son indépendance avec trois de ses régions, l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie et l'Adjarie, qui réclamaient leur indépendance. Si l'Adjarie est aujourd'hui redevenue totalement géorgienne, Abkhazie et Ossétie du Sud jouissent d'une indépendance reconnue par la Russie (dans les jours qui ont suivi un conflit éclair en août 2008 en réaction à la tentative géorgienne d'envahir le territoire).

La Géorgie a depuis lors rompu toute relation diplomatique avec la Russie, et refuse de reprendre le dialogue tant qu'elle reconnaîtra l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

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Le Haut-Karabagh, terre principalement arménienne mais annexée pendant la période soviétique comme région autonome de l'Azerbaïdjan, à la limite entre Europe et Asie, est le théâtre d'une autre crise gelée du Caucase du Sud. Le conflit au Haut-Karabagh, qui a opposé de 1988 à 1994 les Arméniens de la région (alliés à l'Arménie) aux Azéris, a été l'un des conflits les plus destructeurs d'Europe. Et si le bilan exact des pertes reste difficile à établir, le département d'état américain a fixé le nombre de victimes à 30.000.

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Entre Arménie et Azerbaïdjan, les tensions sont diplomatiques. Toujours opposées sur la sécession du Haut-Karabagh, les deux pays ont rompu le dialogue depuis janvier 2012 et font l'objet de la médiation du groupe de Minsk. Créé en 1992, il travaille aux négociations entre Arménie et Azerbaïdjan, qui s'opposent toujours sur la sécession (les Arméniens la soutiennent tandis l'Azerbaïdjan est en faveur d'un statut autonome mais pas d'une autonomie).

(Article édité le 5 avril 2012 pour une rectification concernant le déclenchement du conflit de 2008 entre Géorgie et Ossétie du Sud. Merci à Abdelghafour pour son commentaire.)

Agathe Ranc

Merci à Philippe Migault, chercheur à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, Johan Bihr de Reporters sans frontières, et Karina Vamling, professeure en étude caucasiennes à l'Université de Malmö, en Suède.

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