Economie

La Grèce peut-elle améliorer sa compétitivité?

Gilles Bridier, mis à jour le 09.03.2012 à 16 h 10

Même avec un salaire minimum amputé de 22%, la Grèce ne va pas restaurer sa compétitivité face à d’autres pays toujours plus «low cost» qu’elle. La concurrence n’est pas seulement asiatique. L’approche doit être globalement européenne.

Les drapeaux de l'Union Européenne et de la Grèce devant le Parthénon d'Athènes, 8 février 2012. REUTERS/ Yannis Behrakis

Les drapeaux de l'Union Européenne et de la Grèce devant le Parthénon d'Athènes, 8 février 2012. REUTERS/ Yannis Behrakis

La Grèce va-t-elle véritablement améliorer sa compétitivité? En théorie, la baisse drastique du salaire minimum, qui vient d’être décidée dans la douleur par le Parlement grec en échange d’un soutien financier international, est destinée à réduire le coût du travail.

En s’en tenant à une stricte approche arithmétique, on pourrait même imaginer que, le salaire moyen ne cessant de progresser en Chine, les dispositions prises par Athènes soient de nature à relocaliser dans le pays des fabrications déplacées en Asie. Pour le plus grand bénéfice de l’Europe tout entière. Malheureusement, il n’en est rien. Et pour les Grecs, les véritables concurrents ne sont pas forcément Chinois.

Le salaire minimum amputé à la hache

Il est vrai que le salaire minimum grec avait progressé plus vite que dans d’autres pays de l’Union européenne. En dix ans de 2002 à 2012, il avait augmenté de 53%, passant de 571 euros par mois à 877 euros. Et selon l’institut de statistiques Eurostat, alors qu’il représentait 50% du Smic français début 2002, le salaire minimum grec en représentait 62% dix ans plus tard.

Mais le couperet est tombé. Sous la pression de l’Union européenne et du FMI pour obtenir un nouveau plan d’aide de 130 milliards d’euros, ce salaire minimum va être diminué de 22% et ramené à 586 euros sur 14 mois, correspondant à 684 euros sur 12 mois.

La cure d’austérité est violente pour les salariés grecs. Tous les salariés. Car si seulement 12% des travailleurs grecs sont cantonnés à ce niveau de rémunération, il détermine l’évolution de l’ensemble des grilles de salaires. Toutefois, même si le coût du travail est appelé à baisser très significativement en Grèce, il n’est pas certain que des entreprises soient incitées à s’établir sur place pour créer de la valeur ajoutée grecque. Sauf dans quelques secteurs bien spécifiques, liés notamment au tourisme.

En Chine, une évolution symétrique

Pourtant, à l’autre bout du monde, le mouvement est inverse. La revalorisation des salaires chinois va bon train. L’an dernier, selon le ministère chinois des ressources humaines, le salaire moyen des ouvriers migrants d’origine rurale (ceux du bas de l’échelle qui fournissent les bataillons de la main d’œuvre à bas prix) a progressé de 21% à 325 dollars, soit 250 euros.

Certes, les situations ne sont pas homogènes dans toutes les régions. Et les disparités peuvent être grandes d’une usine à l’autre, selon que l’employeur est une entreprise chinoise ou une filiale d’un groupe occidental. Mais voilà déjà plusieurs années que, dans les régions de Shenzhen, et de Guangzhou comme de Shanghai et de Pékin, les hausses de salaires se succèdent à hauteur de 10 à 20%, notamment dans l’industrie automobile et les high-tech.

A tel point que «l’avantage de la Chine sur de nombreux produits devrait se réduire de 10% à 15%», indique un rapport du Boston Consulting Group, cité par Le Quotidien du peuple. Si, par ailleurs, on prend en compte les coûts de transport entre l’Asie et l’Europe (par exemple, entre 1.500 et 2.000 dollars pour l’acheminement d’un conteneur entre Shanghai et Paris), toute hausse des coûts en Chine renforce la compétitivité des pays d’Europe pour les consommateurs de l’Union européenne.

Des pays plus compétitifs en Europe

La Grèce pourrait-elle en profiter? Probablement pas. Cette convergence des courbes des salaires est malgré tout illusoire. D’abord, une différence substantielle subsiste encore. Ensuite, les entreprises qui quittent la Chine aujourd’hui en quête de coûts plus attractifs vont vers le Vietnam, l’Inde, le Bangladesh. Enfin, la concurrence la plus redoutable pour la Grèce n’est pas forcément située en Asie, mais au centre même de l’Europe.

Eurostat fait état, pour début 2012, de salaires minima mensuels à 138 euros en Bulgarie et 161 en Roumanie, deux pays voisins de la Grèce où les planchers salariaux sont trois à quatre fois plus bas, et moins de 300 euros en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Hongrie, moins de 350 euros en République tchèque, en Pologne, en Slovaquie…

Autant de pays qui retiennent déjà l’attention des investisseurs en quête d’emplois à bas coûts, et qui demeurent toujours plus compétitifs que la Grèce malgré les coupes à la hache décidées par Athènes. En outre, pour cette concurrence européenne, le différentiel dans les coûts de transport intervient peu. Enfin, ce sont des pays qui, généralement, pratiquent des fiscalités compétitives précisément pour attirer des entreprises.

Un bond de sept ans en arrière

D’autres facteurs doivent être pris en considération. Pour les experts de Natixis, le recul des coûts salariaux en Grèce ne pourra profiter au pays à cause «de l’effondrement de l’offre et de la désorganisation de l’économie». Ainsi, en 2011, le produit intérieur brut a encore reculé et est revenu au même niveau qu’en 2004. «Une hausse de la compétitivité permettra sûrement d'exporter un peu plus mais cela ne sera pas suffisant pour éliminer le déficit courant», commente Philippe Waechter, de Natixis Asset Management.

L’horizon de la Grèce est dans l'ensemble plus sombre que celui de l’Espagne et du Portugal qui peuvent espérer une relance de leur activité suite à la baisse du coût du travail dans ces pays.

En réalité, l’objectif est autre: «Il faudra peser sur les importations, et le meilleur moyen d'y parvenir est d'infléchir durablement la demande interne», l’activité dût-elle en pâtir dans un premier temps. Le mouvement était engagé avant même que le nouveau programme d’aide soit décidé: alors que le PIB par habitant représentait en Grèce 93% de la moyenne européenne, il est retombé à 80% à la fin 2011. Ce repli va se poursuivre.

D’où la colère qui, en Grèce, ne se limite plus seulement aux manifestant qui défilent sous les bannières des «indignés», et l’extrême fragilité de la situation, aussi bien sur le plan social qu’économique et politique.

On voit bien que, pour la Grèce comme pour d’autres pays, la solution réside dans une approche européenne globale qui ne se limite pas au portefeuille. Des politiques coordonnées, qui figuraient au programme de l’Europe avant que la vision anglo-saxonne ne l’emporte, doivent être exhumées pour éviter le suicide collectif.

Gilles Bridier

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Journaliste
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