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Jacques Attali: l'heure de vérité

Jacques Attali, mis à jour le 06.03.2012 à 15 h 01

L'idée –impraticable– de taxer les plus riches comme le propose François Hollande est utile: elle indique que tout le monde devra être mis à contribution pour sortir le pays de la crise.

REUTERS/Leonhard Foeger

REUTERS/Leonhard Foeger

La proposition de François Hollande de taxer à 75% la part des revenus personnels dépassant 1 million d'euros annuels par foyer fiscal est à la fois totalement impraticable et extrêmement utile.

Impraticable, parce que personne, parmi les très rares personnes concernées, n'acceptera sans fuir le pays de se voir confisquer ainsi les trois quarts (en fait, les quatre cinquièmes) de ce qu'il gagne au delà du million d’euros, que cela soit justifié ou non; parce qu'on ne taxerait ainsi que la réussite, et non la fortune héritée; et parce que, pour en arriver à ce ratio d'impôt sur les revenus les plus élevés, il faudrait augmenter massivement l'impôt sur tous les revenus, à partir d'un niveau très bas.

Mais extrêmement utile, aussi, parce que cette proposition révèle que, en raison de l'extrême gravité de la situation des finances publiques françaises, tout le monde devra être massivement mis à contribution. Autrement dit, c'est parce que le Président sortant n'a pas maîtrisé les dépenses publiques, et parce qu'il a diminué avec entêtement les impôts des plus riches, à coups de niches fiscales, que son successeur sera obligé de prendre des mesures brutales.

Les vraies données budgétaires du pays ne sont d'ailleurs pas connues et, comme le montre le cas espagnol, où beaucoup de dépenses ont été masquées et retardées par l'Etat, il y a fort à parier que les finances publiques françaises sont dans un état bien plus désastreux encore qu'on ne le dit: on se réveillera sans doute, au lendemain du 6 mai, en un moment de vérité, avec une situation désastreuse, que les marchés, c'est-à-dire nos prêteurs, s'empresseront de nous faire sentir.

A mon sens, pour tenir les modestes objectifs annoncés par les principaux candidats (un équilibre budgétaire à la fin du prochain mandat présidentiel), il faudra trouver au moins 20 milliards en 2012 et 30 milliards en 2013. Cela exigera des économies intolérables, des hausses d'impôts considérables et la disparition de la plupart des niches fiscales.

Les unes et les autres ne pourront pas ne pas concerner toute la population, frappant seulement les plus hauts revenus ou les plus grandes fortunes. Mais —et c'est l'élément le plus révélateur dans cette situation— quoi que l'on fasse pour réduire la dette publique (effrayer les entrepreneurs par des impôts très lourds, pénaliser les plus pauvres en réduisant les dépenses sociales, matraquer la consommation, diminuer les investissements publics), cela aura inévitablement un impact négatif sur la croissance, qui est pourtant la seule solution durable au chômage et à l'endettement.

Il est donc urgent de réfléchir en termes non plus de réduction de la dette publique, mais de relance de la croissance. En termes de réduction de la pauvreté et non de sanction de la richesse. Et, pour y parvenir, le nouveau Président n'échappera pas à trois actions d'urgence.

› Commanditer, sans doute à la Cour des comptes, un audit des finances publiques, pour qu'on sache vraiment, objectivement, au plus vite, l'ampleur de la rigueur nécessaire.

› Relancer au plus vite toutes les réformes de structure porteuses de croissance, parfaitement identifiées, mais qui n'ont pas été mises en œuvre parce qu'elles remettent en question des intérêts particuliers aujourd'hui très puissants.

› Proposer un saut vers un fédéralisme européen, seul moyen de financement sain de grands investissements porteurs de croissance.

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