Monde

Iran: Obama et Netanyahou ne peuvent cacher leurs profondes divergences

Jacques Benillouche, mis à jour le 06.03.2012 à 11 h 26

En dépit des signes d'apaisement, Washington et Jérusalem restent profondément divisés sur la façon de faire face à la menace nucléaire iranienne.

Barack Obama et Benjamin Netanyahou dans le bureau ovale de la Maison Blanche le 5 mars 2012. Jason Reed / Reuters

Barack Obama et Benjamin Netanyahou dans le bureau ovale de la Maison Blanche le 5 mars 2012. Jason Reed / Reuters

Barack Obama a rencontré solennellement le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 5 mars 2012 à Washington. Les deux dirigeants ont confronté directement leurs points de vue sur le programme d'armement nucléaire iranien et la façon d'y mettre un terme.

Ce n'est un secret pour personne. Les relations entre le président américain Barack Obama et Benjamin Netanyahou ne sont pas vraiment excellentes. La méfiance règne et le soupçon est permanent des deux côtés. Barack Obama craint de se faire piéger par Netanyahou qui l'entraînerait dans une guerre qu'il ne veut pas et qui est de fait bien plus proche des républicains que de lui. Quant à Netanyahou, il ne fait pas confiance à Obama et considère que la sécurité d'Israël ne peut pas reposer sur la parole d'une administration jugée faible et pusillanime qui a déjà lâché quelques-uns de ses alliés au Proche-Orient, dont Moubarak.

On se rappelle qu’à une réunion à Paris, alors que le micro était ouvert, Nicolas Sarkozy avait avoué qu’il «ne pouvait pas supporter Netanyahou» ce à quoi, Obama lui avait répondu: «C'est un menteur. Vous en avez marre avec lui, mais je dois lui faire face, même plus souvent que vous.» Ces propos résument l’état d’esprit qui a précédé la réunion de Washington. De part et d'autre, on convient toutefois que les enjeux dépassent les personnes et qu’il faut surmonter les divergences pour parvenir à un consensus sur la façon de faire face à la capacité nucléaire de l’Iran.

Avant le sommet, Barack Obama avait fait un premier pas pour combler le fossé qui sépare les deux dirigeants et donner des gages. Dans une interview au magazine The Atlantic, il est allé plus loin qu’il ne l'avait jamais fait jusqu’alors, menaçant l’Iran d’une frappe s’il n'y a pas d’autres moyens pour l'empêcher de se doter d'armes nucléaires:

«Je pense que le gouvernement israélien reconnaît que, en tant que président des États-Unis, je ne bluffe pas. Mais je pense que l'Iran et Israël reconnaissent que lorsque les États-Unis affirment qu'il est inacceptable pour l'Iran d'avoir une arme nucléaire, ils entendent ce que nous disons.»

Pas de conférence de presse

Seule la question iranienne a été à l’ordre du jour. Les deux dirigeants ont d'ailleurs préféré ne pas aborder le sujet critique qui les avait amenés à un point de rupture: le processus de paix israélo-palestinien, afin de ne pas ajouter un autre sujet de divergence.

Si les deux dirigeants ont échangé quelques mots devant les journalistes avant de se réunir dans le Bureau ovale, un signe ne trompe cependant pas. Ils ont décidé de ne pas étaler leurs divergences, face à l’opinion, en n’organisant pas de conférence de presse commune après leur entretien. Aaron David Miller, ancien conseiller sur le Moyen-Orient des secrétaires d’État républicain et démocrate, avait bien résumé les objectifs de Netanyahou et Obama:

«Bibi voudrait obtenir le feu vert d'Obama pour frapper les sites nucléaires de l'Iran s'il le juge nécessaire et il ne l’obtiendra pas. Et Obama veut un feu rouge, c'est-à-dire l'engagement de Netanyahou à donner plus de temps aux sanctions, et il ne sera pas sûr aussi de l'obtenir.»

«Le destin d'Israël»

Barack Obama n’a d'ailleurs pas esquivé les difficultés:

«Une chose que j'ai trouvée dans le travail avec le Premier ministre Netanyahou, c'est que nous pouvons être très francs, l’un vis-à-vis de l’autre. Quand nous avons des différences, elles sont d'ordre tactiques et non stratégiques.»

L’ancien ambassadeur israélien aux États-Unis, Zalman  Shoval, a expliqué la position israélienne par des références bibliques:

«Pour Obama, c'est un moment incroyablement délicat, politiquement. Mais pour Netanyahou, il va au-delà du politique car il est convaincu non seulement de la gravité de la menace, mais aussi qu'il a dans ses mains le destin à la fois d'Israël et du peuple juif.»

Netanyahou a ainsi affirmé qu'Israël doit rester «maître de son destin» et «ne peut pas vivre sous la menace d'un anéantissement». Si de son côté Barack Obama est convaincu  qu'un Iran nucléaire est «inacceptable» pour les États-Unis,  il a réaffirmé qu’il préférait une solution diplomatique. Il a exhorté Benjamin Netanyahou à donner du temps aux sanctions diplomatiques et économiques avant de recourir à une action militaire. Il a d’ailleurs cherché à rassurer en Israël et aux Etats-Unis, la veille, à l’occasion d’une réunion avec l’AIPAC, le très puissant lobby pro-israélien, précisant qu’il maintenait ouverte l’option militaire. «Mais par souci de la sécurité d'Israël, de la sécurité de l'Amérique et de la paix et la sécurité du monde, l'heure n'est pas aux fanfaronnades», a expliqué le président des Etats-Unis.

La réunion dans le bureau ovale aura duré deux heures dans une atmosphère lourde avec la seule présence des conseillers à la défense, l’Américain Tom Donilon et l’Israélien Yaakov Amidror. Elle était à la fois «sympa, simple, et grave» selon un fonctionnaire de la Maison Blanche. Sans surprise, les discussions n’ont pas permis de réduire des divergences fondamentales, non sur le constat –le danger d'une République islamique d'Iran disposant de l'arme atomique– mais sur la façon de juguler cette menace. Barack Obama a fait valoir que les sanctions de l'Union européenne et la mise sous liste noire de la banque centrale de l'Iran pourraient forcer Téhéran à rejoindre la table de négociation. «Nous pensons qu'il y a encore une fenêtre qui permet de trouver une solution diplomatique à cette question», a déclaré le président.

La reine Esther à la rescousse de Netanyahou

La secrétaire d’État Hillary Clinton, le secrétaire à la Défense Léon Panetta, le chef d’état-major américain Dempsey Martin et l’ambassadeur israélien Dan Shapiro se sont joints à la réunion pour le déjeuner. Clin d’œil historique, Netanyahou a offert au président américain, la Méguilat Esther. La légende qui fait partie de la tradition juive et est lue lors de la fête de Pourim les 7 et 8 mars relate l’histoire du Perse Aman qui voulait anéantir le peuple juif et de la courageuse Esther femme d'origine juive du roi Assuérus qui l'a empêché.

Le Premier ministre israélien a remercié Barack Obama pour avoir affirmé, dans son discours du 4 mars, que «quand il s'agit de sa sécurité, Israël a le droit, le droit souverain de prendre ses propres décisions». Lors de la réunion à la Maison Blanche, le Premier ministre israélien a tenu à préciser qu’Israël n’avait pris aucune décision d’attaquer l’Iran mais que les deux pays avaient décidé de coordonner leurs actions. Il a mandaté pour cela le chef d’état-major, Benny Gantz, qui doit rencontrer ses homologues américains à Washington.

Dans un point de presse face aux journalistes israéliens, Netanyahou a ajouté:

«Nous avons réussi à persuader la communauté internationale qu'il s'agit d'une menace réelle pour le monde entier. Les positions que j'ai présentées sur la question iranienne ont été acceptées avec compréhension à la Maison Blanche. C’est ce qu’Obama  m'a dit au cours de la réunion à huis clos et non pas face aux caméras.»

Ceci dit, Benjamin Netanyahou rentre en Israël avec une seule certitude. Il devra prendre, seul, la décision sans doute la plus lourde de sa vie d'homme d'Etat.

Jacques Benillouche

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Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
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