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La relation franco-allemande plus forte que le complot anti-Hollande

Daniel Vernet, mis à jour le 06.03.2012 à 7 h 12

L’impératif de la coopération franco-allemande l’emportera toujours sur les querelles de personnes et de début de mandats.

Le 14 décembre 2012 au Bundestag. REUTERS/Tobias Schwarz

Le 14 décembre 2012 au Bundestag. REUTERS/Tobias Schwarz

Un «accord tacite», selon l’expression du magazine allemand Der Spiegel, n’est pas à proprement parler un complot. Mais le résultat est le même: François Hollande ne sera pas reçu pendant la campagne présidentielle par les dirigeants conservateurs des principaux pays européens.

Bien que Berlin ait mollement démenti, l’hebdomadaire de Hambourg affirme qu’Angela Merkel, Mario Monti (Italie), Mariano Rajoy (Espagne) et David Cameron (Grande-Bretagne) se sont entendus pour laisser le candidat socialiste faire antichambre. C’est nouveau, en particulier dans les relations entre responsables français et allemands.

Dans le passé récent, on avait pris soin, des deux côtés, de ménager l’avenir, en recevant les impétrants. En 2007, la chancelière avait accueilli Ségolène Royal à la chancellerie. En 2002, alors qu’un social-démocrate, Gerhard Schröder, était au pouvoir à Berlin, Jacques Chirac avait même décoré à l’Elysée son challengeur Edmund Stoiber de la légion d’honneur.

Cette incursion des partenaires européens dans une campagne électorale n’est donc pas une nouveauté. En 1981, le chancelier (social-démocrate) Helmut Schmidt aurait préféré voir son ami Valéry Giscard d’Estaing faire un second mandat plutôt qu’assister à la victoire de François Mitterrand et de l’Union de la gauche.

La différence avec aujourd’hui est que naguère, on y mettait les formes. En 2012, les préférences s’expriment ouvertement. C’est une preuve supplémentaire que la politique européenne ne peut plus être distinguée de la politique intérieure et qu’elle en est partie intégrante.

Angela Merkel et ses amis ont un intérêt immédiat à montrer qu’ils désapprouvent le programme et les intentions de François Hollande. A tort ou à raison, le candidat socialiste mise sur une politique économique aux antipodes de celle imposée par l’Allemagne à la zone euro, une politique fondée sur la relance, sur les investissements y compris les investissements publics.

Certes, il promet de ramener les comptes publics à l’équilibre en 2017 mais ces interlocuteurs étrangers n’y croient pas. Ils voient en lui l’héritier d’un socialisme à la française qui n’a pas encore accompli sa mue social-démocrate.

Le péché de François Hollande est aussi de remettre en cause le pacte fiscal que la chancelière allemande a convaincu ses partenaires d’adopter, sous peine d’être privés de toute forme de solidarité. Le candidat socialiste veut le «renégocier» pour y ajouter une composante «croissance» dont il déplore l’absence. Peut-être aurait-il été plus habile de proposer de le «compléter» plutôt que de le renégocier, comme le lui suggéraient quelques-uns de ses conseillers.

Cela aurait été moins payant électoralement mais diplomatiquement plus acceptable.

Qu’Angela Merkel soit mécontente, c’est compréhensible mais de la part des autres «comploteurs», l’ostracisme anti-Hollande est plus curieux. Depuis qu’il a succédé à Silvio Berlusconi, Mario Monti plaide pour que la croissance ne soit pas l’oubliée de la politique européenne. Mariano Rajoy, pour sa part, a annoncé que l’Espagne ne pourrait pas respecter les mesures d’austérité qui lui sont imposées.

Quant à David Cameron, il a purement et simplement refusé de signer le pacte fiscal. En demandant sa renégociation, François Hollande pourrait se trouver des alliés. Après le 6 mai.

Le climat n’étant pas au beau fixe dans la coalition gouvernementale allemande, le ministre des affaires étrangères, le libéral Guido Westerwelle, a fait officieusement savoir qu’il désapprouvait l’attitude de la chancelière. L’impression d’un boycottage du candidat socialiste pourrait peser sur les relations franco-allemandes, dit-on dans son entourage.

Le risque est double en effet. Sans aller aussi loin que Dominique de Villepin qui qualifie le soutien apporté par Angela Merkel à Nicolas Sarkozy de «baiser qui tue», il n’est pas sûr que cette manifestation de solidarité aide le président sortant. Elle suggère en filigrane l’ascendant pris par l’Allemagne dans l’UE.

D’autre part, la chancelière a certainement été informée par son ambassade à Paris que l’hypothèse d’une victoire du candidat socialiste le 6 mai ne pouvait être exclue. Une hostilité trop marquée pèserait sur ses relations avec François Hollande, si celui-ci devait être son interlocuteur après le 6 mai. Au moins dans les premiers temps.

Avec Nicolas Sarkozy déjà, les premiers mois avaient été difficiles, marqués par une incompatibilité d’humeur. C’est une question autant personnelle que politique.

Finalement l’impératif de la coopération franco-allemande l’a emporté et on peut parier, sans grand risque de se tromper qu’il l’emportera encore si d’aventure Angela Merkel et François Hollande devaient travailler ensemble. L’épreuve de force feutrée d’aujourd’hui déterminera celui qui donnera le ton.

Daniel Vernet

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Journaliste
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