Le penis captivus: peut-on comme dans Les Infidèles rester bloqué pendant le coït?

C'est une des scènes des «Infidèles» mais ce phénomène est tellement rare que son existence même est mise en doute: alors, mythe ou réalité?

Observons deux papillons. (Photographiés au Népal en 2011. REUTERS/Navesh Chitrakar

- Observons deux papillons. (Photographiés au Népal en 2011. REUTERS/Navesh Chitrakar -

Tout s’était plutôt bien passé jusque-là. Vous aviez réussi à séduire cette fille et à la persuader de bien vouloir coucher avec vous. Après quelques préliminaires, vous entamez l’acte sexuel à proprement parler.

Et soudain, le va-et-vient est interrompu. Un blocage. D’abord vous n’y croyez pas, vous donnez, une légère secousse en arrière et vous vous apercevez, paniqué, que votre sexe est coincé dans le vagin de votre partenaire! L’excitation laisse alors place à l’affolement. Puis à la honte d’appeler au secours et d’arriver aux urgences dans cette position. Vous êtes victime d’un penis captivus.

Dans le film avec Jean Dujardin, Les Infidèles, sorti le 29 février, Gilles Lellouche se retrouve ainsi le sexe bloqué dans le vagin de sa partenaire lors d’un acte sexuel adultère. Si cela est fréquent chez les chiens, est-ce vraiment possible chez l’homme?


Les Infidèles Teaser 2 - Gilles Lellouche par sortiescinema

Une légende urbaine?

Sur Internet, l’angoisse est palpable. De nombreux témoignages rapportent des épisodes de penis captivus, le vagin de la femme se révélant un redoutable piège, le couple finissant aux urgences, comme sur doctissimo, par exemple.

Mais ces témoignages sont difficiles à prendre au sérieux (un autre post du site s’intitule par exemple «ma copine mâche des chips pendant la fellation»).

Le côté spectaculaire et rare de la chose la rend fascinante. Tout ce qu’il faut pour créer une légende urbaine. Alors s’agit-il d’un mythe? L’angoisse de castration est souvent à l’origine de légende comme celle du vagin à dent illustrée par le très féministe film Teeth où une jeune fille transforme son vagin en arme d’émascultation massive.

Même les guides d’urgentistes se posent la question: l’ouvrage de référence Urgences médico-chirurgical de l’adulte des Dr Carli, Riou et Télion s’interroge:

«Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une véritable entité clinique ou bien de jeux d’adolescents transformés en mythe de salle de garde.»

Un article paru dans le très sérieux British Medical Journal en 1979, se penche sur l’existence du phénomène et retrace ses différentes occurrences. Selon des récits médiévaux, des amants forniquant dans une église se seraient ainsi retrouvés bloqués pendant des heures, libérés seulement par des prières et des seaux d’eau froide.

Toute légende urbaine a une fonction moralisatrice, comme l’explique Jean Brunot Renard et Véronique Campion Vincent dans De sources sûre. Nouvelle rumeurs d’aujourd’hui. Ici, le penis captivus semble venir sanctionner l’adultère et le blasphème.

Mais au XIXe siècle, deux cas sont rapportés par des gynécologues allemands. Les épisodes décrits n’ont rien à voir avec la légende: une durée de quelques minutes, pas d’hospitalisation. Pour l’auteur de l’article, la rareté des descriptions suggère que «le penis captivus, n’est pas seulement rare, mais aussi relativement transitoire, avec des conséquences moins sensationnelles que celles colportée par la rumeur».

Pourtant quelques années plus tard, le même British Medical Journal publie l’article d’un médecin rapportant qu’il a soigné en 1947 à un jeune couple amené à l’hôpital sur un même brancard, bloqué en plein accouplement. S’il est rarissime et plutôt de courte durée, le penis captivus existe donc bel et bien et peut exceptionnellement amener des bêtes à deux dos aux urgences.

La solution : un valium et un toucher rectal

Chez le chien, le phénomène est assez fréquent et dû au gonflement du gland de l’animal. Il n’est pas rare de voir deux chiens accolés, étonnés de ce qui leur arrive.

Mais chez l’homme? «La seule explication pourrait être un spasme du muscle releveur de l’anus», explique le Dr Neidhart, professeur d’anatomie à l’Université de médecine de Lyon 1. «Un des faisceaux de ce muscle part du pubis, passe sur les côtés du vagin et fait le tour du rectum. S’il y a un spasme, comme une crampe, cela peut avoir pour effet d’écraser le vagin le contre le pubis et d’emprisonner la verge.»

Le penis captivus résulterait donc d’une contraction musculaire involontaire. Le même mécanisme se produit dans le vaginisme, sauf que pour ce dernier la contraction de la musculature vaginale a lieu avant la pénétration.

Le Dr Delantin, urgentiste à Chalon-sur-Saône, a été confronté à un cas de penis captivus durant sa carrière:

«En 1995, en poste aux urgences à l’Hôpital de Montceau-les-Mines, j’ai vu les pompiers hilares amener un mari et sa femme, coincés en position du missionnaire. La sonnerie du téléphone les avait surpris au plus mauvais moment, alors qu’elle approchait l’orgasme.»

Si le stress peut être excitant, il peut aussi exceptionnellement provoquer ces étreintes involontairement prolongées. Dans ce cas-là, un traitement myorelaxant par valium administré à la femme avait été nécessaire pour desserrer l’étau vaginal. 

Mais alors que faire dans cette situation délicate pour éviter de se retrouver coincés l’un dans l’autre?

«On peut améliorer la situation, en mettant un doigt dans l’anus de la femme et en tirant en arrière», explique le Dr Neidhart:

«On élongue alors le muscle ce qui lève le spasme. Comme il suffit de mettre le membre en extension  pour lever une crampe du mollet ou de la cuisse.»

Toucher rectal et valium, avis à ceux à qui ça arriverait…

Clément Guillet

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Publié le 07/03/2012
Mis à jour le 07/03/2012 à 17h14
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