Des bijoux du cinéma, gratuits et légaux, ça vous dit?

Extrait de «La Nuit des Morts Vivants», de George Romero. DR

Extrait de «La Nuit des Morts Vivants», de George Romero. DR

Il y a une alternative au décédé Megaupload pour regarder des chefs d'œuvres en ligne.

Toi aussi, tu pleures la fermeture de Megaupload. Pas parce que tu es un ardent défenseur du direct download, mais parce que des pépites y étaient hébergées, du cinéma bis aux éditions rares de vinyles de toutes les nationalités patiemment uploadées par des armées de cinéphiles/mélomanes volontaires et désintéressés.

Mais nos larmes ne nous ramèneront pas tout ça, inutile donc d’en faire trop. Tournons-nous vers ce qu’il reste, et qui ne nous quittera pas: tous les films en accès gratuit et légal sur Internet, trop souvent ignorés car leur agrégation sur certains sites est étrangement assez peu connue. Et une chance incroyable de voir les plus grands classiques du cinéma, au côté d’excellents films moins connus.

Le site archive.org tente par exemple de rassembler tous les films tombés dans le domaine public. Il se présente comme une bibliothèque:

«Nous construisons une bibliothèque numérique de sites internet et autres artefacts culturels sous forme numérique. Comme une bibliothèque classique, nous sommes en accès libre aux chercheurs, historiens, étudiants, et au public

La catégorie «longs métrages de cinéma» contient 3.123 œuvres, toutes visionnables légalement. Et les amateurs de films noirs, d’horreur, bis, ou de screwball comedies sont servis. La nuit des morts vivants, premier opus de la saga des zombies de Romero fait partie des films les plus visionnés sur le site, au côté des 39 marches d’Hitchcock, ou de la comédie classique (et fabuleuse) La dame du vendredi.

Les utilisateurs peuvent eux-mêmes charger les films qu’ils souhaitent sur le site: il suffit que ces films soient dans le domaine public. Et le site donne une série de règles de droit américain qui permettent à l’utilisateur de déterminer l’état du droit sur le film en questions.

Pour savoir si un film est dans le domaine public, la première question est simple: existe-t-il une notice «copyright» visible sur le film?

Contrairement au droit français, dans lequel les œuvres sont protégées à partir du moment où elles existent et sont originales, en droit américain, la notice «copyright» doit absolument être apposée sur l’œuvre pour que le droit d’auteur s’applique. Un oubli, lors du changement de nom du film «La nuit des morts vivants», qui devait au départ s’appeler «Night of the flesh eaters», l’a fait tomber aussitôt dans le domaine public.

On peut par conséquent le trouver chez quelques 23 éditeurs DVD selon iMdb, sur youtube ou google vidéo en intégralité et, donc, sur archive.org. Tous les films qui n’ont pas de notice «copyright» sont donc dans le domaine public.

Pour les autres, ceux qui n’ont pas omis cette mention, le site offre une liste de règles générales, par dates, pouvant souffrir d’exceptions. Les films sortis avant 1923 sont a priori dans le domaine public, sauf s’ils ont fait l’objet d’une restauration, ou d’un ajout de musique déposée.

Pour les films de 1923 à 1949, on propose de poser la question sur les forums, pour ceux de 1950 à 1963, Archive.org renvoie vers la base de données de la librairie du Congrès américain concernant le renouvellement des droits d’auteurs sur les œuvres américaines. Et enfin, les œuvres postérieures à 1964 n’ont a priori aucune raison d’être dans le domaine public.

A titre d’exemples, et pour vous aider à défricher les milliers d’œuvres à disposition, voici une sélection personnelle de films qu’on peut trouver sur le site:

Les incontournables:

L’homme de la rue (Capra, 1941)

La dame du vendredi (Hawks, 1940)

D.O.A (Rudolph Mate, 1949)

Le criminel (Orson Welles, 1946)

Les 39 marches (Hitchock, 1935)

Freaks (Tod Browning, 1932)

M le maudit (Fritz Lang, 1931)

Les Diaboliques (Clouzot, 1955)

La nuit des morts-vivants (Romero, 1968)

Une femme disparaît (Hitchcock, 1938)

Mon homme Godfrey (Gregory La Cava, 1936)

Charade (Stanley Donen, 1963)

Suddenly (Lewis Allen, 1954)

Steamboat Bill Jr (Buster Keaton, 1928)

Le mécano de la Generale (Buster Keaton, 1926)

L’ange bleu (Josef Von Sternberg, 1930)

Le cuirassé Potemkine (Eisenstein, 1925)

My favorite brunette (Elliott Nugent, 1947)

Le cabinet du Dr Caligari (Robert Wiene, 1919)

La petite boutique des horreurs (Roger Corman, 1960)

Shame (Roger Corman, 1962)

Et une petite sélection de séries b/cinéma bis :

Plan 9 from outer space («the worst film ever made») (Ed Wood, 1959), Carnival of souls (Herk Harvey, 1962) The last man on earth (Ubaldo Ragona, 1964), Dementia 13 (Coppola, 1963) The Gorilla (Allan Dwan, 1939), Les morts-vivants (Victor Halperin, 1932), Santa Clause conquers  the Martians (Paul L. Jacobson, 1964), Lady Frankenstein (Welles & Luppi, 1971)

Média éducationnel

Tandis que Archive.org héberge lui-même les vidéos des films proposés, d’autres sites se contentent d’agréger des liens vers les films disponibles gratuitement et légalement sur Internet. Un des plus populaires est Open culture, site fondé en 2006 et tenu depuis par Dan Colman, doyen de l’université de Stanford.

«Dan Colman parcourt le web à la recherche du meilleur du web éducatif. Il trouve des cours gratuits, des livres audio, les cours de langue et les films que vous cherchez (…)», annonce le site. Un peu à la manière de Archive.org donc, Open culture se veut être un média éducationnel, partageant du nouveau contenu culturel et éducatif tous les jours.

«Nous n’hébergeons pas les contenus vidéo ou audio nous-même, nous précise Dan Colman, ils sont tous hébergés par des tiers, YouTube ou Archive.org pour la plupart.» A priori, aucun problème de droits d’auteur pour le site, donc.

«La plupart des films sont dans le domaine public, mais certains ont été publiés par leurs auteurs eux-mêmes, et sont monétisés par la publicité.»

Et ça marche, puisque l’administrateur du site se souvient d’une seule plainte pour violation des droits d’auteur en cinq ans. L’avantage d’Open culture par rapport à un site comme Archive.org, c’est donc que son contenu n’est pas uploadé laborieusement par des internautes, mais qu’il renvoie à toutes les potentielles sources de contenu dans le domaine public. Archive.org, mais surtout YouTube, qui voit son contenu bien plus vite développé que le premier, évidemment.

En 2010, Youtube avait rendu disponible (ou au moins rassemblé en une page dont il avait fait la publicité) 400 films gratuitement. Mais en mai 2011, YT lance son service de vidéo à la demande et on ne trouve plus sur la page dédiée les films qui étaient gratuits. Mai 2011, c’est également la date à laquelle Google (qui a racheté Youtube en 2006) décide d’arrêter l’upload des Google vidéos, tout en laissant celles qui y étaient déjà à disposition.

Pourtant, ces films gratuits, qui sont beaucoup plus que les 400 mis à disposition à l’époque, sont toujours sur le site. Et, grâce à des sites comme Open culture, PublicDomainMovies ou Freemoviesonline, ou certaines chaînes youtube, pas besoin de fouiller des heures sur les sites de vidéos (la plupart d’entre elles sont étrangement introuvables par leurs propres moteurs de recherche), pour trouver des perles comme A bout de souffle sur Google vidéo, Dr Folamour sur veoh.com, ou La corde sur YouTube.

Open Culture offre très certainement l’interface la plus ergonomique pour trouver son bonheur, avec une liste de films commentés par thème. Et a la bonne idée de partager ses sources: le site Big five glories pour les classiques, un autre pour les documentaires, ou encore un pour les trésors du cinéma européen.

Ma sélection personnelle sur Open culture:

New York – Miami (Capra, 1934)

M le maudit (Lang, 1931)

Stalker (Tarkovsky, 1979)

Le dictateur (Chaplin, 1939)

Panique dans la rue (Kazan, 1950)

La ruée vers l’or (Chaplin, 1925)

L’homme au bras d’or (Preminger, 1955)

Cul-de-sac (Polanski, 1966)

My best friend’s birthday (le premier film inédit de Tarantino, 1987)

Fear and desire (le premier film inédit de Kubrick, 1953)

Le Procès (Orson Welles, 1962)

Pour une poignée de dollars (Leone, 1964)

Octobre, 10 jours qui secouèrent le monde (Eisenstein, 1928)

The last waltz (Scorsese, 1978)

Yellow submarine (Dunning/Abey, 1968)

Pour finir, on peut saluer le travail de la World cinema foundation de Martin Scorsese qui s’est donnée pour mission la restauration d’œuvres oubliées, souvent par manque de moyens des pays dont ils sont issus. Et le site Mubi, qui les diffuse gratuitement au côté de ses films payants. A voir absolument, le sublime film sud-coréen Hanyo–la servante, de Kim Ki-Young.

Enfin, le site Ubu.com, qui propose au visionnage un spectre de films allant de Brian De Palma à Agnès Varda, en passant par Guy Debord ou Bruce LaBruce, rappelle ce qu’on ne doit pas oublier:

«Il est important pour nous que vous réalisiez combien ce que vous allez regarder n'est en rien comprable avec l'expérience de voir ces joyaux dans les conditions pour lesquelles ils ont été conçus: dans une salle obscure, sur un grand écran, avec un son de qualité et, par dessus tout une foule de personnes en chair et en os et dans les mêmes dispositions que vous.»

Anastasia Levy

Note: une liste des films dans le domaine public (pas tout à fait à jour) sur wikipedia.

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