Economie

Les emplois verts ne demandent qu'à grandir

Gilles Bridier, mis à jour le 04.03.2012 à 9 h 25

Le potentiel d’innovation existe, reste à structurer les PME et à leur ouvrir des marchés préemptés par les géants du secteur. L’Etat vient de définir 87 actions à mener dans l’année.

O green grass / niels roza via FlickrCC License by

O green grass / niels roza via FlickrCC License by

Petit à petit, une nouvelle filière industrielle prend forme: celle des éco-industries. Elle est l’une des douze filières identifiées par les Etats généraux de l’Industrie conclus en janvier 2011, et certainement la plus innovante. Malgré tout, la structuration du secteur de l’économie verte prend du temps.

C’est en juillet 2008, après le Grenelle de l’Environnement, que le gouvernement avait installé le Comité stratégique des éco-industries (Cosei) dans le cadre du lancement Ecotech 2012. Mais il a fallu attendre le 13 janvier 2012 pour qu’une feuille de route soit délivrée à ce comité, sous la forme d’un inventaire de 87 actions programmées dès cette année. A terme, on devrait en compter 126.

12.000 «éco-entreprises»

On dénombre  en France 12.000 éco-entreprises. Ce sont des PME innovantes principalement dans la gestion des eaux usées, la gestion des déchets, les énergies renouvelables. Bien sûr, les entrepreneurs qui les dirigent n’ont pas attendu les pouvoirs publics pour se retrouver dans des associations afin de progresser ensemble. Par exemple, l’association Bretagne Eco-entreprises a été créée en 1984. Et en Provence, Ea pôle de l’eau a pris forme en 1996 à une échelle régionale, et élargi ensuite son champ opérationnel au-delà de l’eau, devenant Ea-environnement et se tournant vers l’international.

Des pôles de compétitivité se sont engagés, à l’image d’Advancity, le pôle de la ville durable et des technologies urbaines, jouant le rôle d’intégrateur et d’accélérateur de croissance pour des PME telles que la société Ennesys qui nettoie les eaux usées à l’aide de micro-algues et valorise l’énergie qui résulte de l’opération, ou Actility qui travaille sur des réseaux intelligents dans l’énergie et les transports.

Mais même si les initiatives ne manquent pas, il fallait mettre en place un cadre pour les soutenir et favoriser l’émergence d’actions communes. Lesquelles? Par exemple, structurer une offre française intégrée en matière de ville durable et d’éco-quartier. Ou bien établir des modes de financement des éco-technologies par des partenariats public-privé. Ou encore renforcer les relations entre les grands groupes et les PME, un souhait récurrent qui n’est toujours pas réalisé.

Favoriser les PME

Car si les groupes –à commencer par Suez Environnement et Veolia Environnement– sont intéressés par les technologies développées au sein des PME, ils se soucient toujours trop peu de les entraîner dans leur sillage sur des contrats comme le font les groupes allemands. Et les conditions d’attribution des marchés en France les avantagent toujours autant, dénoncent certains entrepreneurs qui rêvent d’un véritable «small business act» à la française.

Parmi les 87 actions répertoriées, certaines sont transversales, d’autres plus sectorielles. Dans la première catégorie, les relations entre les grands groupes et les PME doivent faire l’objet d’un «pacte éco-industries» avant la fin de l’année. De la même façon, un trophée «achats durables» devrait voit le jour au deuxième semestre pour permettre aux PME d’accéder plus facilement aux marchés publics. Quant aux dispositions sectorielles, elles concernent aussi bien l’assainissement, la valorisation des déchets, la logistique et la gestion de flux, les énergies marines, l’éolien ou la géothermie, et devront toutes également aboutir dans le courant 2012.

Les éco-industries sont un levier pour l’emploi. Depuis une quinzaine d’années, la croissance de l’emploi dans les secteurs de l’environnement a été trois fois plus rapide que dans le reste de l’économie. On y compte aujourd’hui plus de 430.000 salariés. Le soutien affiché aux PME qui sont les plus grosses pourvoyeuses de postes sur le marché du travail –dans l’économie verte comme dans toute l’économie– devrait permettre de soutenir cette croissance.

Le Grenelle de l’Environnement avait promis 600.000 emplois verts en 2020, mais la crise avait jeté un doute sérieux sur la crédibilité de l’objectif. Pourtant, l’Observatoire des emplois et métiers de l’économie verte conserve le même cap, car plus des deux tiers du chemin ont été faits.

Emploi en croissance

Le tissu français dispose d’un socle qui peut être encore mieux exploité. Avec ses leaders mondiaux Suez et Veolia, 5.000 PME et trois pôles de compétitivité spécialisés dans l’eau, le secteur de l’assainissement et des déchets emploie déjà 110.000 personnes dans l’Hexagone et 100.000 à l’international. Mais les besoins sont de plus en plus grands, et l’emploi devrait s’y développer encore. Le recyclage est une autre branche qui doit croître également: aujourd’hui, elle compte 95.000 salariés. Quant aux énergies renouvelables pour lesquelles travailleront 75.000 personnes fin 2012, elles recèlent de gros potentiels.

Ainsi, même s’il a pris du retard par rapport à d’autres pays européens, l’éolien en mer devrait enfin décoller en France après l’appel d’offres lancé cette année pour 600 machines en vue de fournir l’électricité nécessaire à 4,5 millions de foyers d’ici à 2020.

A la clé, 10.000 emplois pour fabriquer les éoliennes, équiper les cinq zones identifiées par le gouvernement, et exploiter ces fermes marines. A diverses étapes du processus, EDF, Alstom et Areva sont sur les rangs. Le photovoltaïque devrait aussi être pourvoyeur d’emplois, surtout si l’Etat veut lui donner un nouveau souffle à la suite de la reprise de Photowatt par EDF. Mais les entreprises réclament des assurances sur la pérennité des subventions.

Même espoir pour les réseaux d’énergie (incluant la filière hydrogène et les piles à combustible), les véhicules électriques, la production de matériaux isolants, le stockage et la valorisation du gaz carbonique, les systèmes intelligents de consommation d’énergie…

Le savoir-faire existe, reste à lui donner une dimension industrielle. La mobilisation de l’Etat en faveur des PME, si elle se confirme, devrait conforter cette tendance plutôt populaire: selon une étude de l’Afpa, un Français sur deux serait intéressé par une formation liée aux métiers du développement durable et de l’environnement.

Gilles Bridier

Article également publié sur Emploiparlonsnet

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte