Monde

Comment devient-on président du Conseil européen?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 02.03.2012 à 9 h 21

Le 1er mars, le président du Conseil européen Van Rompuy a succédé à lui-même. Une élection opaque à l’issue d’une campagne en coulisses, le tout pour un job peu excitant et mal connu du public…

Herman Van Rompuy sur une des fameuses vidéos de son site Ask the President

Herman Van Rompuy sur une des fameuses vidéos de son site Ask the President

Le discret et peu charismatique Herman Van Rompuy a été reconduit le 1er mars à son poste de président du Conseil européen lors d’un sommet de chefs d’Etat de l’Union. Cette information suscite peu de commentaires. A vrai dire, elle n’intéresse personne. Le fait que l'ancien Premier ministre belge a par ailleurs été nommé patron de la zone euro en plus de son attribution actuelle n'y change rien.

L’élection du président du Conseil européen se déroule sans campagne ni débat. D’ailleurs personne d’autre qu’Herman Van Rompuy lui-même n’était candidat à sa succession. Personne? Pas tout à fait. Tug, un étudiant de Sciences Po et de la London School of Economics, a lancé depuis une semaine sa candidature: «Tug 2012, le seul candidat qui vous vendra du rêve.»

Le président du Conseil européen se recrutant parmi les anciens Premier ministres des Etats membres, Tug ne pouvait logiquement pas briguer le poste. Mais cette plaisanterie relayée sur les réseaux sociaux est prétexte à s’interroger sur l’opacité du mode de nomination du président, comme l'explique Tug à Slate.fr:

«Vendredi dernier, je suis tombé sur un article qui disait que Van Rompuy serait réélu. Il va représenter 27 Etats membres (500 millions d’habitants), dans une Europe qui promeut les valeurs libérales et démocratiques. C’est dommage que pour une élection de cette importance, il n’y ait pas de débat. D’ailleurs le candidat n’a pas de projet. Lors de sa première conférence de presse en 2009, Van Rompuy a dit qu’il n’avait pas candidaté, qu’il n’avait rien fait pour avoir le poste.»

Pas de procédure officielle

Dans le traité de Lisbonne qui, en 2007, instaure le poste de président permanent du Conseil européen, rien n’est dit sur la procédure qui précède l’élection.

Selon son article 15

«Le Conseil européen élit son président à la majorité qualifiée pour une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois. En cas d'empêchement ou de faute grave, le Conseil européen peut mettre fin à son mandat selon la même procédure.»

Jesus Carmona, porte-parole d’Herman Van Rompuy, explique comment se déroule la consultation qui précède l’élection:

«C’est le chef de gouvernement du Danemark, Mme Helle Thorning-Schmidt, en charge de la présidence tournante de l’UE, qui est chargée de faire les consultations auprès des chefs d’Etat des 27. Depuis samedi, elle a téléphoné à ses collègues: il n’y avait pas d’opposition à ce qu’Herman Van Rompuy soit renouvelé.»

Jeudi 1er mars à partir de 18h45, lors d’une réunion à laquelle Herman Van Rompuy n’assistait pas, les chefs d’Etat des 27 ont donc discuté de sa reconduction. Et Van Rompuy a été réélu à l'unanimité…

Ce qui énerve Tug:

«La procédure de candidature est très opaque, et il n'y a pas de manière officielle de postuler. Concrètement, ce sont 27 personnes qui s'enferment comme pour la désignation du Pape... la fumée blanche en moins.»

Une campagne en coulisses

Evidemment personne n’est dupe. L’absence d’une procédure officielle ne signifie pas qu’il n’y a pas de campagne. Simplement tout se passe en coulisses, dans les couloirs du Conseil et lors de coups de fil passés à ces grands électeurs que sont les chefs des Etats membres…

Il n’y a même pas de lettre officielle envoyée aux intéressés pour leur faire connaître la motivation du candidat. En 2009, le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, avait même surpris en annonçant dans Le Monde qu’il accepterait le poste si on le lui proposait. Tant de franchise dans la campagne pour le poste rompait avec les coutumes en vigueur.

Daniel Cohn-Bendit, qui aurait rencontré Tug et apprécié l’initiative du jeune étudiant, s’emportait déjà, en 2009, contre ce mode de nomination et ces «tractations exaspérantes» dans une interview à Libération:

«On aurait dû créer une commission chargée de sélectionner les candidats et de procéder à des auditions publiques afin que chacun explique sa conception du poste et son programme. Et en fonction de ces auditions, le Conseil aurait pu voter. À tout le moins, il faudrait que les délibérations du Conseil soient publiques et qu’il n’hésite pas à voter pour en finir de la culture paralysante du consensus.»

Pour le porte-parole de Van Rompuy, l’absence de débats est liée au fait que le président du Conseil européen est à la tête de l’institution depuis deux ans et demie, et que les chefs d’Etats ne découvrent pas le travail du candidat à sa propre succession.

Certes, mais les citoyens européens ne sont en revanche pas informés des intentions du candidat, ou plus exactement ils le sont après. Car Herman Van Rompuy a tenu sa conférence de presse pour expliquer ses intentions… après son élection.

Que fait Herman Van Rompuy?

Au-delà de la complexité des institutions européennes, le rempilage de Van Rompuy laisse indifférent en raison du poste concerné. Président du Conseil européen, c’est certes une ligne à mettre en gras sur son CV, mais le job est loin d’offrir le prestige politique d’autres institutions internationales ou communautaires.

La présidence du Conseil européen fait partie de ces postes réservés aux leaders politiques de haut niveau en pré-retraite. Son rôle est principalement de faciliter le travail du Conseil européen. C'est une sorte de super chairman qui «œuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen» conformément au traité de Lisbonne, et qui laisse la vedette aux chefs d'Etat français et allemand.

Il faut donc à l’Europe un homme discret et consensuel pour effectuer le job. Or Van Rompuy a le profil de l’emploi. Outre des poèmes haïku, il est ainsi l’auteur de prises de position mesurées comme «une négociation qui débouche sur la défaite d'une des parties n'est jamais profitable» ou, mieux, «même si notre unité est notre force, notre diversité demeure notre richesse». Autre prérogative, partagée cependant avec le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (Catherine Ashton), le président Van Rompuy part régulièrement à l'étranger pour représenter l'Union à l'extérieur.

Toujours aussi peu connu du grand public, Van Rompuy aura deux ans et demi de plus pour imposer sa présence. Et continuer sa difficile et ingrate mission d’animateur en chef des sommets de l’UE.

Et pour savoir ce que fait, au jour le jour, Herman Van Rompuy, l’internaute curieux se rendra sur son site Ask The President, où il répond avec bienveillance et sens de la pédagogie aux questions les plus ennuyeuses posées par les quelques citoyens qui s'intéressent à son institution...

Ainsi en décembre dernier, Patrick de Paris a posé la question suivante:  

«Le Conseil européen, comme le précise votre site se réunit 2 fois par semestre. Soit donc 4 fois par an. Mais pouvez-vous me dire où ont lieu ces réunions et comment sont-elles organisées?»

Ci-dessous, la réponse en vidéo... suspense.

Jean-Laurent Cassely

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Journaliste
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