Monde

Sarkozy, Poutine et Ahmadinejad ont un point commun

Moisés Naím, mis à jour le 01.03.2012 à 9 h 32

... qu'ils partagent avec Barack Obama et Hugo Chávez: ils font face à une échéance électorale compliquée. Ou quand les élections nuisent aux décisions.

Vladimir Poutine et Mahmoud Ahmadinejad en 2007 à Téhéran. REUTERS/RIA Novosti/KREMLIN

Vladimir Poutine et Mahmoud Ahmadinejad en 2007 à Téhéran. REUTERS/RIA Novosti/KREMLIN

Cette année, un certain nombre d’élections présidentielles et de changements de dirigeants auront lieu dans des pays qui pèsent, au total, plus de la moitié de l’économie mondiale. Mais outre ce fait, les nombreux leaders qui chercheront à rassembler le plus de suffrages possibles ces prochains mois ont la responsabilité de prendre des décisions qui, qu’on le veille ou non, auront une incidence directe sur les crises graves et aux multiples facettes qui secouent le monde entier. Or, bien souvent, la politique locale est en conflit avec les réalités mondiales.

En Grèce, un pays où la crise économique –et les créanciers– imposent des décisions qui modifient la nature même de l’Etat ainsi que les rapports de force, des élections vont avoir lieu en avril. Chacun a pu constater comme la situation de la Grèce affecte le reste de l’Europe et même l’économie mondiale.

Les Iraniens se rendront aux urnes plus tôt encore. A l’élection parlementaire du 2 mars –très importante–, le président Ahmadinejad verra son pouvoir radicalement diminué. Pas de quoi se réjouir pour autant: c’est le guide suprême, l’ineffable Ali Khamenei, qui en ressortira renforcé. Et à côté de lui, Ahmadinejad passerait presque pour un dirigeant respectable, tolérant et démocratique.

Quoi qu’il en soit, ce sont ces personnages qui, tout en étant activement engagés dans une campagne électorale, prennent les décisions concernant l’économie de leur pays –lequel est sous le coup d’un embargo international.

Des décisions doivent être prises

Ce sont eux, encore, qui décident d’apporter leur soutien inconditionnel à la Syrie et de (ré)agir de telle ou telle manière face à l’éventualité qu’Israël ou que les Etats-Unis (ou les deux) bombardent leurs installations nucléaires. Tout cela vous concerne directement: le prix du baril de brut a atteint des niveaux sans précédent.

Deux jours après les élections en Iran, la Russie ira voter pour choisir son prochain président. Grâce au système de «démocratie contrôlée» qu’il a imposé à son pays, Vladimir Poutine est sûr de remporter cette élection. Mais son triomphalisme a été quelque peu éclipsé par les manifestations massives anti-gouvernement que connaît la Russie depuis quelque temps déjà. Comme son homologue iranien, le dirigeant russe a été obligé de jongler entre des calculs électoraux et des décisions internationales. Poutine doit renforcer son aura d’invincibilité et faire en sorte que les manifestations à son encontre ne s’intensifient pas, tout en prenant des décisions importantes: Syrie, Iran, Afghanistan et d’autres dossiers internationaux prioritaires.

Même combat pour Nicolas Sarkozy qui, le 22 avril prochain, devra relever le grand défi électoral que lui lance notamment le candidat socialiste, François Hollande.

Quant à Barack Obama, d’ici au scrutin de novembre, il doit à la fois gérer des crises internationales et défendre son bilan pour parer aux attaques de son adversaire républicain –qui devrait être Mitt Romney.

En Chine, le président Hu Jintao effectue ses derniers mois au pouvoir avant de passer le témoin à Xi Jinping. Bien que cette transition s’opère de façon ordonnée et sans conflit majeur, un changement de dirigeant à la fonction suprême d’un Etat dont la santé économique et politique dépend de la stabilité du monde ajoute de la complexité à une année déjà très lourde sur le plan politico-économique.

Des changements s’opèreront aussi ailleurs que dans les grandes puissances. Des présidentielles sont prévues en Egypte (en mai ou juin), au Mexique (le 1er juillet) et au Venezuela (le 7 octobre). Les enjeux de ses scrutins se situent au-delà des seules frontières de ces pays.

Les élections ont un prix

Dans le cas de l’Egypte, c’est tout le Proche-Orient qui sera touché, avec notamment l’évolution du Printemps arabe. Au Mexique, il en va de l’expansion de la guerre des narcotrafiquants. Et, au Venezuela, il sera question de l’influence de Hugo Chávez sur les pays voisins plus pauvres.

Dans les démocraties, les élections sont normales et, de toute évidence, souhaitables. Mais elles ne sont pas gratuites. Je fais référence aux sommes de plus en plus considérables dépensées pour les campagnes électorales. Je veux dire, aussi, à quel point la qualité des décisions prises par les gouvernants en pâtit.

En faisant des calculs électoraux, les dirigeants suspendent ou reportent des décisions nécessaires, ou en viennent à prendre des mesures non indiquées. En période électorale, le long terme n’a que peu d’importance, puisque la priorité est de séduire les électeurs avant la date fatidique. Ce phénomène est d’autant plus pernicieux en période de crise.

Le fait que les marchés financiers bougent à la vitesse d’Internet tandis que les gouvernements avancent au rythme plan-plan de la démocratie aggrave les crises économiques. A des prises de décisions trop lentes, vient s’ajouter la perversion des échéances électorales. De mauvaises décisions sont prises dans tous les domaines, pas uniquement l’économie. On ne résout pas ce problème en faisant moins d’élections. On peut seulement l’atténuer en développant et en améliorant la démocratie.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

Moisés Naím
Moisés Naím (203 articles)
Editorialiste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte