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Jacques Attali: Pourquoi je choisis François Hollande

Jacques Attali, mis à jour le 29.02.2012 à 13 h 00

Ce n'est pas seulement parce qu'il incarne les valeurs auxquelles je me suis toujours référé que je le soutiens.

Au salon de l'agriculture de Paris, le 28 février 2012. REUTERS/POOL

Au salon de l'agriculture de Paris, le 28 février 2012. REUTERS/POOL

Voici donc venu le moment du principal choix ­politique français. Notre pays est encore une très grande puissance —militaire, économique, politique, culturelle; il est cependant menacé de déclin, en raison de sa dette publique, de son déficit extérieur, de sa très faible croissance et du gaspillage de ses talents.

Si rien ne change, notre protection sociale et notre système de santé ne pourront être maintenus; et nous serons privés des moyens de faire valoir nos intérêts dans l'urgent débat, qui va commencer, sur les conditions de l'évolution de l'eurozone vers un ensemble fédéral, sans laquelle l'euro disparaîtra et l'Union européenne explosera. 

Il est donc crucial d'équilibrer rapidement nos finances publiques et nos comptes extérieurs, de libérer les moyens de notre croissance et de valoriser nos talents. En apparence, les deux principaux candidats sont d'accord sur ces objectifs: ils promettent l'un comme l'autre de réduire la dette publique et de finir leur mandat avec un budget en excédent.

Ils prônent tous les deux la défense des classes moyennes; ils considèrent de concert comme une urgence le retour à la compétitivité et le développement des PME. Ils font, l'un et l'autre, de la protection de l'emploi, de l'éducation, de la santé et du logement leurs principales priorités. Enfin, ils sont tous les deux pro-européens. Mais lequel des deux peut-il le mieux réunir les conditions de la réussite d'un tel ­projet? 

Pour certains, c'est Nicolas Sarkozy, parce qu'il aurait déjà accompli un certain nombre de réformes difficiles, en particulier en modernisant les universités et en développant quelques investissements d'avenir, et parce qu'il aurait l'expérience de la gestion de crises internationales. 

Pour moi, le bilan du président sortant n'établit pas sa crédibilité pour l'avenir, car il n'a rien fait de significatif pour diminuer la dette publique, réformer l'Etat, réduire les privilèges, moderniser la fiscalité, former les chômeurs: s'il l'avait fait, la France aurait encore son triple A, notre chômage serait aussi faible que celui des Pays-Bas, notre jeunesse n'irait pas chercher fortune ailleurs, les talents et les capitaux étrangers se précipiteraient vers l'Hexagone. 

Alors que François Hollande, lui, au moins dans son programme, fait explicitement du dialogue social, du partage juste des efforts et de la lutte contre toutes les formes de précarité, l'essentiel de sa méthode de gouvernement, de sa réforme fiscale et de sa politique européenne. En s'appuyant sur des élus locaux ayant prouvé, dans tout le pays, leurs compétences et leurs capacités à appliquer ces principes. 

Au total, ce n'est donc pas seulement parce que François Hollande incarne les valeurs auxquelles je me suis toujours référé que je le choisis. C'est aussi parce que la justice sociale sera la condition de l'acceptabilité des réformes. Et que j'ai confiance en lui pour y veiller. 

Ce choix ne m'empêchera pas, évidemment, de rester vigilant, d'exiger des précisions là où elles manquent et de dénoncer, si nécessaire, tout ce qui pourrait conduire, par pusillanimité ou conservatisme, à s'écarter du respect de ces exigences, sans lequel tout projet ne sera que discours.

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