Economie

Papandreou, Berlusconi, Zapatero & Cie: la crise les a tués

Joshua Keating, mis à jour le 05.03.2012 à 6 h 54

Les 12 dirigeants européens que la crise financière a défaits.

Papandreou parle à côté de Zapatero lors du World Economic Forum de Davos le 28 janvier 2010. REUTERS/Christian Hartmann

Papandreou parle à côté de Zapatero lors du World Economic Forum de Davos le 28 janvier 2010. REUTERS/Christian Hartmann

1. GEIR HAARDE, Islande

A quitté le pouvoir le: 1er février 2009

 

Circonstances: La crise bancaire islandaise fut un peu l’avant-première du film qui allait se jouer plus tard sur le reste du continent, et le gouvernement de ce pays fut le premier à être directement victime de la crise économique. Geir Haarde, qui était Premier ministre depuis 2006, a annoncé la démission de son gouvernement de coalition après plusieurs semaines de manifestations, provoquées par la chute du secteur banquier islandais, surendetté.

Et aujourd’hui? Geir Haarde a été remplacé par Jóhanna Sigurdardóttir, première femme Premier ministre en Islande et premier chef de gouvernement ouvertement homosexuel au monde. Après quelques mauvaises années – le PIB a perdu 9,6% en 2009 – l’hémorragie semble arrêtée, le taux de croissance prévu pour 2012 est de 2,5%. La question de l’adhésion à l’Union européenne sera probablement vivement débattue cette année.

Photo: REUTERS/Bob Strong

***

2. IVARS GODMANIS, Lettonie

A quitté le pouvoir le: 12 mars 2009

 

Circonstances: Quand Ivars Godmanis, au pouvoir depuis seulement un peu plus d’un an, a présenté sa démission au président letton, il était confronté à de violentes émeutes, le taux de chômage avait plus que doublé et le PIB avait fondu de 10,5% au dernier trimestre 2008. Le président Valdis Zatlers a nommé l’ancien ministre des Finances Valdis Dombrovskis pour lui succéder.

Et aujourd’hui? La crise financière a fait chuter les revenus réels des Lettons d’environ 19%, selon le Fonds monétaire international. Pour obtenir l’aide du FMI, le gouvernement a été contraint de réaliser des coupes budgétaires et des augmentations d’impôts équivalentes à 15% de la production économique du pays. Le retour de la croissance est prévu pour cette année mais le taux de chômage reste élevé et il n’est pas certain que la Lettonie soit capable de rejoindre la zone euro.

Photo: REUTERS/Stringer

***

3. FERENC GYURCSANY, Hongrie

A quitté le pouvoir le: 14 avril 2009

 

Circonstances: Ferenc Gyurcsany est le seul Premier ministre hongrois de l’ère post-communiste à avoir été reconduit. C’était en 2006. Mais des émeutes ont éclaté peu après, à la suite de la fuite d’un enregistrement audio dans lequel il admettait avoir menti sur les finances du pays pour être réélu. Incapable de mener à bien des réformes économiques, ce dirigeant socialiste a fini par démissionner, se qualifiant lui-même d’«obstacle» aux efforts réalisés par la Hongrie pour sortir de la crise des crédits.

Et aujourd’hui? L’économie hongroise reste fragile, le chômage gagne du terrain, la confiance des entrepreneurs a chuté et les négociations avec l’Union européenne et le FMI, pour obtenir une aide dont le pays a cruellement besoin, ont tourné court le mois dernier. Sans compter les inquiétudes sur l’avenir de la démocratie hongroise, après les attaques de l’actuel Premier ministre Viktor Orban contre la liberté de la presse et les amendements controversés de la Constitution.

A lire aussi sur Slate.fr:

» Le problème hongrois

» La Hongrie se bordurise

Photo: REUTERS/Bernadett Szabo

***

4. VIKTOR IOUCHTCHENKO, Ukraine

A quitté le pouvoir le: 25 février 2010

 

Circonstances: En 2005, Viktor Iouchtchenko était une véritable icône mondiale de la démocratie. Et ce grâce à la Révolution orange, qui l’a porté au pouvoir après l’annulation des résultats d’une élection entachée de fraudes. Mais en 2009, la situation économique dégradée et les dysfonctionnements politiques ont fait de lui le dirigeant du gouvernement démocratique le plus impopulaire du monde, avec une cote de popularité de seulement 4%. Lors de l’élection de 2010, Viktor Iouchtchenko est arrivé cinquième, avec 5,5% des suffrages. Et son ancien adversaire de la Révolution orange, Viktor Ianoukovitch, est de retour à la présidence.

Et aujourd’hui? Les perspectives économiques de l’Ukraine n’ont toujours rien d’enviables: la croissance a ralenti fin 2011, le taux de chômage est d’environ 8,5%, le nombre de sans-abris ne cesse d’augmenter. Et les ONG accusent Viktor Ianoukovitch d’avoir quasiment effacé les avancées démocratiques récentes en s’en prenant à la liberté de la presse et à la société civile et en faisant arrêter Julia Timochenko (ancien Premier ministre de Viktor Iouchtchenko et son alliée durant la révolution) pour des raisons largement politiques.

Photo: REUTERS/Gleb Garanich

***

5. BRIAN COWEN, Irlande

A quitté le pouvoir le: 9 mars 2011

 

Circonstances: Brian Cowen est resté Premier ministre jusqu’aux élections de mars 2011 mais il a quitté la tête de son parti, le Fianna Fail, en janvier, alors que sa gestion de l’effondrement du système bancaire avait fait chuter sa cote de popularité à des niveaux historiquement bas. Ce qui n’a pas empêché la formation politique qui a dirigé l’Irlande pendant 60 de ses 80 années d’indépendance de connaître, en mars, la plus sévère défaite de l’histoire irlandaise.

Et aujourd’hui? Le gouvernement actuel, dirigé par Enda Kenny, a imposé des mesures d’austérité sévères et l’Union européenne et le FMI ont accordé à l’Irlande un prêt de 85 milliards d’euros. Le pays semble aujourd’hui sortir la tête de l’eau. Ses taux de croissance dépassent ceux de la France et de l’Allemagne. Malheureusement, l’économie irlandaise ne devrait croître que de 1,3% en 2012, un taux bien inférieur aux prévisions précédentes du gouvernement. Le chômage reste à 14,2% - et encore, ce taux est maintenu artificiellement bas par le nombre record de jeunes Irlandais qui cherchent du travail à l’étranger.

Photo: REUTERS/Sebastien Pirlet

***

6. GORDON BROWN, Royaume-Uni

A quitté le pouvoir le: 11 mai 2010

 

Circonstances: Gordon Brown a emménagé au 10, Downing Street en 2007 après avoir été 10 ans durant le ministre des Finances de Tony Blair. Mais son arrivée au pouvoir a rapidement été assombrie par la spirale de la crise des crédits. En 2010, l’année des élections, le déficit public du Royaume-Uni avait atteint 12% du PIB, le même taux que la Grèce à ce moment-là, et le nombre de chômeurs de longue durée avait doublé. Les travaillistes ont alors perdu 91 sièges et après cinq jours de tractations en coulisses, David Cameron a formé un gouvernement de coalition avec Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates.

Et aujourd’hui? L’économie britannique a continué de se contracter sous David Cameron, l’obligeant à défendre les mesures d’austérité sévères qu’il avait fait passer. Mais les conservateurs demeurent plus populaires que les travaillistes. La Banque d’Angleterre doit annoncer dans les jours à venir qu’elle injectera plusieurs dizaines de milliards de livres supplémentaires dans l’économie britannique. (NDLT: annonce effectivement faite le 9 février, après la publication de cet article.)

A lire aussi sur Slate.fr:

» Les Britanniques veulent du changement

Photo: REUTERS/Stringer

***

7. JOSÉ SÓCRATES, Portugal

A quitté le pouvoir le: 21 juin 2011

 

Circonstances: Confronté à une crise de la dette similaire à celle de la Grèce et de l’Irlande, le socialiste José Sócrates a démissionné en mars 2011, après que cinq partis de l’opposition ont rejeté au Parlement son programme d’austérité, qui prévoyait des coupes budgétaires et des augmentations d’impôts. C’était le quatrième plan de rigueur que le Premier ministre tentait de faire adopter dans l’année. Après sa démission, l’Union européenne et le FMI ont donné leur accord sur un programme de renflouement du pays de 78 milliards d’euros. José Sócrates est resté à la tête d’un gouvernement intérimaire jusqu’à la défaite du Parti socialiste, face au Parti social-démocrate de Pedro Passos Coelho, aux élections de juin.

Et aujourd’hui? Le Portugal est toujours embourbé dans l’une des pires récessions au monde. Son économie devrait se contracter de 3% en 2012 et le taux de chômage s’élève à 13,6%. Malgré un ratio dette/PIB d’environ 105%, Pedro Passos Coelho estime que le poids de la dette portugaise est «supportabl  . «Nous ne laisserons pas ce qui s’est passé en Grèce arriver ici», a-t-il déclaré le 6 février.

A lire aussi sur Slate.fr:

» Qui veut étrangler le Portugal?

Photo: REUTERS/Miguel Vidal

***

8. GEORGES PAPANDREOU, Grèce

A quitté le pouvoir le: 10 novembre 2011

 

Circonstances: Georges Papandreou est arrivé au pouvoir en 2009, en promettant d’aider l’économie grecque à se relever et de faire le ménage après une série de scandales de corruption. Mais après deux années marquées par de douloureux plans de rigueur, de violentes manifestations et d’humiliants renflouements, il a tiré sa référence. L’élément déclencheur a été son projet d’organiser un référendum sur le plan d’aide, qui a consterné les bailleurs de fonds européens de la Grèce. Georges Papandreou a été remplacé par Lucas Papademos, ex vice-président de la Banque centrale européenne, largement soutenu par Bruxelles.

Et aujourd’hui? Malgré ses compétences internationales, Lucas Papademos peine à faire accepter les plans d’austérité et de renflouement à un gouvernement et un électorat grecs de plus en plus hostiles. Le 8 février, Lucas Papademos et les dirigeants des trois partis soutenant le gouvernement semblaient s’être entendus sur la nécessité, controversée, de réduire de 22% le salaire minimum en échange d’un nouveau renflouement de 130 milliards d’euros. 

A lire aussi sur Slate.fr:

» Les sept plaies de la Grèce

Photo: REUTERS/Yannis Behrakis

***

9. SILVIO BERLUSCONI, Italie

A quitté le pouvoir le: 16 novembre 2011

 

Circonstances: Celui qui a été trois fois chef du gouvernement italien avait réussir à survivre à toute une série de scandales financiers et sexuels qui auraient fait tomber bien avant la plupart des politiciens, mais c’est finalement la crise qui a eu raison de lui. Il a annoncé sa démission l’an dernier; son incapacité à mettre en œuvre les réformes économiques nécessaires avait déclenché une fronde dans son propre parti et des désaccords avec son principal allié dans la coalition. Le président Giorgio Napolitano a alors invité Mario Monti, économiste et ancien commissaire européen, à former un gouvernement.

Et aujourd’hui? Depuis son accession au pouvoir, Mario Monti a dévoilé des mesures d’austérité radicales, dont de nombreuses augmentations d’impôts. Les marchés ont répondu de manière positive. Et les dirigeants européens ont probablement poussé un soupir de soulagement devant le pragmatisme de Mario Monti, alors que les coûts d’emprunt d’Etat italiens s’étaient rapprochés de ceux de la Grèce sous Berlusconi. Leur bienveillance pourrait toutefois ne pas durer, l’ancien eurocrate ne cessant de lancer des piques publiques à l’Allemagne, qualifiant le pays de «chef de file de l’intolérance européenne».

A lire aussi sur Slate.fr:

» Les Berlusconneries

Photo: REUTERS/Alexandro Bianchi

***

10. JOSÉ LUIS RODRIGUEZ ZAPATERO, Espagne

A quitté le pouvoir le: 21 décembre 2011

 

Circonstances: Arrivé au pouvoir en 2004, José Luis Zapatero avait prévu de rester aux commandes pendant deux mandats de quatre ans. Mais alors que l’Espagne s’est retrouvée embourbée dans sa pire récession depuis 60 ans, le Premier ministre a décidé de se retirer plus tôt pour que le Parti socialiste ait plus de chances de se maintenir au pouvoir. Celui-ci a tout de même subi sa pire défaite depuis le retour de la démocratie en Espagne et le conservateur Mariano Rajoy a pris les rênes, promettant des réformes économiques de grande ampleur.

Et aujourd’hui? Mariano Rajoy a hérité d’un taux de chômage de 22,8% et d’un déficit de 8%. Son gouvernement a fait voter en janvier un plan de rigueur de 15 milliards d’euros et devrait annoncer d’autres mesures le mois prochain.

A lire aussi sur Slate.fr:

» Zapatero: nous nous sommes tant aimés

Photo: REUTERS/Andrea Comas

***

11. EMIL BOC, Roumanie

A quitté le pouvoir le: 6 février 2012

 

Circonstances: Il y a eu de la croissance en Roumanie l’an dernier, mais pas assez pour sauver la peau d’Emil Boc, au pouvoir depuis 2008: face à la colère de la rue, il a démissionné le 6 février. Pour que Bucarest reste éligible aux prêts du FMI, il avait, dans ce pays qui est le deuxième plus pauvre d’Europe, diminué de 25% les salaires des fonctionnaires et augmenté la TVA. Pour lui succéder, le président roumain a nommé Mihail Razvan Ungureanu, le chef des renseignements.

Et aujourd’hui? Mihail Razvan Ungureanu a dévoilé la composition de son gouvernement le 8 février. Des élections législatives sont prévues en novembre, mais elles devraient être avancées à l’été. L’Union sociale-libérale, la coalition de gauche, pointe actuellement en tête des sondages, devant la coalition de centre-droit à laquelle appartiennent à la fois Emil Boc et Mihail Razvan Ungureanu. La croissance devrait se situer entre 1,5 et 2% cette année, mais le chemin est encore long avant que la Roumanie ne retrouve les niveaux d’avant la crise.

Photo: REUTERS/POOL New

***

12. IVETA RADICOVA, Slovaquie

Quittera le pouvoir: après les élections du 10 mars 2012

 

Circonstances: La Slovaquie a brièvement attiré l’attention du monde entier en octobre dernier quand son Parlement a voté contre le renforcement du Fond européen de stabilité financière, mettant ainsi en péril les plans de sauvetage de la Grèce et de l’Italie. Iveta Radicova avait menacé de démissionner si les élus rejetaient le texte – ce qui s’est passé, à 21 voix près. Dans ce pays qui est l’un des plus pauvres de la zone euro, et qui est lui-même confronté à un taux de chômage élevé et à une croissance très faible, on est peu enclin à renflouer la Grèce... Le Parlement a fini par voter le texte deux jours plus tard, sous la pression de l’Union européenne, mais le gouvernement d’Iveta Radicova était déjà tombé.

Et aujourd’hui? De nouvelles élections législatives sont prévues en mars, mais sans Iveta Radicova: son court mandat de première femme Premier ministre en Slovaquie va s’achever. Le Smer, parti de gauche dirigé par Robert Fico, son prédécesseur, semble bien parti pour l’emporter avec une large avance.

Photo: REUTERS/Radovan Stoklasa

Par Joshua E. Keating

Traduit par Aurélie Blondel

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte