Coran, torah... Existe-t-il des procédures spéciales pour se débarrasser des textes sacrés?

La découverte de corans carbonisés a causé des émeutes en Afghanistan. Il faut dire que chaque religion a ses propres procédures pour se débarrasser d'un livre sacré.

Une manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis à Kuala Lumpur, le 24 février 2012. REUTERS/Bazuki Muhammad.

- Une manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis à Kuala Lumpur, le 24 février 2012. REUTERS/Bazuki Muhammad. -

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Des Afghans qui travaillent à la base américaine de Bagram ont découvert, dans un tas de détritus, les restes carbonisés de plus de 100 exemplaires du Coran, ce qui n’a pas manqué de faire éclater de violentes émeutes autour de la base militaire. Existe-t-il un protocole spécifique pour mettre au rebut un coran?

On peut l’enterrer, effacer le contenu de ses pages ou le conserver quelque part pour toujours. On ne trouve pas, dans le Coran, de consignes concernant sa propre destruction. Il semble que Mahomet n’ait jamais abordé ce problème.

Les spécialistes de l’islam proposent quand même plusieurs possibilités. Selon l’ouvrage récent de Jonas Svensson, un Suédois professeur d’études islamiques, la méthode sans doute la plus vénérable consiste à envelopper le texte dans une étoffe et à le conserver en lieu sûr pour une durée indéterminée. Lors de la réhabilitation d’une ancienne mosquée au Yémen, des ouvriers ont trouvé des piles de parchemin –il s’agissait vraisemblablement de textes sacrés dont on voulait se débarrasser– datant du VIIe siècle. On a également retrouvé des manuscrits dans des mosquées tunisiennes et syriennes.

Aujourd’hui, les musulmans de certaines régions, par exemple à Quetta (Pakistan), emmaillotent les corans dans du linge avant de les entreposer dans des grottes creusées dans le flanc de roche de carrière.

Supprimer le texte

L’enterrement rituel est aussi largement pratiqué. Il faut une tombe située dans un lieu sacré, par exemple autour d’une mosquée ou dans un cimetière musulman, où le Livre ne risquerait pas d’être piétiné. Tandis que si l’on opte pour la conservation à l’abri, le coran doit être recouvert de tissu (c’est souvent du lin, mais il n’y a là rien d’obligatoire) pour le préserver d’un sol impur. Les rigoristes exigent que les musulmans placent le coran dans une niche creusée sur le côté de la tombe et orientée vers La Mecque.

Plus rarement, il arrive que l’on désacralise le Livre en supprimant son texte. Au Moyen-Âge, certains spécialistes recommandaient d’effacer l’encre et de jeter le papier comme s’il s’agissait de papier normal. Au fil du temps est apparu un usage plus moderne et pratique: on attache le Livre à une pierre, puis on le dépose dans un ruisseau pour produire symboliquement le même effet.

L’incinération n’est pas très appréciée, car le feu est associé au diable ainsi qu’au zoroastrisme, la très ancienne religion concurrente –quoique certains experts de l’islam n’y soient pas fondamentalement opposés. Les autorités saoudiennes placent l’incinération et l’enterrement sur le même plan, à condition qu’elle soit accompagnée du rituel de rigueur, dans l’enceinte d’une mosquée.

Après tout, Othman ibn Affan, ami du prophète et troisième calife de l’islam, avait donné son accord pour que l’on brûle des corans non-conformes après que la version officielle eut été établie. Pour d’autre, le feu doit être utilisé seulement en dernier recours, par exemple dans une situation d’urgence, afin d’empêcher le coran d’être souillé. Au terme de l’incinération, les cendres doivent être enfouies sous terre ou dispersées dans l’eau.

Le Mahabharata dans un fleuve

Les autres religions ne sanctifient peut-être pas à ce point leurs textes sacrés, bien que la plupart d’entre elles aient un rituel consacré à leur élimination. De nombreuses autorités juives demandent aux fidèles de placer les écrits sacrés dans un «dépôt» avant qu’ils ne soient enterrés selon un rituel religieux. Certains étendent cette règle à tous les textes citant Dieu ou comportant des extraits du Livre sacré, au-delà de la seule Torah.

Dans l’hindouisme –qui, il est vrai, est une vaste confession aux rites divers et variés–, il existe une méthode d’élimination courante qui consiste à déposer le Mahabharata ou d’autres textes sacrés dans un fleuve sacré, comme le Yamuna ou le Gange, après avoir dit une brève prière.

Le christianisme est quelque peu unique en ce sens qu’il n’existe guère de rituels établis depuis longtemps pour jeter au rebut des textes religieux devenus inutilisables. Il se trouve que récemment, des chrétiens ont adopté des pratiques issues d’autres religions, notamment un enterrement révérencieux de la Bible.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

L’explication remercie D. Max Moerman du Barnard College, Jonas Svensson de l’Université Linnaeus et James Watts de l’université de Syracuse.

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L'AUTEUR
Brian Palmer est journaliste indépendant pour slate.com Ses articles
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Publié le 01/03/2012
Mis à jour le 30/09/2013 à 10h11
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