Régime paléo: l'homme de Néandertal mangeait-il ses cinq fruits et légumes par jour?

Une exposition sur l'homme de Neandertal à Krapina (Croatie) en 2010. REUTERS/Nikola Solic.

Une exposition sur l'homme de Neandertal à Krapina (Croatie) en 2010. REUTERS/Nikola Solic.

Des fruits, c'est certain. Des légumes, c'est possible, mais sous une forme très différente d'aujourd'hui.

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Des scientifiques russes prétendent avoir fait pousser une plante à partir du fruit d'une fleur gelée il y a 32.000 ans dans l’Arctique. Cela correspond à peu près à l’époque des derniers hommes de Néandertal. Cette plante ne produit pas un fruit comestible comparable à la pomme ou à la nectarine, mais plutôt une capsule sèche renfermant ses graines. Les hominidés mangeaient-ils des fruits et des légumes à l’époque de Néandertal?

Des fruits, c’est certain. L’année dernière, des paléoanthropologues ont retrouvé des morceaux de datte coincés entre les dents d’un homme de Néandertal de 40.000 ans. Certains indices prouvent que nombre des fruits que nous mangeons aujourd’hui existent depuis des millénaires à peu près sous la même forme. Les archéologues ont par exemple trouvé des traces de figues datant de 780.000 ans dans un site du nord d’Israël, ainsi que des olives, des prunes et des poires remontant au paléolithique.

Du raisin de 7 millions d'années

Les chercheurs ont aussi découvert des grains de raisin remontant à 7 millions d’années dans le nord-est du Tennessee (bien que curieusement, ces grains soient plus proches morphologiquement des variétés asiatiques actuelles que des raisins modernes considérés comme endémiques d’Amérique du Nord). Il y a 30.000 ans, le Kazakhstan était couvert de pommiers, les oranges étaient communes en Chine et des baies sauvages poussaient en Europe. Aucun de ces fruits n’était identique aux variétés modernes, mais ils étaient parfaitement comestibles.

Pour les légumes, c’est une autre histoire. Beaucoup de ceux que nous mangeons aujourd’hui ont été profondément transformés par les agriculteurs humains. Prenez les brassicacées: il y a 8.000 ou 10.000 ans, les humains ont pris une plante verte à feuilles et, en sélectionnant certaines caractéristiques particulières, ont commencé à la transformer en plusieurs produits différents.

Le chou frisé d’aujourd’hui, le chou vert, le brocoli, le chou-fleur, les choux de Bruxelles et le chou-rave appartiennent tous à la même espèce, dérivée d’une unique variété préhistorique. Les carottes sauvages sont peut-être antérieures à l’agriculture humaine, mais elles ont un goût désagréable et n’ont rien à voir avec la variété cultivée. Les premières carottes cultivées étaient probablement violettes, la carotte orange ayant fait son apparition au XVIIe siècle. Si les légumineuses sont antérieures à l’arrivée de l’homme, les haricots verts tels qu’on les connaît aujourd’hui sont une invention moderne.

Objectifs évolutionnistes

On ne sait pas très bien pourquoi les fruits ont moins changé que les légumes, mais cela peut avoir un rapport avec leurs objectifs évolutionnistes. Les plantes ont développé des fruits sucrés il y a des millions d’années pour que des mammifères gourmands les dévorent et en disséminent les graines. Quand les hominidés sont descendus de la canopée africaine, ils ont trouvé de délicieux fruits disponibles partout, qui n’avaient aucun besoin de sélection artificielle. Comme les légumes ne gagnent rien à être mangés, ils n’ont pas subi la même pression les poussant à développer des racines, des tiges ou des feuilles appétissantes.

Le fait que certains fruits de l’époque existent encore aujourd’hui ne signifie pas que vous puissiez facilement adopter le régime paléolithique. Les pommes, dattes, figues et poires modernes n’ont pas nécessairement la même valeur nutritionnelle que leurs ancêtres de l’âge de pierre. La sélection opérée par les humains les a rendus plus gros et plus sucrés et a pu provoquer d’autres changements chimiques.

L’homme des cavernes mangeait aussi des plantes que vous ne trouverez pas chez l’épicier du coin, comme des fougères et des quenouilles. La part respective de la viande, des noix, des fruits et des légumes dans son alimentation fait l’objet de débats et variait sans doute de façon significative en fonction des régions. Certains paléoanthropologues pensent également que les chasseurs-cueilleurs avaient une alimentation bien plus variée que l’homme moderne, et mangeaient de plus petites quantités de chaque aliment pour minimiser le risque d’empoisonnement.

Brian Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

L’Explication remercie George Armelagos et Craig Hadley d’Emory University, Bryce Carlson et Jules Janick de Purdue University, Naama Goren d’Hebrew University, Susanna Hoffman d’Hoffman Consulting, Mordechai Kislev de Bar-Ilan University, Yusheng (Christopher) Liu de l’East Tennessee State University, Katherine M. Moore de l’University of Pennsylvania, Daniel Potter de l’UC Davis et C. Margaret Scarry de l’University of North Carolina at Chapel Hill.

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