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Parrainages: quelles sont les meilleures régions pour décrocher les 500 signatures?

Un formulaire de signature lors de l'élection présidentielle 2007. REUTERS/Eric Gaillard.

Un formulaire de signature lors de l'élection présidentielle 2007. REUTERS/Eric Gaillard.

[CARTE+INFOGRAPHIE] Selon nos calculs sur les scrutins de 1995, 2002 et 2007, certaines zones sont plus «généreuses» ou plus «radines» que d'autres avec les petits candidats.

La récolte des 500 signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle, c’est comme la cueillette des champignons: il faut connaître les bons coins. Alors que la période d’envoi officiel des formulaires au Conseil constitutionnel s’est ouverte avec la publication au Journal officiel, vendredi 24 février, du décret de convocation des électeurs, nous avons voulu savoir quelles étaient les régions les plus «généreuses» et «radines» en parrainages, à l’aide d’une carte et d’une infographie.

Pour cela, on ne peut que s’appuyer sur des données à la fois partielles et substantielles: pour chaque candidat sont tirés au sort et publiés au JO 500 noms de parrains, qu’il en ait obtenu 501 ou 5.000. Un tirage au sort légèrement orienté, puisqu’il se fait de façon à ce que les conditions géographiques d’obtention (au moins trente départements représentés, pas plus de 10% des signatures venant d’un seul département) soient vérifiées. Depuis la première application de la loi sur les parrainages, en 1981, pour 81.365 parrainages validés, seulement 28.000 ont donc été publiés, soit un peu plus de 34%.

Interrogé par Slate.fr sur la répartition géographique de l’ensemble des parrainages, et non des simples parrainages publiés, le Conseil constitutionnel a répondu que «les […] données dont la loi ne prévoit pas la publication ne sont pas communiquées» et nous a renvoyé vers les informations disponibles sur son site.

La carte ci-dessous, établie par nous à partir des parrainages publiés en 1995, 2002 et 2007 (les fichiers de 1981 et 1988 étant peu exploitables) [1] montre la répartition géographique des 18.265 parrainages publiés en métropole sur ces trois élections, le reliquat provenant de l’outre-mer et des Français de l’étranger. Selon nos calculs, la région qui a fourni le plus de parrainages est Rhône-Alpes (1.609) devant Midi-Pyrénées (1.349) et l’Ile-de-France (1.112), et celle qui en a fourni le moins est la Corse (231).

Mais ces chiffres n’ont de sens qu’une fois rapportés au nombre d’élus qui peuvent parrainer un candidat: maires, parlementaires, conseillers régionaux et généraux, présidents de communautés de communes… 47.000 postes concernés au total pour 42.000 élus habilités environ, en raison du cumul des mandats (un élu ne peut signer qu’une fois). Selon nos pointages, on trouve par exemple autour de 3.700 postes concernés en Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées, mais seulement 500 en Corse.

Seulement trois parrains de Bové non publiés

Par ailleurs, ces parrainages publiés sont significatifs car, pour les petits candidats, ils représentent généralement une part très importante des parrainages envoyés au Conseil constitutionnel. En 2007, Gérard Schivardi avait ainsi présenté, selon Le Figaro, 556 parrainages validés, Jean-Marie Le Pen 554, Arlette Laguiller 539 et José Bové… 503: seuls trois de ses parrains n’avaient donc pas vu leur nom publié.

Dans l’infographie ci-dessous, nous ne nous intéressons qu’aux parrainages attribués aux candidats dits «petits», «hors système» ou en rupture de parti, ceux autour desquels, à chaque fois, la presse entretient le suspense. Nous avons donc écarté les candidats PS, RPR/UDF/UMP, Verts et PCF.

Résultat? En moyenne, pour chaque présidentielle entre 1995 et 2007, un élu sur neuf habilité à signer en Picardie l’a fait en faveur d’un candidat «petit» ou «hors système» et a vu son nom publié au Journal officiel, soit 840 parrainages cumulés sur trois élections, pour un vivier d'environ 2.600 élus. En Ile-de-France, le ratio est de 1 sur 16: le département attribue autant de signatures que la Picardie, mais donne deux fois moins de signatures aux «petits». Dans le Limousin, le ratio atteint 1 sur 24.

Ces résultats sont une moyenne et, rappelle Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l’Ifop (qui a publié, en 2007 et en 2011, deux études sur les parrainages), chaque candidat a ses forces et «les logiques de collecte peuvent être très différentes».

Par exemple, «la Picardie est une grande terre de chasse, un des gros bastions de CNPT et aussi une terre très frontiste, là où le FN a la famille Guiniot, qui font partie de ses meilleurs collecteurs de signatures», explique-t-il —c'est d'ailleurs le conseiller régional Michel Guiniot qui supervise la collecte des parrainages pour le parti.

Picardie et Champagne-Ardennes les plus «généreuses»

Mais on constate aussi que cette région, la plus «généreuse», accorde de nombreux parrainages à des candidats de gauche comme de droite, ce qui explique sans doute qu'Olivier Besancenot ait expliqué avec inquiétude cette semaine avoir en Picardie «une liste d'une vingtaine de communes où visiblement le PS va démarcher des maires de petites communes pour parrainer Hollande, qui n'en a pas franchement besoin». 

Dans les trois départements de Picardie, en 2007, Besancenot recueillait ainsi 33 signatures publiées, Nihous 43, Schivardi 45, Villiers et Le Pen 46 chacun et Laguiller 49. Et des chiffres proches se retrouvent pour des candidats très différents comme Cheminade (1995, 40), Lepage (2002, 45) et Boutin (2002, 49). On constate un phénomène similaire dans les quatre départements de Champagne-Ardenne où, en 2007, Le Pen décrochait 36 parrainages, Laguiller 39, Besancenot 43, Schivardi 44 et Villiers 56.

Points communs de ces deux régions, ainsi que de plusieurs autres parmi les plus généreuses, comme la Bourgogne ou la Franche-Comté:

  • elles comptent plus de petites communes qu’ailleurs.
  • elles sont fortement touchées par la désindustrialisation et les délocalisations.
  • elles traduisent ce que Jérôme Fourquet appelle «un effet de positionnement politique qui a trait au clivage récurrent entre ouistes et nonistes: elles étaient pour le non». En 1992, la Champagne-Ardenne votait non à 51% à Maastricht et la Picardie à 57%; pour le TCE, en 2005, ces chiffres étaient passés à 57% et 64%. Or, les candidats «petits» ou «hors système» sont en majorité nonistes.

Des régions comme l’Alsace, la Bretagne ou les Pays de la Loire, qui font partie des rares à avoir voté oui en 2005, sont elles moins généreuses. On trouve aussi dans cette catégorie des régions aux communes plus grandes ou mieux tenues par les grands partis, comme le Nord-Pas-de-Calais et l’Ile-de-France.

Jean-Marie Pottier

[1] Le site NosDonnées a publié de son côté un fichier Excel des parrainages publiés entre 1995 et 2007. Revenir à l'article

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