Sports

Un entraîneur, ça valse énormément (et pas qu'en France)

Grégoire Fleurot, mis à jour le 14.05.2009 à 12 h 49

Le défilé des entraîneurs n'est pas un mal français, et ne nuit pas toujours aux résultats.

La semaine dernière, Paul Le Guen et Eric Gerets, les entraîneurs des deux clubs les plus populaires de France (allez-y lecteurs lyonnais, stéphanois ou lensois, défoulez-vous dans les commentaires), ont annoncé qu'ils quittaient leur club respectif à la fin de la saison. Ou plutôt, leurs dirigeants n'ont pas renouvelé leurs contrats.

Personne ne peut reprocher à un président de club de licencier un mauvais entraîneur. Pourtant, le Breton et le Belge ont tous deux fait du bon travail compte tenu des mauvais résultats de l'Olympique de Marseille et du Paris Saint-Germain depuis plus d'une décennie. Pourquoi leurs clubs n'ont-ils rien fait pour les retenir? Et pourquoi les saisons de championnat sont-elles tout autant rythmées par les buts que la valse des coachs?

Pour travailler sur une base factuelle, rien de tel qu'un petit travail statistique sur trois grands championnats européens, l'Angleterre, l'Italie et la France depuis le 1er janvier 2000. N'en déplaise à ceux qui voient un mal hexagonal partout, le pays où les entraîneurs valsent sur le tempo le plus élevé n'est pas la France mais l'Italie: les clubs présents en Série A cette saison ont, depuis le début du nouveau millénaire, changé d'entraîneur presque une fois par an en moyenne. Une moyenne bien plombée par les clubs sicilien et sarde, Palerme et Cagliari, avec 18 changements chacun : les îliens détiennent le record absolu des trois championnats étudiés.

En France, la moyenne par club se situe à 5,8 entraîneurs lourdés depuis neuf ans, un chiffre plus raisonnable mais qui traduit quand même la forte insécurité du travail du métier d'entraîneur. Sans surprises, la palme revient haut la main à l'Olympique de Marseille, avec 17 changements, devant le Paris Saint-Germain, avec «seulement» 11.

Ces chiffres tendent à confirmer une théorie intuitive: la vie des entraîneurs de foot serait plus pénible au soleil. «Plus vous allez vers le Sud, plus on est latin, plus on est près du soleil et moins on est patient», résume Guy Roux, un entraîneur bien placé pour parler de longévité avec ses 46 ans de service à l'AJ Auxerre.

En Premier League anglaise, la moyenne descend à 4,5 entraîneurs virés par club depuis 2000. En d'autres termes, un entraîneur a une durée de vie de 2 ans dans chaque club, un luxe comparé à leurs collègues italiens. Il faut dire qu'avec les 23 ans de bons et loyaux services de Sir Alex Ferguson à Manchester United et les 13 ans de l'épopée londonienne d'Arsène Wenger à Arsenal, les grands clubs anglais sont un exemple de stabilité pour l'Europe entière. Même les deux mauvais élèves, Newcastle et Portsmouth, feraient presque figure de clubs stables en Italie avec leurs 10 changements chacun.

Cela ne veut pas dire que les Britanniques respectent davantage le métier d'entraîneur. La lecture de la presse, chaque week-end, et les attaques en règle qu'ils subissent tendent à prouver que ce n'est pas de la petite bière. Mais la conception du métier n'est pas la même: les «managers» à l'anglaise ont la main sur tous l'aspect sportif de leur club: tactique, évidemment, mais recrutement, salaire, stratégie à long terme. «En Angleterre, le manager général est le seul boss, et son seul référent est l'actionnaire» confirme Guy Roux.

Dans les autres pays, la répartition des rôles entre entraîneur, président et directeur sportif est bien plus floue et est la source de nombreux départs prématurés. «Les entraîneurs frustrés de ne pas pouvoir faire leur effectif comme ils le souhaitent» sont, selon l'entraîneur de l'AJA, la première cause de départ après les mauvais résultats sportifs. A l'Olympique Lyonnais, il y a même trois entités qui influent sur l'aspect sportif et desquels l'entraîneur doit s'accommoder: le président Jean-Michel Aulas, son «conseiller spécial» Bernard Lacombe et les membres du staff technique (préparateurs physiques, entraîneur des gardiens...), qui restent en poste malgré les changements d'entraîneurs. La stabilité existe à l'OL mais elle n'est pas sur le banc.

Autre cas de figure, les entraîneurs qui ont eu les mains libres et qui se sont trompés dans leur recrutement. «La mauvaise appréciation économique, le fait d'acheter des joueurs et de ne pas les faire jouer» ne sont pas vus d'un bon œil par les dirigeants. Enfin, comme dans toute entreprise, l'incompatibilité d'humeur peut souvent se révéler fatale.

Alors, stabilité des entraîneurs rime-t-elle avec succès sportif?

Tout le monde conviendra que le passage éclair de Javier Clemente sur la Canebière (cinq mois) ou les 11 matches d'Alain Giresse à la tête du PSG n'ont pas franchement contribué à la quête de gloire de leurs clubs, qui n'ont gagné aucun championnat depuis 1994. A l'opposé, Manchester United et d'Arsenal ont à eux deux remporté sept des neuf titres de champion d'Angleterre décernés depuis 2000 avec le même entraîneur. Ce n'est peut-être pas un hasard si les clubs anglais, les plus stables d'Europe, dominent la Ligue des Champion depuis quatre ans. En France, l'exemple rarissime des amours entre l'AJ Auxerre et Guy Roux est riche en enseignements et en exceptions. «En 46 ans de travail à Auxerre, je n'ai terminé que 4 fois en dessous de la 10e place. Ma moyenne de classement en Ligue 1 est de 5,6 et j'ai emmené 17 fois le club en coupe d'Europe en 25 ans.»

Il existerait donc une corrélation entre stabilité managériale et bons résultats sportifs, même s'il est impossible de prouver un lien de cause à effet. On ne peut pas savoir si c'est parce que les clubs ont du succès qu'ils changent moins d'entraîneurs ou si c'est parce qu'ils changent moins d'entraîneurs qu'ils gagnent des titres. Vous voulez une preuve : le championnat espagnol est dominé par trois clubs depuis 2000: Valence, le Barça et le Real. A eux trois, ils ont connu 22 entraîneurs. Alors la valse des entraineurs n'est finalement pas un mal français.

Grégoire Fleurot

(Photo: Didier Deschamps et Paul Le Guen, REUTERS/Eric Gaillard)

Grégoire Fleurot
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