Économie / Politique

Economie: à quoi peut s'attendre le prochain Président?

Temps de lecture : 6 min

Si le scénario est le bon, le Président qui sera désigné par le suffrage universel a des chances de présenter un bilan honorable en 2017.

Une femme face à la tempête en décembre 2011 à Brighton, en Angleterre. REUTERS/Luke MacGregor
Une femme face à la tempête en décembre 2011 à Brighton, en Angleterre. REUTERS/Luke MacGregor

Que l’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, l’économie est au cœur du débat dans la campagne présidentielle. La crise a joué un rôle certain dans la façon dont le bilan de Nicolas Sarkozy est jugé, même si elle ne peut tout expliquer et tout justifier. A quel climat économique le prochain Président doit s’attendre?

A première vue, on est tenté de penser qu’il faut beaucoup de courage ou d’inconscience pour briguer les suffrages des Français dans le contexte présent. Quels sont les thèmes d’actualité? Le sauvetage de la Grèce, la crainte de voir d’autres pays de la zone euro atteindre eux aussi un niveau d’endettement insupportable, la multiplication des plans de rigueur, l’alourdissement de la fiscalité, la perte de compétitivité de notre industrie, le chômage et, pour couronner le tout, un pétrole cher qui annule presque complètement la maigre hausse du pouvoir d’achat.

Les candidats à la présidence, en tout cas ceux qui ne sont pas là simplement pour porter un message et se battent pour conserver ou conquérir le pouvoir, se gardent bien de multiplier les promesses. Ils prennent des engagements sur l’objectif visé et les moyens employés pour l’atteindre, ils évitent soigneusement de dire à quel stade de réalisation de leurs projets ils comptent être dans cinq ans.

L’important, ce n’est pas le Fouquet’s

De ce point de vue, les commentateurs politiques ont tort de tant insister sur le Fouquet’s ou le yacht de Bolloré. Certes, ces fredaines ont consterné, mais l’essentiel est ailleurs. Ce que les déçus du sarkozysme ne pardonnent pas au Président sortant, c’est l’écart entre les promesses et les réalisations. Ils avaient cru au «Président du pouvoir d’achat», au «travailler plus pour gagner plus», à celui qui n’augmenterait pas les impôts et ferait revenir le chômage au-dessous du seuil de 5 % de la population active.

On peut dire que la crise des subprimes et ses prolongements en Europe ont contrarié son action. Mais Nicolas Sarkozy n’avait-il pas été, brièvement, ministre de l’Economie dans le troisième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin? Il aurait dû alors y apprendre que le niveau de la croissance économique d’un pays ne se décrète pas et qu’il dépend largement de l’environnement international.

Un chef d’Etat ou de gouvernement a le pouvoir de prendre des mesures qui limitent les effets négatifs d’une conjoncture mondiale défavorable ou de permettre à son pays de profiter au mieux des périodes de croissance soutenue. Ce n’est pas lui qui fait la croissance et l’emploi.

C’est pourquoi il est important de faire le point sur la situation et les perspectives de l’économie mondiale. On peut ainsi mieux mesurer les risques que prend le candidat au pouvoir et ses chances de réussite. Disons-le tout de suite: il ne semble pas que 2012 soit une mauvaise date pour entamer son action.

Vers une amélioration lente

Les années de crise que nous venons de vivre ont ceci de positif qu’elles ont préparé l’opinion à une période longue de difficultés et que les électeurs n’attendent pas de solution miracle. Les espoirs courent d’autant moins le risque d’être déçus, quel que soit l’élu, qu’ils sont minces. Les scénarios pessimistes dressés par les économistes ne sont pas inutiles: chaque dixième de point de croissance de plus par rapport aux prévisions, chaque emploi sauvé sera accueilli avec soulagement. Et ce que nous pouvons voir actuellement laisse penser qu’une amélioration lente et progressive n’est pas inconcevable au cours des prochaines années.

Les premières enquêtes menées auprès des entreprises font penser que l’activité repart à la baisse en février dans la zone euro, après une petite hausse en janvier. Mais, après la contraction observée au dernier trimestre de 2011, la tendance paraît être à la stabilisation. L’activité progresse en Allemagne et, dans une moindre mesure, en France. En Allemagne, l’indice IFO de confiance des chefs d’entreprise a enregistré en février sa quatrième hausse mensuelle consécutive et, pour la première fois depuis juin 2011, l’opinion sur la situation courante est aussi en hausse (jusqu’à présent, les entrepreneurs allemands se montraient plus optimistes pour l’avenir, mais ne voyaient pas encore les premier signes de l’amélioration attendue).

Après avoir reculé en décembre, les entrées de commandes ont progressé en janvier dans la zone euro. Il est vrai qu’après leur chute fin 2008-début 2009 et leur nouveau décrochage à l’été 2011, elles restent à un niveau très inférieur à celui qui avait été atteint avant la crise de 2008, mais la tendance qui s’amorce est plutôt positive.

Quant au Royaume-Uni, il semble pouvoir éviter une récession cette année et l’activité donne les premiers signes d’un redémarrage progressif. Aux Etats-Unis, la croissance a accéléré fin 2011 et l’emploi se redresse. L’industrie manufacturière va mieux et le secteur de la construction donne quelques signes d’amélioration.

Un monde convalescent

Dans les pays émergents, la tendance générale est aussi à l’amélioration. Le Brésil a passé un point bas, la Russie a plutôt surpris agréablement en 2011 avec une hausse du PIB de 4,3 %. En Inde, le plus mauvais moment paraît avoir été vécu en octobre dernier et le recul de l’inflation devrait permettre une détente des taux d’intérêt. La Chine n’a pas tout à fait terminé la phase de ralentissement imposée par la nécessité de calmer le jeu dans le secteur immobilier, mais une accélération est attendue pour le deuxième semestre. Bref, dans un monde convalescent, 2012 s’annonce comme une année de transition, avec une croissance modeste parce qu’on est parti d’un point bas, mais avec une tendance plutôt haussière qui s’affirmera progressivement.

Il est trop tôt pour pavoiser: le ciel est encore sombre. L’Europe n’est pas tirée d’affaire. Les plans de sauvetage successifs ont permis de gagner du temps, mais il n’est pas encore certain que ce temps jouera en sa faveur, même si on peut commencer à le penser. De toute façon, la croissance, freinée par les plans de rigueur, restera modeste en moyenne (la Commission européenne s’attend même à un recul de 0,3% du PIB de la zone euro cette année) et surtout très inégale (la France étant d’ailleurs parmi les mieux placés aux côtés de l’Allemagne).

Aux Etats-Unis, faute d’accord entre républicains et démocrates, les déficits publics restent excessivement élevés. Normalement, dans une année électorale, tout devrait être fait pour soutenir la croissance, mais il faudra bien s’attaquer au problème des finances publiques dans les années suivantes. Dans les pays émergents cités, on voit aussi des signes de fragilité qui peuvent venir contrarier les améliorations entrevues.

Redémarrage en vue

D’une façon générale, les déséquilibres internationaux restent élevés, la guerre des monnaies bat son plein. L’Europe aurait besoin d’un euro plus faible pour ses exportations et beaucoup d’experts prévoient un prochain affaiblissement, mais on peut voir que le Japon et les Etats-Unis feront tout pour freiner une réévaluation de leur monnaie et que la Chine compte bien garder la maîtrise de son taux de change. Enfin, le niveau élevé des cours du pétrole pèse sur le pouvoir d’achat dans les pays consommateurs et la question iranienne laisse toujours planer une menace de tensions encore plus fortes.

Bref, tous ceux qui aiment faire peur ne sont pas à court de munitions: les menaces restent nombreuses et fortes. Mais le scénario central que l’ont peut retenir est celui d’une amélioration lente de la conjoncture. C’est, par exemple, celui sur lequel travaillent les économistes d’HSB:

«Malgré le climat actuel, la tendance générale pour le commerce international est positive avec une accélération de la croissance plus rapide que prévu, attendue désormais à partir de 2014 plutôt que de 2015. Après 2014, l’économie mondiale sortira de cette période de croissance anémique et de contraction pour marquer un redémarrage des échanges en ligne avec les prévisions du PIB. »

L’inverse de 2007

En 2007, la situation globale était bien meilleure. Mais des craquements dans la construction aux Etats-Unis et les premiers signes de problèmes sur les crédits subprimes devaient inciter à la prudence; les marchés boursiers l’avaient bien vu. A l’évidence, le candidat Sarkozy avait ignoré ces alertes. Aujourd’hui, les signaux qui incitent à la prudence sont tellement évidents qu’aucun candidat ne peut les ignorer. Mais, à y regarder de plus près, on peut trouver aussi des signes encourageants qui doivent faire penser aux candidats que c’est le bon moment de prendre les manettes, à la condition expresse de ne pas promettre des résultats trop rapides.

Si notre scénario est le bon, le Président qui sera désigné par le suffrage universel a des chances de présenter un bilan honorable en 2017.

Gérard Horny

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