Presidentielle / France

Sarkozy-Hollande: M. Incohérent vs M. Incertain

Temps de lecture : 3 min

La campagne électorale n'est pas rassurante et les deux principaux candidats n'arrangent pas le tableau: personne ne peut prévoir avec garantie ce qu'ils feront vraiment.

François Hollande sur France 2 en mars 2011, avec, en fond, Nicolas Sarkozy. REUTERS
François Hollande sur France 2 en mars 2011, avec, en fond, Nicolas Sarkozy. REUTERS

La campagne présidentielle ne rassure pas, tant les failles des candidats paraissent grandes. Elles sautent aux yeux pour les petits, de Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly à Marine Le Pen. S'ils avaient les rênes, ils conduiraient le pays droit dans le fossé en deux heures. Mais ils ne sont pas là pour présider, il est vrai.

Venons-en aux deux principaux, Nicolas Sarkozy et François Hollande. La faille du premier est personnelle, la faille du deuxième est collective, le résultat est le même: personne ne peut prévoir avec garantie ce qu'ils feront vraiment.

Trop dans tout

Nicolas Sarkozy est M. Incohérent. Il est tout. Et il est trop dans tout. Un jour sur le terrain du Front national, le lendemain sur celui de la gauche.

Les observateurs politiques parlent de «triangulation» quand on va occuper le camp adverse. Nicolas Sarkozy ne triangule pas, il quadrangule, il hexagonangule. Il nous annonce une proposition par jour pour «asphyxier» François Hollande.

C'est son style activiste: il se comporte comme un champion d'échecs qui joue vingt parties en même temps, avec les blancs ou les noirs, indifféremment. Le souci est qu'il est candidat comme il était président. Et aujourd'hui, dans son bilan, il a engagé moult réformes mais n'a achevé aucune des parties engagées. Il est l'homme des bouts de réforme.

Est-ce si grave? «Il a fait avancer les choses», dira-t-on. C'est juste. Il faut l'en créditer. Par rapport à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy aura été un excellent président.

Mais, d'une part, il a, politiquement, abîmé l'idée de réforme parce que, manquant d'explication générale, elles apparaissent comme allant toujours dans le sens du «moins de social», voire de «favorables aux riches».

D'autre part, parce qu'au bout du compte, à trop d'énergie dépensée dans toutes les directions, il n'est pas parvenu à conduire la «rupture» promise du modèle économique français. Avec la crise, les deux défis majeurs, la dette et la compétitivité, se sont durcis, ils sont devant nous.

Le président Sarkozy n'a jamais choisi une ligne de politique économique claire. Président du pouvoir d'achat, il a, dans la crise, évité toute relance par la consommation. Et heureusement d'ailleurs! Mais c'est ce non-choix qui l'a inscrit non dans la rupture mais dans la tradition du maladif «ni-ni» français depuis trente ans. Et le commerce extérieur plonge.

Le candidat 2012 continue: il fait la TVA sociale pour alléger les charges des entreprises, mais «corrige» trois semaines plus tard en promettant 1.000 euros aux salariés entre 1 et 1,2 smic par dégrèvement. Pourquoi pas une réforme complète d'un coup?

L'incohérence se trouve dans les détails comme dans le tableau général. Le président Nicolas Sarkozy découvre le «modèle allemand», le candidat Sarkozy dénonce les corps intermédiaires.

On ne peut être plus contradictoire. Ou bien il joue avec les syndicats, cogestion rhénane, ou bien il les brutalise car il les considère comme des blocages. Réforme «type Grenelle», président Sarkozy? Ou «type référendum», candidat Sarkozy? Il faudrait savoir. Avec M. Incohérent, on ne sait pas. On a tout à la fois.

En dire le moins possible

M. Incertain n'a pas le même problème. François Hollande est lui «d'une filiation sociale-démocrate» et «je suis resté sur ma ligne», écrit-il dans son livre.

C'est vrai. Son problème est son parti, qui n'est pas sur la même. Le PS français reste le seul en Europe à n'avoir pas viré sa cuti Bad Godesberg et la crise n'a rien arrangé, au contraire. Le «projet» de Martine Aubry partait de la même analyse que celle que diffuse Jean-Luc Mélenchon: le capitalisme a cessé d'être fordiste (le compromis capital-travail d'après la crise des années 1930), se mondialisant il est redevenu de type «guerre des classes», comme au XIX e siècle, il faut donc «cogner, cogner, cogner». Cet ADN communiste séduit encore une grande partie du PS français.

Voilà qui n'arrange pas les affaires du candidat Hollande. Face aux deux problèmes, la dette et la compétitivité, il lui faudra mener une politique d'austérité que son parti aura du mal à soutenir. Il doit ruser, en dire le moins possible. Comment pourra-t-il agir ensuite?

L'abstention à l'Assemblée lors du vote sur le MES (Mécanisme européen de stabilité) creuse le doute en mettant au jour, d'une part, la fracture, comme irréductible, du PS sur l'Europe, et d'autre part, la confusion des esprits sur la question du couple austérité-croissance.

Nombre de socialistes pensent encore que la croissance permettra de contourner l'austérité. Et ils tablent sur une magique augmentation du taux d'expansion qui viendrait... d'une relance européenne. M. Incertain ne rêve pas, peut-être. Son parti, si.

Eric Le Boucher

Chronique également publiée dans Les Echos

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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