Culture

Oscars 2012: Dujardin nous prive du duel Pitt-Clooney

David Haglund, mis à jour le 23.02.2012 à 16 h 18

Le sacre probable de The Artist aux Oscars nous prive du duel de toute une génération, celui qui aurait pu opposer les amis et rivaux Brad Pitt et George Clooney.

Brad Pitt et George Clooney à Los Angeles en 2012. Mario Anzuoni / REUTERS

Brad Pitt et George Clooney à Los Angeles en 2012. Mario Anzuoni / REUTERS

L'un des aspects énervants de la marche vers l'oscarisation de The Artist (pas seulement en tant que meilleur film, à en croire les pronostiqueurs, mais également meilleur acteur, meilleure musique, et peut être d'autres) est qu'elle nous confisque une comparaison que les adorateurs de cinéma américain et les débats autour de la machine à café auraient pourtant mérité: Brad Pitt contre George Clooney. Au lieu de ça, c'est à un duel entre Jean Dujardin et George Clooney auquel nous avons droit, du moins, c'est ce qui se dit, et c'est beaucoup moins drôle.

Dans l'esprit du public, George Clooney et Brad Pitt vont évidemment de pair depuis Ocean's Eleven (ils étaient pourtant rivaux depuis un bon moment puisque Clooney était en compétition pour le rôle qui a révélé Pitt, celui de J.D. dans Thelma et Louise).

A choisir, ce n'est pas Brad Pitt qui est Redford, c'est Clooney

Dans une critique d'Ocean's Twelve, le duo était comparé à Paul Newman et Robert Redford –et si vous suivez Google jusque dans les chat rooms et les forums, vous verrez apparaître cette comparaison plus d'une fois. L'analogie est inexacte pour de nombreuses raisons –principalement parce qu'il ne peut y avoir qu'un Paul Newman– mais elle s'avère utile lorsqu'il s'agit de montrer comment la perception de Clooney et Pitt en tant qu'acteurs est complètement faussée.

Clooney, c'est Redford, et ça devrait être évident (pourtant ça ne l'est pas, si ces chat rooms et ces forums sont d'une quelconque indication). Quant à Pitt... Comme je vous l'ai dit, il n'y a qu'un seul Paul Newman. Mais Pitt lui ressemble bien plus que Clooney.

George Clooney est certainement un bon acteur, qui domine l'écran d'une manière qui n'est pas sans rappeler celle des stars de l'âge d'or hollywoodien. Sa gamme de jeu n'est pas incroyable; il est à son meilleur lorsqu'il peut user de cet air distant et insaisissable dont il ne se sépare jamais (regardez sa performance dans Hors d'atteinte, Les Rois du désert, Michael Clayton, In the Air, ou la série des Ocean). Comme Redford, il s'est tourné vers la réalisation, avec un goût particulier pour les films faisant preuve d'une légère gauchitude à l'ancienne (d'une légère condescendance à l'ancienne également).

C'est pourtant Brad Pitt que l'on accable d'une comparaison avec Robert Redford. C'est vrai qu'il est un peu plus jeune que Clooney, mais pas de beaucoup. Il est vaguement blond, comme Redford, et son rôle dans Et au milieu coule une rivière, dirigé par ce dernier, compte parmi les rôles importants de sa carrière. Redford a également joué le mentor de Pitt dans le dispensable Spy Game, pour ce que ça vaut. Mais c'est dans la catégorie de Paul Newman et non pas de Redford que les perfomances d'acteur de Brad Pitt le placent.

Quel est le meilleur des deux?

Certains aiment à dire que Pitt est un acteur de genre dans un corps de jeune premier, en raison de ses remarquables seconds rôles dans L'Armée des 12 singes, Burn After Reading, Inglourious Basterds (son excellente performance en tant que Tyler Durden dans Fight Club joue peut-être aussi). Et je crois que l'on a du mal à prendre Brad Pitt au sérieux.

Dans la vraie vie, il n'a jamais eu l'air aussi raffiné que George Clooney, le vieux beau avec sa villa italienne et tout le reste. Mais c'est ce qui est sur l'écran qui importe, et à en croire The Tree of Life et Le Stratège – deux films dans lesquels Pitt se livre à des performances excellentes et sous estimées dans des rôles dominants plus posés– sa capacité à camper des premiers rôles est indiscutable.

Dans The Descendants, Clooney s'est essayé, et c'est tout à son honneur, à un personnage qu'il savait difficile à interpréter, comme il l'a récemment confié à James Lipton. Avec le personnage de Matt King, il fallait rendre un sentiment d'enracinement, d'attachement (à la terre, à ses enfants, à la femme adultère dans le coma sur son lit d'hôpital). Ce à quoi il ne parvient pas tout à fait.

De son côté, Brad Pitt marque les esprits en lancant quelques mots sévères à ses fils dans The Tree of Life, et parvient dans Le Stratège à rendre intéressant un voyage en voiture en solitaire et le fait de manger, de temps en temps, des choses.

A en croire les initiés, c'est pourtant Clooney qui a le plus de chances de remporter un Oscar. Sans ce jovial muet de The Artist, sa principale menace serait Brad Pitt et nous serions tous en train de nous amuser à nous disputer pour savoir lequel de ces amis hollywoodiens censément rivaux est réellement un meilleur acteur. Et la réponse serait sans conteste Brad Pitt.

David Haglund

Traduit par Agathe Ranc

David Haglund
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Journaliste
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