Life

Jeremy Lin, entre Dieu et Kim Kardashian

Yannick Cochennec, mis à jour le 22.02.2012 à 17 h 41

Nous voilà à l’heure du sport réalité où des inconnus deviennent des stars nationales et internationales en quelques jours. Le très croyant Jeremy Lin, basketteur des Knicks de New York, en est le spectaculaire dernier spécimen.

Jeremy Lin au Madison Square Garden de New York, antre des Knicks. REUTERS/Mike Cassese

Jeremy Lin au Madison Square Garden de New York, antre des Knicks. REUTERS/Mike Cassese

En l’espace de quelques jours, Jeremy Lin s’est catapulté au rang de star aux Etats-Unis, mais aussi au niveau international. A 23 ans, ce basketteur quasi inconnu à la fin janvier est devenu, en effet, la nouvelle vedette des planchers de la NBA, le championnat professionnel américain.

Joueur des Knicks de New York, équipe qu’il a rejointe voilà quelques mois après avoir été négligé par les Golden State Warriors, son précédent employeur, Lin, ancien étudiant de Harvard, avait davantage l’habitude de cirer le banc des remplaçants jusqu’au jour où une cascade de blessures a précipité son entrée en scène dans le cinq majeur new-yorkais. Et aussitôt, il a capté toute la lumière grâce à des performances étonnantes qui ont rejailli sur les résultats remarquables de son équipe, invaincue pendant sept matches consécutifs entre le 3 et le 17 février, alors qu’elle n’est pas l’une des plus en vue du championnat NBA. A la huitième rencontre, la défaite est finalement arrivée contre les Hornets de la Nouvelle-Orléans. Deux jours plus tard, les Knicks ont surpris les Mavericks de Dallas, champions en titre, relançant le buzz.

Rareté asiatique

Au-delà de ses aptitudes soudain découvertes, les particularités de Lin sont diverses et expliquent cet engouement extraordinaire dont il est difficile de prendre la mesure en France. La première est qu’il est Américain d’origine asiatique. Né à Palo Alto, en Californie, ses parents sont Taïwanais et sont arrivés aux Etats-Unis dans les années 70. Ce n’est pas la toute première fois qu’un Américain d’origine asiatique figure en NBA, mais cela reste une vraie rareté.

Tous les pays accueillant des communautés asiatiques relativement importantes ont relayé la nouvelle comme le Canada et Vancouver. Ainsi, à des milliers de kilomètres de New York, le quotidien principal, le Vancouver Sun, n’a pas hésité à offrir une partie de sa Une à la nouvelle icône. Le néologisme anglais Linsanity -il y en a d’autres- est devenu une sorte de mot générique pour accompagner la folie douce autour de la nouvelle idole des Knicks.

Le second motif de starisation réside dans le fait que Jeremy Lin est chrétien et parle ouvertement et simplement de sa foi et touche le cœur de nombre de ses (nouveaux) supporters avec lesquels il échange sur la force divine qui le porterait aujourd’hui. «Je remercie Dieu pour tout, dit-il. Comme la Bible le dit: Dieu travaille pour le bien de tous ceux qui l’aiment.» Son compte Twitter reprend cette phrase en anglais concernant le tout puissant: «To know Him is to want to know Him more.» Quant à la photo de son profil, elle vaut vraiment le coup d’oeil.

Dieu est avec eux

Cette nouvelle référence à Dieu, qui n’est pas en soi un événement dans un pays comme les Etats-Unis, intervient quelques semaines après un autre raz-de-marée médiatique qui avait submergé une autre star improbable du sport américain, Tim Tebow, quarterback des Broncos de Denver.

Jusqu’à récemment, Tebow, malgré une belle carrière chez les universitaires, n’avait pas suscité beaucoup de commentaires sur ses performances ballon en main jusqu’au moment où propulsé lui aussi sur le terrain alors que cela n’était pas prévu, il s’est imposé comme le sujet n°1 de l’actualité sportive et nationale. En quelques matches gagnés par les Broncos et le nouveau héros de l’Amérique, le tebowing s’est propagé comme une traînée de poudre en hommage à ce joueur épris de religion qui n’hésitait pas à prier en plein match en posant un genou à terre visage baissé.

Cette pose caractéristique et spectaculaire devint une signature à travers les Etats-Unis, mais aussi au-delà de ses frontières. «Il est en mission de Dieu pour affecter les vies des autres gens», alla même jusqu’à déclarer le père de ce jeune sportif de 24 ans ouvertement «pro life», c’est-à-dire militant contre l’avortement, qui a fini par rencontrer sa propre limite de joueur en s’inclinant avec son équipe lors des play-offs.

Il est probable que Jeremy Lin retombera vite sur terre et que le conte de fées s’arrêtera peut-être comme il avait commencé puisqu’à ce stade, il est encore très difficile d’être certain de la qualification des Knicks en play-offs de la NBA –n’imaginons même pas un titre national au début de l’été. Mais l’histoire est captivante car elle offre aux medias et au public une nouvelle version de Cendrillon dont le sport est si friand.

Lorsque Tebow a embrasé l’actualité en décembre et janvier, il s’en est trouvé quelques-uns, parfois de façon virulente, pour se moquer de ses génuflexions sur les terrains de jeu, à l’instar de Bill Maher, bien connu à la télévision américaine. Débordé par le phénomène entre les «pour» et les «contre» Tebow, le site Internet d’ESPN, la chaîne américaine, a fini par abandonner toute modération dans les commentaires afin de laisser s’instaurer le débat ou plutôt le combat. L’écho des performances de Jeremy Lin est pareillement en train de résonner au-delà des cercles habituels du sport en enflammant la Toile entre admirateurs et sceptiques.

Stars en quelques jours

En réalité, même s’ils ont du talent, Jeremy Lin et Tim Tebow ressemblent plus à un miracle de Lourdes qu’à autre chose. Aspergée d’eau bénite, leur histoire est aussi un peu à l’eau de rose, mais elle s’inscrit complètement dans le monde aujourd’hui où il est possible de devenir une star intergalactique à la faveur de deux ou trois apparitions réussies à la télévision. C’est nouveau: nous voilà à l’heure du sport réalité.

Jadis pour pouvoir prétendre être une vedette du sport, un certain temps était nécessaire. Pour se retrouver à la Une de la presse, il fallait commencer par faire ses preuves puis confirmer. Désormais, comme les stars de la télé réalité, des sportifs inconnus sont désormais propulsés au sommet de leur discipline en un claquement de doigt et risquent d’être aussi vite oubliés dès que s’éloignera d’eux le halo de la réussite. Tim Tebow n’est pas un grand quarterback et Jeremy Lin risque d’attendre longtemps avant de glisser une bague de champion à son doigt.

De manière symptomatique, une rumeur s’est d’ailleurs propagée au sujet de Lin. Certains sites people ont relayé l’information selon laquelle Kim Kardashian, icône de la télé réalité aux Etats-Unis, s’était mise en tête de dîner avec le nouveau Dieu américain (après tout, ne se s’est-elle pas mariée avec un autre basketteur, Kris Humphries, pour en divorcer moins de trois mois plus tard?). Vrai ou faux? Qu’importe. Peut-être lassé de ses stars, le sport s’est découvert à l’évidence un fascinant nouveau registre avec le sport réalité. Bientôt en France? Amen!

Yannick Cochennec

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Journaliste
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