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L’Europe: la faille de Hollande

François Hollande présentant son programme en 60 points. REUTERS

François Hollande présentant son programme en 60 points. REUTERS

L'abstention des députés socialistes sur le Mécanisme de stabilité européen révèle leur incompréhension de la crise de la dette.

En s’abstenant de voter sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), à l’Assemblée nationale, le 21 février, le Parti socialiste a fait un choix crucial, fondamental, qui risque de lui porter malheur. Avec ce vote, ce refus de dire clairement oui ou non, les élus socialistes ont pris une décision qui ne va pas quitter le centre de la scène électorale. On va le leur reprocher longtemps. A juste raison.

Une fracture au sein du Parti socialiste

Le PS expose d’abord son candidat François Hollande à une attaque de son adversaire Nicolas Sarkozy sur le symbole: les socialistes «s’abstiennent» sur l’Europe. Ils n’ont rien à dire sur l’Europe parce qu’ils sont divisés depuis Maastricht. Jamais cette fracture ne s’est effacée depuis, ni lors du vote sur le Traité de Lisbonne, ni sur celui pour la Constitution européenne. Il en sera toujours ainsi: si François Hollande est élu, il sera paralysé par la désunion de ses députés sur cette question centrale pour la France. L’attaque de Nicolas Sarkozy fera mouche car elle tape juste et dit vrai:  l’abstention est révélatrice d’un embarras fondamental.

Ensuite, il y a plus grave. Le MES est le Fonds destiné à venir en aide aux pays européens en difficultés comme le Portugal ou l’Italie. Il remplacera l’actuel Fonds européen de stabilité financière (FESF) avec, pour l’instant, une dotation de départ de 500 milliards d’euros. En réalité, le MES aurait du s’appeler «Mécanisme européen de solidarité» mais hélas, il porte comme celui qu’il remplacera  le nom de «stabilité», qui renvoie à la culture germanique de la «Stabilität», en clair à la rigueur. Le PS avait peur qu’en disant oui au MES, il donne l’impression de voter oui à l’austérité du «paquet budgétaire» Merkel-Sarkozy adopté par 25 pays de l’Union, qui doit entrer en vigueur le 1er mars. Le mot «austérité» continue de fonctionner comme un chiffon rouge pour les socialistes. Une vingtaine de députés PS ont pour cette raison voté contre le MES. A leur gauche, Jean-Luc Mélenchon condamne « le modèle austéritaire » que les Européens vont s’infliger sous la dictée de l’Allemagne et dont on voit le résultat en Grèce.

Stabilité et austérité

La confusion entretenue des mots «stabilité» et «austérité» est «une hypocrisie», a dénoncé avec justesse Daniel Cohn-Bendit dans Libération. Pour le député Vert européen, le MES est une des bonnes avancées qui permet de relancer l’Europe sur de meilleurs rails. Il installe les bases d’une union budgétaire européenne, exactement  ce que dit souhaiter le PS! Comme très souvent sur l’Europe, Cohn-Bendit a raison.

S’abstenir relève d’un compréhensible calcul politicien, dira-t-on. Il fallait ne pas paraître épauler le pacte Sarko-Merkel, ne pas prendre de risque électoral à quelques semaines du scrutin. Ensuite, une fois la victoire acquise, il sera temps de revenir sur ce vote au moment où il faudra revenir sur le pacte budgétaire puisque François Hollande a dit vouloir le «renégocier» avec Angela Merkel.

La crise de la dette a bien eu lieu

Hélas, cette volonté de «renégociation» est une faute de Hollande et hélas le PS en rajoute une couche de bêtise en s’abstenant sur le MES. La faille politique de la division irréductible interne au PS et avec son allié des Verts met au jour la faille de stratégie économique du PS concernant la politique européenne, le comment faire avec l’austérité et la croissance.

Les marché financiers risquent d’avoir une lecture claire de l’abstention: le PS refuse toujours l’austérité. L’argument de la «renégociation» du paquet budgétaire  causait déjà un trouble sur les convictions des socialistes à s’entendre avec l’Allemagne sur le futur de la zone euro. Le vote sur le MES détruit le bénéfice du doute. Il montre que même si François Hollande s’est convaincu d’accepter la rigueur, même s’il promet un retour à l’équilibre budgétaire en 2017, son parti reste génétiquement contre l’austérité. Une partie des élus socialistes n’a toujours pas compris le film de la crise des dettes souveraines. Ils continuent de croire encore que la croissance résoudra les déficits.

Le salut et les maux ne viennent pas de l'extérieur

Soyons clair: il faut un regain de croissance en Europe. La seule austérité ne suffira pas. Il faut le faire comprendre aux partenaires allemands. Mais l’austérité est incontournable. Il faut en passer par là, par abandonner vraiment la politique de la facilité. Au passage, convaincre les Allemands en passe par leur démontrer que les Français ont vraiment changé d’idéologie, sinon ils ne nous suivront pas sur la croissance. Le volet croissance est un complément de l’austérité par un substitut.

Et, au bout du bout, ce  renvoi factice à un rêve d’Europe de la croissance révèle l’erreur d’analyse des socialistes: de l’extérieur (l’Europe) viendra l’onguent qui va permettre d’adoucir l’austérité française. La solution est «ailleurs», de même que la cause des malheurs provient d’«ailleurs», de la mondialisation en l’occurrence.  C’est une erreur car le malheur de la France vient de la France elle même, la solution doit être trouvée dans la France elle-même, la croissance doit être regagnée en France même, l’Europe ne viendra que comme un éventuel faible ajout.  En clair, la clé du «redressement» (l’objectif de Hollande) viendra de France, des réformes structurelles et d’une renouveau de compétitivité. Pas d’ailleurs. Il n’y a pas de trésor caché à Bruxelles. Il n’y a qu’un début de solidarité, d’union politique et économique qu’il faut construire avec clarté pas dans l’abstention. 

Eric Le Boucher

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