Monde

Faut-il demander l'asile économique à l'Australie?

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.02.2012 à 16 h 44

Pour fuir la crise et le climat déprimant de la France, l’île-continent est peut-être la destination de rêve. Même si tout n’est pas parfait chez nos «voisins du dessous».

Des jeunes plongeant à St. Kilda, près de Melbourne, en Australie. REUTERS/Mick Tsikas

Des jeunes plongeant à St. Kilda, près de Melbourne, en Australie. REUTERS/Mick Tsikas

Passer trois semaines en Australie et revenir en France peut s’avérer une expérience douloureuse sur le plan mental au-delà du vertigineux passage de l’été austral à l’hiver européen.

Je viens de connaître ce choc thermique terriblement accentué par la différence de météo psychologique entre deux pays aux humeurs diamétralement opposées. Car si la France a perdu son triple A et sombré dans une terrifiante mélancolie, l’Australie, l’un des 12 pays à bénéficier encore de la note miracle, nage dans un certain bonheur et pourrait, elle, s’il existait, décrocher un quadruple A en raison de son insolente réussite.

L’Australie est un pays fascinant dans lequel je me suis rendu déjà une quinzaine de fois et qui m’a toujours donné le sentiment d’aller plus ou moins bien, comme si cette île continent, dont la population est passée de 18 à 23 millions en l’espace de vingt ans, était au diapason de la forme de ceux qui la représentent le mieux à travers le monde: les sportifs.

En effet, dans l’actualité, en France, vous n’entendrez jamais parler de l’Australie sauf pour deux raisons: le sport, donc –avec des champions comme Cadel Evans, Ian Thorpe, Mark Webber, Casey Stoner– et les ravages météorologiques, entre incendies géants dus à la sécheresse ou inondations catastrophiques comme celles qui noyèrent Brisbane en janvier 2011. Pour le reste, rideau!

La preuve: Alain Juppé, qui s’est rendu à Canberra en septembre dernier, était le premier ministre des Affaires étrangères français à faire le déplacement depuis… Claude Cheysson en 1983!

Crise politique

Quel est le nom du Premier ministre australien? Il est probable que vous n’en ayez pas la moindre idée. Je ne connaissais pas non plus Julia Gillard –c’est son nom– jusqu’au moment où elle est apparue le temps de cinq secondes sur l’écran géant de la Rod Laver Arena, cadre principal de l’Open d’Australie.

Julia Gillard était venue assister à la récente demi-finale entre Novak Djokovic et Andy Murray, et à peine sa chevelure rousse et son visage laiteux étaient-ils apparus sur l’écran que des milliers de «houuuuuuuuuu» lui tombèrent sur la tête.

C’était d’autant plus surprenant que les Australiens savent d’habitude se tenir dans les stades où leur sportivité est reconnue à travers le monde.

Mais c’est le paradoxe actuel de l’Australie. Economiquement en presque lévitation, le pays est affaibli politiquement par des guerres internes au sein du parti majoritaire, le Parti travailliste.

Après avoir elle-même déboulonné son prédécesseur, Kevin Rudd, Julia Gillard, taillée en pièces par une grande partie de la presse australienne qui la juge faible et sans aucune vision, est à son tour menacée d'être renversée par d'anciens alliés.  Mercredi 22 février, Kevin Rudd a fini par démissionner de son poste de ministre des Affaires étrangères.

Le système politique australien est un peu fou, il est vrai, puisque les élections générales ont lieu tous les trois ans, si bien que les citoyens ont souvent le sentiment d’être au cœur d’une campagne électorale permanente.

Boom économique

Au-delà de ce psychodrame renforcé par les incidents qui ont agité la fête nationale, Australia Day, le 26 janvier, et au cours desquels Julia Gillard perdit une chaussure, l’Australie, on l’a dit, affiche de très bonne statistiques économiques avec un taux de chômage à la lisière des 5% de la population active, une inflation maîtrisée –0% lors du dernier trimestre 2011– et une croissance prévue de près de 4% pour 2012, ce dont rêverait tout pays avancé.

Les ressources minières et gazières de la partie occidentale de l’Australie surnommée le Qatar du Pacifique sont immenses et sont un confortable bas de laine pour l’avenir.

Contrecoup à cette météo au beau fixe: le dollar australien crève le plafond et est pour ainsi dire à parité avec le dollar américain.

Fin janvier, un dollar australien valait 0,8 euro quand il était à 0,5 euro il n’y a pas si longtemps. Du coup, les exportations australiennes sont pénalisées et Toyota vient d’ailleurs d’annoncer le licenciement de 350 personnes sur la région de Melbourne. Comme en Europe, les banques procèdent aussi à quelques coupes dans leurs effectifs.

Melbourne, ville grecque

Mais c’est un épiphénomène sur une mer plutôt bleue et calme dans laquelle viennent se plonger de plus en plus de migrants attirés par la réussite d’une nation en pleine expansion qui ne profite pas, toutefois, à la population aborigène toujours cloîtrée dans des lieux de grande pauvreté.

Chaque jour, la ville de Melbourne reçoit ainsi à elle seule 1.500 migrants parmi lesquels beaucoup d’Indiens –difficile de ne pas tomber sur un Indien quand vous prenez le taxi à Melbourne– et nombre également de Grecs qui fuient la débâcle économique d’Athènes et tentent de se réfugier dans la première ville grecque au monde en dehors de la Grèce –Melbourne qui abrite 300.000 Grecs d’origine depuis une première vague d’immigration dans les années 1950.

Au cours de la seule année 2011, 2.500 nouveaux Grecs ont été ainsi autorisés à s’installer durablement à Melbourne, sachant que 40.000 demandes auraient été déposées.

Et ce n’est probablement fini dans un pays dont le nombre d’habitants a crû de 1,9% sur la période 2005-2009 quand la France et la Grande-Bretagne se contentaient de 0,5%. La population australienne pourrait même atteindre les 40 millions aux alentours de 2050.

Pourtant, les règles de l’immigration australienne sont très strictes –le passage des douanes en Australie est nettement plus rigoureux qu’il ne l’est en France. Il reste compliqué de s’y établir pour une longue durée au-delà du délai d’un an délivré aux touristes et que complètent beaucoup de Français en Australie par le biais du visa vacances-travail dédié aux 18-30 ans et dont profiteraient près de 20.000 jeunes Français actuellement à l’autre bout de la planète au sein d’une communauté hexagonale estimée à 75.000 individus.

Petits boulots

Mais plus que jamais, l’aventure mérite d’être tentée pour des candidats au voyage âgés d’une vingtaine d’années qui auraient envie de s’éloigner de la France et de ses mauvaises nouvelles pendant quelques mois.

En raison du quasi plein emploi, en effet, il est plutôt aisé de trouver un petit boulot dans toutes les grandes villes, mais aussi dans les campagnes à l’approche de la saison du «fruit picking» notamment dans la région d’Adélaïde.

L’autre jour, dans un cybercafé de Melbourne, un jeune Lyonnais m’a montré comment le seul fait d’écrire «bartender» (barman) sur un moteur de recherche d’emplois de Melbourne entraînait aussitôt une rafale de propositions à laquelle il n’y avait plus qu’à répondre en envoyant son CV.

«Ce n’est pas forcément super bien payé, m’avoua-t-il. Mais c’est un bon moyen pour s’offrir ses vacances et vivre une autre expérience. En fait, il y a beaucoup de possibilités et il est facile de changer d’emploi si celui que vous avez ne vous plaît pas.»

Le développement du tourisme avec la venue de plus en plus massive de Chinois –500.000 en 2011, soit le même nombre que les Britanniques plus forte délégation étrangère jusque-là– suscite, par exemple, un petit boom hôtelier, secteur souvent à la recherche de «petites mains».

D’autant que travailler, quand on passe par une ville comme Melbourne, peut se révéler nécessaire à cause du prix très élevé des locations d’appartements. Car si Melbourne est réputée pour être la ville mondiale où il serait le plus agréable de vivre d’après une enquête qui célèbre régulièrement les charmes de la cité de l’état de Victoria, elle est aussi devenue l’une des plus chères de la planète –Sydney n’est pas moins abordable– avec le renchérissement du dollar local.

Vive l'aventure!

Dans ces circonstances, la colocation est monnaie courante –mais ne l’est-elle pas devenue à Paris où, en plus, il faut galérer pour décocher un petit boulot?

Si l’expérience australienne vaut d’être vécue, c’est en fait pour l’éternel optimisme que vous renvoie le pays. La naturelle décontraction des habitants du bout du monde lève bien des barrières et l’accueil australien n’est pas une légende dans un pays qui sait ce qu’il doit à l’immigration.

L’Australie n’est peut-être pas un pays idéal, mais au moins garde-t-il une part de rêve. Loin du petit cauchemar hexagonal, c’est peut-être le moment ou jamais pour un(e) jeune Français(e) de partir dans cette belle aventure afin d’oublier ce mot dont on nous rebat les oreilles jusqu’à la nausée: crise. D’autant qu’il est rare de revenir déçu d’Australie…

Yannick Cochennec

A lire aussi, sur notre blog Bien Manger: L'Australie, l'autre pays de la gastronomie?

Yannick Cochennec
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