PresidentielleFrance

Les élites, les élus et le peuple

Jacques Attali, mis à jour le 21.02.2012 à 8 h 25

Nicolas Sarkozy souhaite court-circuiter les corps intermédiaires. Cela peut conduire à une négation de la forme de démocratie que nous avons choisie depuis plus d'un siècle.

Le banc du gouvernement, en octobre 2011 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau

Le banc du gouvernement, en octobre 2011 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau

Dans le discours de Nicolas Sarkozy, dimanche à Marseille, sur l'importance de la démocratie directe, j'entends, derrière une apparence de bon sens, des relents fort dangereux pour la République.

Il a raison de dire que quelques groupes de pression peuvent bloquer les réformes. Mais desquels parle-t-il? Des syndicats qui peuvent faire grève pour sauver des emplois ou des banques qui ont imposé des réformes financières à leur profit? Des associations de défense des mal logés ou des patrons proches du pouvoir?

Il a raison de dire que les élites ne doivent pas imposer leurs points de vue au peuple. Mais de quelles élites s'agit-il? De celles issues des écoles républicaines, en toute transparence, qui sont aujourd'hui mises à l'écart, ou de celles, autoproclamées, des plus riches,  qui ont réussi jusqu’a présent à façonner à leurs profits la fiscalité et les regroupements d'entreprises.

Remplacer les parlementaires par des communicants?

Il a raison de dire qu'il ne faut pas exclure le référendum comme mode de décision. Mais sur quels sujets? Ceux, très rares, qui peuvent se régler par oui ou par non, comme le mariage homosexuel, ou celles qui ne le peuvent pas, comme la formation des chômeurs?

En réalité, cette volonté de court-circuiter les corps intermédiaires peut conduire à une négation de la forme de démocratie que nous avons choisie depuis plus d'un siècle, la démocratie représentative, évidemment nécessaire pour préparer des décisions complexes, parce qu'elles exigent réflexions, débats et nuances sur d'innombrables dimensions.

La logique du raisonnement présidentiel serait de remplacer les parlementaires par une entreprise de communication chargée de rédiger les questions soumises à d'innombrables référendums.

En réalité, derrière ce débat dangereux se cache une véritable préoccupation, que la droite ne va pas tarder de faire valoir, comme ultime argument face à une défaite annoncée:

«Ne votez pas pour François Hollande, même si telles sont vos inclinaisons, pour ne pas donner la majorité à la gauche dans toutes les instances de pouvoir du pays: communes, départements, régions, Sénat, Assemblée nationale, gouvernement, présidence.»

D'où le désir de jeter le discrédit sur la démocratie représentative.

On aurait pu espérer mieux, comme entrée en campagne, d'un Président sortant.

Jacques Attali

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