Les élites, les élus et le peuple
Nicolas Sarkozy souhaite court-circuiter les corps intermédiaires. Cela peut conduire à une négation de la forme de démocratie que nous avons choisie depuis plus d'un siècle.
- Le banc du gouvernement, en octobre 2011 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau -
Dans le discours de Nicolas Sarkozy, dimanche à Marseille, sur l'importance de la démocratie directe, j'entends, derrière une apparence de bon sens, des relents fort dangereux pour la République.
Il a raison de dire que quelques groupes de pression peuvent bloquer les réformes. Mais desquels parle-t-il? Des syndicats qui peuvent faire grève pour sauver des emplois ou des banques qui ont imposé des réformes financières à leur profit? Des associations de défense des mal logés ou des patrons proches du pouvoir?
Il a raison de dire que les élites ne doivent pas imposer leurs points de vue au peuple. Mais de quelles élites s'agit-il? De celles issues des écoles républicaines, en toute transparence, qui sont aujourd'hui mises à l'écart, ou de celles, autoproclamées, des plus riches, qui ont réussi jusqu’a présent à façonner à leurs profits la fiscalité et les regroupements d'entreprises.
Remplacer les parlementaires par des communicants?
Il a raison de dire qu'il ne faut pas exclure le référendum comme mode de décision. Mais sur quels sujets? Ceux, très rares, qui peuvent se régler par oui ou par non, comme le mariage homosexuel, ou celles qui ne le peuvent pas, comme la formation des chômeurs?
En réalité, cette volonté de court-circuiter les corps intermédiaires peut conduire à une négation de la forme de démocratie que nous avons choisie depuis plus d'un siècle, la démocratie représentative, évidemment nécessaire pour préparer des décisions complexes, parce qu'elles exigent réflexions, débats et nuances sur d'innombrables dimensions.
La logique du raisonnement présidentiel serait de remplacer les parlementaires par une entreprise de communication chargée de rédiger les questions soumises à d'innombrables référendums.
En réalité, derrière ce débat dangereux se cache une véritable préoccupation, que la droite ne va pas tarder de faire valoir, comme ultime argument face à une défaite annoncée:
«Ne votez pas pour François Hollande, même si telles sont vos inclinaisons, pour ne pas donner la majorité à la gauche dans toutes les instances de pouvoir du pays: communes, départements, régions, Sénat, Assemblée nationale, gouvernement, présidence.»
D'où le désir de jeter le discrédit sur la démocratie représentative.
On aurait pu espérer mieux, comme entrée en campagne, d'un Président sortant.
Jacques Attali
Mis à jour le 21/02/2012 à 8h25




































Ce garçon semble seulement cohérent sur trois principes:
1) flatter les bas instincts et il en restera toujours quelque chose, 2) calomnier son concurrent et il en restera quelque chose, 3) trouver des coupables et des boucs émissaires.
Ce sont de vieux principes qui ne demandent ni grands trésors d'imagination, ni grand talent.
2) Sarkozy a clairement refusé de consulter le peuple sur deux questions qui auraient tout naturellement dues être posées : la réforme constitutionnelle de 2008 et la ratification du traité de Lisbonne. Si les citoyens ne sont pas consultés sur leur constitution mais le sont sur "les obligations des chômeurs", c'est qu'on est clairement dans la manipulation et certainement pas dans la démocratie directe.
3) La résurgence d'un inquiétant populisme anti-élites (vous pointez très justement que ce sont les élites intellectuelles et non financières qui sont visées) n'est pas une raison pour cette même élite de justifier son pouvoir. Si des discours comme celui-ci ou encore celui de Marine Le Pen ont autant de succès, c'est bien parce que les citoyens ordinaires en ont assez de voir leur pouvoir confisqué par les élus. C'est désespérant de devoir faire le choix entre le césarisme plébiscitaire et l'oligarchie. Si nous voulons préserver notre démocratie, peut-être faudrait-il, justement, la rendre plus démocratique (nombreuses possibilités : initiative populaire, proportionnelle avec vote préférentiel, "jurys" de citoyens tirés au sort, mandat impératif, procédure de "recall", etc.) ?
C'est qui? Quelles écoles? C'est bien le noeud du problème. La preuve, les autres sont explicitement désignés pas ceux là. Pourquoi sont ils identifiés par leur "mérite"? Cela leur donne-t-il un privilège particulier sur le plan politique, démocratique ou technocratique? Y aurait il un problème dans le rapport entre le politique et la population lié à cette catégorie là. Si non on voit pas ce que cela vient faire. Si oui il serait temps de ne plus le cacher. Qui "fait" la loi dans ce pays et l'applique à sa convenance?
Le peuple peut être un danger pour lui-même et, comme l'adolescent cherchant à tester les limites de sa liberté, frayer avec les extrêmes à l'occasion. Ce n'est pas pour autant pour rien qu'un certain nombre de pays font appel à son jugement: les décisions du peuple, si elles sont parfois discutables, n'en sont pas moins applicables avec légitimité.
Demander l'avis du peuple est particulièrement avisé lorsqu'il s'agit de lui demander de faire un effort. Vous penseriez sans doute que le peuple est paresseux, mais il est parfaitement capable de prendre ses responsabilités lorsqu'on a pris le soin de l'éduquer: le peuple suisse s'est déjà imposé des hausses d'impôts, s'est refusé des vacances et a voté le frein à l'endettement (qui vous fait actuellement cruellement défaut, dirait-on).
Se demander maintenant comment présenter l'objet du vote au peuple alors que vous êtes si loin d'en accepter le principe est prématuré, mais je vais répondre aux inquiétudes de M. Attali.
Peut-on poser une question difficile et comment savoir si elle sera correctement comprise? L'objet du vote peut être extrêmement complexe du moment que le débat a eu lieu dans les règles de l'art et que tout a été clairement expliqué. Il faut en particulier éviter les fausses polémiques (les petites phrases des uns qui font la une). Les Suisses reçoivent ainsi un fascicule à chaque votation contenant les arguments de chaque camp (entre autres) et suivent les débats dans la presse pendant des mois.
Mais comment savoir si la question a été bien comprise? C'est impossible et il faut un minimum de confiance envers ses compatriotes.
Le vote populaire, est-ce du populisme? Oui, dans le meilleur sens du terme. On ne peut certes pas éviter les dérapages totalement (cf minarets-immigration-etc en Suisse), mais on peut limiter les dégâts (loi jugée anticonstitutionnelle par le parlement/tribunal/autres, respect des lois supranationales, etc).
Bref, il faut se libérer du jacobinisme de temps en temps et demander l'avis de la base dans son ensemble car les sondages ne suffisent pas.
Sincèrement, d'une vieille démocratie au centre de l'Europe.
Il y a un miracle Helvétique, un génie de ce pays à s’organiser et à se mettre en marche avec une très grande efficacité. Nous, Français, devrions nous en inspirer avec une très grande humilité.
Ceci étant dit, j’observe que le système référendaire Suisse, ne permet pas de s’adapter très vite. Il conduit en moyenne à un système conservateur voire ultra-conservateur. Un exemple édifiant a été celui de l’adoption du suffrage féminin en 1971, certains cantons ne l’ayant accepté que bien après (Appenzell).
Nos deux pays sont forts différents sur bien des plans. Vous êtes un pays de consensus, peu politisé, le citoyen industrieux compte d’abord sur lui-même et ne croit pas que les politiques règleront ses propres problèmes. L’impôt est collecté de façon à garantir le fonctionnement des infrastructures avec un contrôle direct des citoyens qui rend difficile la gabegie. La Suisse se défie du pouvoir, elle le confie de manière collective, elle n’aime pas le fracas des égos. La France croit encore aux hommes providentiels (le mirage Sarkozy est un des derniers avatars) ; elle croit encore aux politiques avant de croire à l’économie. C’est là, la très grande différence qui explique une moins grande maturité de notre part.
Quant aux réactions suscitées par l’amour soudain de Monsieur Sarkozy pour un système par démocratie directe, elles s’expliquent assez facilement. Monsieur Sarkozy, qui avouons-le, a très peu d’idées, axe sa campagne sur un populisme aux relents très douteux. Sa proposition soudaine de voir le peuple contrôler l’état de façon directe sur la base d’initiatives présidentielles est immensément suspecte ; elle est un déni de notre système démocratique qui permet de traiter les questions complexes qu’il soulève actuellement (chômage, immigration, etc).
Mais à quoi bon ? Quand le savoir est dévalorisé par rapport à la ruse, quand le travail est dévalorisé par rapport à la gestion ?
Et je peux vous dire, dans mes amis, l'un, ingénieur est parti en Suède, pas de valorisation du travail, l'une biologe aux Etats-Unis, pas de labo compétent, l'autre mathématicien aussi, pas d'avenir, plusieurs informaticiens sont partis à Londres, meilleurs conditions, un couple architectes parle que de la même chose, partir, et créer leurs entreprise, mais pas ici.. . Et ce n'est rien que dans mes amis, ce sont tous des bac +5/+10, voire plus, des gens aisées et compétents.. . Ça ne date pas d’hier en plus.. .
Pour tout dire, y'en a marre ! Marre de payer la luxure des politiques, marre des répliques de tocards, marre de l’ambiance nauséabonde. La France, qui était le pays de la science, de la culture, de l’art, a oublié ce qui était sa force. Je me demande pourquoi je reste quand je vois la bataille de boue qui s'annonce dans le bac à sable qu'est devenu la France. Mais bon le cœur a des raisons que la raison ne connait pas.
Et l'on chercherait vainement de l'innocence : " La sociabilité culturelle française est incorrigible. Elle confond le copinage et les affinités esthétiques." écrivait en 1984 Jean-Paul Aron dans “ Les modernes ” Ed Gallimard. Dès le début du XXe siècle, Jan Waclav Makhaïski décelait dans le socialisme « l'idéologie d'intellectuels qui tirent avantage de la position charnière qu'ils occupent au sein de la société capitaliste – par le contrôle de la production et la gestion de l'économie – ainsi que de leur monopole des connaissances pour tenter de s'ériger en nouvelle classe dominante. Cette classe ascendante de capitalistes du savoir serait limitée dans ses visées par le cadre étroit du capitalisme traditionnel et se servirait donc de la cause ouvrière afin de promouvoir ses propres intérêts ». (Source : AGONE N° 41/42: LES INTELLECTUELS, LA CRITIQUE & LE POUVOIR. Parution : 13 octobre 2009. Le rôle de l'intelligentsia au sein des partis politiques marxistes. Introductions aux analyses de Jan Waclav Makhaïski, Jean-Pierre Garnier. Présentation par Charles Jacquier. — Sur les intérêts de classe de l'intelligentsia (1898), suivi de Anciens et nouveaux maîtres (1905). http://atheles.org/agone/revueagone/agone41et42/)
Dès lors, le recours parfois à la consultation directe des citoyens peut paraître salubre plus que démagogique ou populiste.