Culture

Star Trek version JJ Abrams vaut le voyage

Dana Stevens, mis à jour le 12.05.2009 à 11 h 16

Téléportez-vous!

Le Star Trek de J.J. Abrams (Paramount Pictures) va ravir les fans de la série originale, cet ovni un peu intello, un peu bizarre et carrément idéaliste, diffusé dans l'indifférence générale entre 1966 et 1969, mais qui est devenu depuis lors un des grands archétypes de la science fiction et l'objet d'une adoration fervente. Pour les fans qui ont grandi en regardant les innombrables rediffusions, et qui réquisitionnaient le La-Z-Boy pour en faire un fauteuil de commandant, Star Trek n'est ni une marque, ni un produit. C'est un univers. Bonne nouvelle, le prequel habillement mis en scène par Abrams respecte largement les règles de cet univers et, plus important, a conservé l'optimisme, la tolérance et l'humour de l'original.

L'enthousiasme quasi unanime soulevé par le film d'Abrams (note actuelle sur Rotten Tomatoes : 96) vient en partie du simple fait que ce n'est pas un navet. En effet, l'idée de «rebooter» Star Trek n'annonçait rien de bon. Non seulement parce qu'en quarante ans, la série a été abondamment recyclée au cinéma et à la télévision, mais aussi parce qu'on a du mal à concevoir qu'il soit possible de rebooter un machin aussi... analogique. Tout le charme des vieux Star Trek venait du contraste entre la haute technologie du futur et les moyens dérisoires déployés par la série pour la représenter. On se souvient du scanner portable du Dr McCoy, incarné par une salière à peine maquillée, et des déguisements d'extraterrestres qui se limitaient souvent à de la peinture verte ou des oreilles en plastique.

L'avenir de l'humanité tel que l'imaginait la série est d'ailleurs une relique de l'époque à laquelle vivait son créateur, Gene Roddenberry. C'était l'ère de la NASA, de la guerre froide et du multilatéralisme, même si Khrouchtchev n'hésitait pas à taper avec sa chaussure sur le pupitre des Nations Unies. La confiance inébranlable de la série en la capacité de la diplomatie et de la technologie à résoudre tous les problèmes de l'humanité pourrait nous sembler naïve aujourd'hui, dans un monde hanté par le terrorisme et les guerres préventives. Mais l'enthousiasme naïf du nouveau Star Trek en fait le film parfait pour notre premier été d'espoir retrouvé. Comme le nouveau président des états-Unis, ce blockbuster réhabilite l'intelligence et l'idéalisme. Et d'ailleurs, vous ne verriez pas Obama, cet homme pondéré, métisse et cultivé, en train d'arpenter le pont de l'Enterprise en lycra bleu et avec des oreilles pointues ?

Pour réussir son adaptation, Abrams devait triompher de deux difficultés majeures. La première était de trouver les bons acteurs pour incarner les archétypes bien connus, notamment James T. Kirk. Bien sûr, Spock est un personnage complexe et subtile, mais il plus facile à incarner aujourd'hui, car son tempérament réservé, pour ne pas dire glacial, est proche de celui des héros à la mode (comme le Jason Bourne de Matt Damon ou le James Bond de Daniel Craig). Le personnage inventé par William Shatner était un extraverti, un tombeur, presque ridicule et pourtant inégalable meneur d'hommes, aussi cabotin, bon vivant et large d'esprit que le Falstaff de Shakespeare. L'erreur aurait été de le remplacer par un héros du genre sombre et torturé avec un œdipe incurable, comme on en voit tant dans les comic books.

Abrams a donc très bien fait de ne pas choisir une star et de parcourir la galaxie pour finalement découvrir Chris Pine, un jeune acteur pratiquement inconnu (il jouait dans Mise à Prix en 2006 et dans Bottle Shock en 2008) qui est parvenu à se réapproprier le charisme un peu bancal de Shatner sans jamais l'imiter. Chris Pine est remarquable, mais il ne pourrait pas être aussi bon si les personnages secondaires n'étaient pas à la hauteur. Je vous préviens, il faut attendre un petit moment pour que vos héros favoris soient réunis sur le pont. Scotty, interprété avec beaucoup de finesse par Simon Pegg, arrive d'ailleurs un peu tard. Mais une fois l'équipe au complet, même les fans les plus réac auront été conquis par le Spock de Zachary Quinto, la Uhura de Zoe Saldana (qui passe de secrétaire interstellaire à « xénolinguiste » et semble avoir un petit faible pour son collègue vulcain), le McCoy irascible de Karl Urban (qui, seul bémol, manque parfois de tomber dans l'imitation), le Sulu de John Cho et le Chekov d'Anton Yelchin. Tous sont parfaits.

A bien y réfléchir, le James T. Kirk d'Abrams a quand même un problème avec son père, même si les choses sont rapidement réglées au début d'un film de 126mn qui ne ralentit que très rarement. Le père de James, le capitaine George Kirk, est tué dans une collision avec un vaisseau romulien au moment même où sa femme donne naissance à leur fils, à bord d'une navette qui échappe de peu à l'explosion. Nero (Eric Bana), le commandant du navire romulien, vient du futur et a voyagé dans le temps pour se venger de la destruction de sa planète natale, destruction dont il attribue la responsabilité à Spock... Enfin, le Spock du futur. C'est-à-dire celui de la série. Vous suivez?

L'idée d'un voyage dans le temps est une manière très ingénieuse de réinventer l'univers de Star Trek sans bousculer la continuité établie par les 79 épisodes de la série. Lorsqu'il se retrouvera face aux fans à la convention ComicCon, Abrams pourra les rassurer en leur expliquant que tout ce qui s'est passé dans la série s'est effectivement passé; son film parle d'une réalité alternative, qui a existé simultanément. Du grand n'importe quoi, certes, mais qui n'est pas sans rappeler les retournements spectaculaires, et totalement improbables, qui concluaient souvent les épisodes de la série originale. Et en plus, ça clouera le bec aux pinailleurs (dont je ne fais pas partie, ça va sans dire).

«Dans cette réalité alternative, Kirk, qui a été élevé chez les péquenots de l’Iowa, est un jeune homme intelligent mais sur la mauvaise pente. C'est un officier de la Fédération, Christopher Pike (Bruce Greenwood), qui le convainc de s’engager dans la «Starfleet Academy», autrement dit, l’Ecole navale de la Fédération. Pendant ce temps sur Vulcain, Spock (encore enfant et incarné par Jacob Kogan) est persécuté par ses petits camarades car il est en fait moitié vulcain et moitié humain. D'ailleurs, le plaisir que prennent ces gamins à le tourmenter m'a semblé très humain, mais passons. Adulte, Spock (incarné par Quinto avec un côté plus inquiétant que la version de Leonard Nimoy) refuse d'intégrer la prestigieuse Vulcan Science Academy, le MIT de l'espace, et rejoint les humains de la Fédération. A l'école navale, son côté premier de la classe l'amène rapidement au conflit avec un Kirk rebelle et insolent. Mais très vite, le retour du redoutable Nero, bien décidé à désintégrer toutes les planètes de la Fédération, va forcer les deux hommes à servir ensemble sur le tout nouveau navire de la Fédération, l'Enterprise, commandé par le capitaine Pike (qui, les fans sérieux l'auront remarqué, était également le premier capitaine de ce vaisseau dans la série). Et tous deux croiseront le chemin du Spock du futur, interprété par Leonard Nimoy, dont le rôle ne se réduit pas, loin de là, à un clin d'œil nostalgique.

En raconter davantage m'obligerait à révéler trop de choses. Mais à part quelques petites erreurs (Winona Ryder, qui n'a que 37 ans, interprète la mère de Spock...), vous ne serez pas déçu. Les scènes d'action sont étourdissantes mais ne font pas disparaître les personnages et, par exemple, on arrive à suivre qui frappe qui au sommet de la station de forage romulienne. La musique de Michael Giacchino est à la fois familière et inquiétante (ce n'est qu'au générique de fin que vous retrouverez le thème bien connu d'Alexander Courage). Et les costumes et les décors ont été conçus avec une grande attention portée au détail. Abrams a eu l'intelligence d'aborder la série originale sans y mettre de second degré ni de révérence excessive, mais en respectant un texte suffisamment riche pour être réactualisé sans rien perdre de sa force.

Dana Stevens

Article traduit par Sylvestre Meininger

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