Partager cet article

En 2012, les problèmes pourraient bien venir des Etats-Unis

Un téléphone décroché au New York Stock Exchange. REUTERS/Lucas Jackson

Un téléphone décroché au New York Stock Exchange. REUTERS/Lucas Jackson

L’année 2012 commence dans la morosité, mais pourrait se terminer en Europe beaucoup plus favorablement qu’on ne l’a imaginé, tant les scénarios initiaux sont pessimistes. Paradoxalement, les interrogations pourraient porter cette fois sur la capacité des Etats-Unis à retrouver durablement un rythme de croissance soutenu.

Dès le 30 janvier, François Fillon a admis que la prévision officielle de croissance du PIB de la France pour 2012 devait être ramenée de 1% à 0,5%. Mais, a-t-il ajouté, «la croissance devrait redémarrer dans la zone euro, et en particulier en France, avant la fin du premier semestre».

Cette vue relativement optimiste repose-t-elle sur des bases sérieuses et est-il vraiment raisonnable d’envisager dès maintenant une amélioration progressive de la situation dans un avenir proche? Il semble que c’est effectivement le cas.

Dans ses prévisions de décembre 2011, l’Insee estime que le point bas a dû être passé au quatrième trimestre 2011 avec un recul probable du PIB de 0,2%. Le premier trimestre de 2012 devrait encore être en décélération, mais de façon un peu moins marquée, avec un repli de 0,1%. Et, dès le deuxième trimestre, une modeste croissance de 0,1 % pourrait être envisagée.

Il ne faut pas se le cacher: les moteurs internes de la reprise, notamment l’investissement et les dépenses des ménages en produits manufacturés, resteraient faibles à cet horizon. La baisse des immatriculations de véhicules et les prévisions assez sombres des constructeurs confirment ce scénario.

En fait, l’évolution de l’activité serait principalement liée à celle de la demande étrangère; après un recul au quatrième trimestre 2011, les exportations devraient croître de nouveau dès le trimestre en cours (+0,2 %) et accélérer au deuxième trimestre (+0,4 %).

La France dans la moyenne

La crise de la dette souveraine en Europe, après avoir affecté les marchés financiers, pèse désormais sur l’économie réelle et la demande: le resserrement des conditions d’octroi de crédit et l’affaiblissement des perspectives d’activité conduisent à un fléchissement de l’investissement, les mesures prises par les différents gouvernements pour réduire les déficits budgétaires affectent le pouvoir  d’achat des ménages et donc leur consommation. Pour l’ensemble de l’année 2012, la Commission européenne ne retient qu’une prévision de croissance de 0,5 %, à la fois pour l’Union européenne et la zone euro, ce qui situerait la France dans la moyenne.

Mais, heureusement, la situation s’annonce plus favorablement dans le reste du monde, ce qui explique cette prévision d’un raffermissement de la demande étrangère. Ce scénario repose sur deux constats. D’une part, les craintes d’une rechute de l’économie américaine se sont révélées excessives et l’activité semble repartir à un rythme plus soutenu, ainsi que le confirment les statistiques de l’emploi (en janvier, le taux de chômage est revenu à 8,3%, retrouvant ainsi son niveau de février 2009); la politique monétaire très accommodante menée par la Réserve fédérale atteint ses objectifs.

D’autre part, les grands pays émergents semblent être entrés dans une nouvelle phase du réglage de leur politique conjoncturelle. Après avoir durci sa politique monétaire et pris des mesures sectorielles restrictives pour calmer la surchauffe dans l’immobilier, la Chine paraît désormais en mesure d’adopter un policy mix moins contraignant; dès la fin de 2011, les vannes du crédit aux PME se sont de nouveau ouvertes. Quant au Brésil, même si toutes les pressions sur les prix ne se sont pas encore apaisées, la banque centrale a déjà commencé à revenir à une politique d’assouplissement monétaire, de façon prudente et graduelle.

Le pire a déjà été envisagé

Tout scénario comporte évidemment des aléas. Mais, pour l’Europe, le pire ayant déjà été envisagé, on ne peut exclure que les prévisions soient revues à la hausse.

Toutes les inquiétudes ne sont pas dissipées, ainsi qu’en témoigne l’âpreté des discussions entre la Grèce et ses créanciers privés sur les modalités exactes d’un abandon partiel de créances. Il n’en demeure pas moins que les tensions sur les taux d’intérêt au second semestre ont atteint des niveaux de crise qui reflétaient une dramatisation excessive des risques réels.

Ainsi, des économistes ont calculé que les écarts sur les taux à dix ans entre l’Allemagne et les autres Etats de la zone euro suggéraient une probabilité de défaut (incapacité à faire face aux échéances de sa dette) de l’Italie de 66% dans les dix ans à venir ou une sortie de ce pays de la zone euro avec une dévaluation de 40% de sa monnaie.

Manifestement, la tendance est à une appréciation plus réaliste de ces risques dans un climat un peu plus détendu, à défaut d’être serein. De ce point de vue, on ne peut que se féliciter de la façon dont s’est effectuée la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE. Il est possible de reprocher à Mario Draghi ses liens anciens avec Goldman Sachs, mais on ne peut que constater qu’il a su ramener un peu de calme sur les marchés financiers.

Les dernières enquêtes de conjoncture sont plutôt plus favorables qu’on ne pouvait l’espérer. Ainsi, selon Chris Williamson, chef économiste à Markit, «la zone euro pourrait échapper à une nouvelle zone de récession, d’après les données PMI de janvier, qui signalent, contre toute attente, un début d’année positif pour l’industrie».

Attendons d’avoir une confirmation de ces indications positives avant de nous réjouir, mais, en attendant, évitons de sombrer dans les pronostics les plus sombres, comme le climat ambiant pourrait inciter à le faire.

Des doutes aux Etats-Unis

En revanche, on ne peut qu’être frappé par la complexité des signaux que nous envoient les Etats-Unis. Pour les uns, cela ne fait pas de doute, leur économie est repartie et la tendance ne peut aller qu’en s’améliorant, du fait, notamment, de signes d’amélioration dans le secteur immobilier, qui a été l’origine de la crise et a pesé lourdement sur la conjoncture pendant cinq ans.

D’autres, plus prudents, constatent que la stabilisation tant attendue dans ce secteur ne s’est toujours pas produite: selon l’indice Case-Shiller, le prix des maisons aurait encore reculé de 1,3% en novembre dernier dans les vingt plus grandes agglomérations des Etats-Unis. Quant à la croissance du PIB, elle s’est certes établie à 2,8% (en rythme annuel) au quatrième trimestre 2011, mais la variation des stocks a contribué à elle seule à hauteur de 1,8 point à ce résultat. C’est une base un peu trop fragile pour bâtir en confiance un scénario de reprise durable. Des doutes subsistent.

La tenue des marchés boursiers depuis le début de l’année laisse penser que les investisseurs privilégient actuellement l’hypothèse la plus favorable. Il faut espérer qu’ils ne se trompent pas. Le flux de nouvelles pourrait être très différent de celui de 2011: cette année, ce ne sera pas forcément d’Europe que viendront les signaux négatifs.

Gérard Horny

Article également publié sur Emploiparlonsnet

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte