L'avenir de l'Europe est entre les mains de la Grèce
Toutes les guerres en Grèce ont eu pour sujet l'unité. Nous y sommes. La sortie ou le fédéralisme.
- La façade de la banque de Grèce le 13 février 2012 après la nuit de violence à Athènes. John Kolesidis / REUTERS -
L'Europe de l'ère classique, comprenez «moderne», est née là, au Ve siècle avant Jésus-Christ, dans une guerre victorieuse contre les Perses. En 2011, tout se rejoue là, à nouveau, pour l'Europe.
Ou bien elle remporte cette nouvelle bataille de Grèce en refondant son unité, sa solidarité, ses armes face aux nouveaux Perses que sont les Chinois (pour résumer), et elle entre dans l'ère postmoderne, ou elle se perd, se divise et se fait rayer de l'Histoire. Le sort de l'Europe au XXIe siècle dépend, à nouveau, d'Athènes.
En vérité, le conflit est un peu plus compliqué, comme toujours avec les Grecs. S'opposent deux ligues, deux stratégies.
Pour le premier camp, la Grèce est trop perse, orientale. On n'aurait jamais dû la faire entrer dans la zone euro. Son Etat n'existe pas, elle est incapable de se mettre en ordre pour accepter et faire accepter à sa classe politique et à son peuple la discipline indispensable qu'impose une union monétaire. En outre, son art de la guerre à elle, la Grèce, qui a toujours fait face à des ennemis plus grands qu'elle, a toujours reposé sur la ruse. Or cette culture de la ruse, c'est justement ce à quoi elle doit renoncer, à commencer par ne plus tricher avec le fisc.
La culture de la ruse
Bref, depuis deux ans, ces 10 millions de Grecs mettent en péril les 300 millions d'habitants des autres pays membres, sans jamais se soumettre à ce qu'on leur demande. Qu'ils partent! Cette ligue de la «sortie» compte de plus en plus de membres parmi les dirigeants européens, dont les Allemands, excédés.
Pour l'autre camp, l'imposition d'une discipline commune est précisément l'objet du conflit. Ou bien l'Europe arrive à imposer ses règles à ces récalcitrants minoritaires (3% de sa population et 2% de son PIB) ou bien elle doit renoncer, et dès lors tout est fichu.
La défaite en Grèce montrerait qu'une union monétaire de peuples si disparates, aux cultures si fortes et si enracinées, repose sur une adhérence factice: de l'euro chacun veut les avantages sans les devoirs. La zone euro est une chimère. Pour éviter le drame d'une explosion et préserver le rêve européen, il faut aller jusqu'à mettre la Grèce sous le joug d'une véritable tutelle.
Est-ce antidémocratique? Mais parlons-en de la démocratie, c'est-à-dire de l'union politique sur laquelle doit reposer l'union monétaire! Que ne l'a-t-on pas fait plus tôt ce saut vers un fédéralisme dans lequel, pour citer Thucydide, «le droit de la masse s'impose à la minorité». Le défi grec est posé en réalité aux autres Européens et singulièrement à la classe politique française: voulez-vous, oui ou non, que l'Europe ait plus de pouvoir sur les nations? Répondre non, c'est être grec, c'est refuser ce qu'impose l'euro.
Le conflit est plus compliqué aussi parce qu'il est économique. Il partage les économistes, qui ont pour culture d'être au moins autant divisés que les Grecs.
Pour un premier camp qui fait alliance avec le premier camp politique, les Grecs ont doublé leur niveau de vie depuis leur entrée dans la zone euro le 1er janvier 2001. Doublé en dix ans! Un enrichissement totalement injustifié par le niveau de la production et de la productivité du pays.
Une austérité excessive
Que les plans d'austérité européens forcent à couper de 30% ou même de 50% le pouvoir d'achat n'est dramatique qu'en apparence, le gain de l'euro pour les Grecs reste important. En outre, une sortie de l'euro ferait sûrement redescendre les revenus beaucoup plus bas. Qu'ensuite les plans soient injustes et mal faits, qu'ils tapent trop fort sur telle ou telle catégorie, épargnent les plus riches armateurs exilés à Chypre, que l'Eglise ne verse aucun impôt mais n'économise pas ses larmes sur la douleur du pauvre peuple, tout cela est affaire de choix. Affaire justement de politique: entrer dans l'euro impose de changer aussi la façon de faire de la politique et d'abandonner prébendes, corruptions et lâchetés.
Les autres économistes, la grande majorité il est vrai, soulignent, eux, que cette austérité est excessive, que la Troïka plonge le pays dans une spirale de la dépression.
La crise grecque est plus large: il faut parler croissance et construire, en parallèle à l'union politique citée plus haut, une union économique. Il faut annuler une part plus grande de la dette des Grecs, traiter le cas du Portugal et, simultanément, aider la Grèce à reconstruire une économie plus solide. La question des eurobonds est, pour ce camp, centrale (1).
Toutes les guerres en Grèce ont eu pour sujet l'unité. Nous y sommes. La sortie ou le fédéralisme.
Eric Le Boucher
Chronique également publiée dans Les Echos
(1) On lira à ce sujet l'excellent dossier de «Confrontation Europe» n° 97.
Mis à jour le 18/02/2012 à 9h12
















































Que la Grece est le modele de ce qui ne faut pas faire dans l'UE est une evidence - corruption, gachis, indiscipline, absence d'Etat. Un peuple adolescent pour qui tout qui ne va pas est la faute des autres et tout ce qui est bien est grec.
Mais ils sont des Europeens comme nous. Membres de la meme famille. Moins de Grecs veulent quitter l'UE ou l'Euro qu'en France. A suivre
et dans 3 mois la situation sera exactement la même, ….
Personnellement, j'ai comme un -gros- doute.
Le plus critique de tous les déficits que la zone euro se doit de combler est le déficit démocratique. Avons-nous en Europe et en France des politiques prêts à relever ce défi?
…
Laissez moi marquer un temps de pause … avant de louer cet effort. Vous bougez dans vos certitudes, c'est bien. La preuve que c'est possible ! Serait-ce que vous avez fait vos devoirs ? Vous avez, comme je vous l'ai demandé, visionné la conférence de Pierre Larouturou ? http://www.les-crises.fr/eviter-le-krach-ultime/ Continuez comme ça, il y a aussi Lordon, Jacques Généreux, …
Comme le dit Marianne, votre désarroi est palpable, mais rassurez-vous, c'est toujours comme ça quand on entame un changement. Avec la prise de conscience survient le désarroi.
Vous avez encore une chance d'échapper à la folie qui menace ceux qui sont enfermés dans leur déni.
Courage, on va vous sauver ! On est avec vous, de tout cœur.
Al1
C'est pour cela que j'ai une position inverse, je les soutiens autant que possible contre ce carcan européen complice des spéculateurs. Ces instances illégitimes ont mis un des leurs à la tête du pays, un de ceux qui ont servi dans la pieuvre Goldman-Sachs.
Je suis du côté du peuple donc contre cet outil d’oppression qu'est l'euro.
Si le peuple grec se libère du carcan de l'euro, tous les peuples d'Europe s'en libérerons. Je n'ai aucun état d’âme pour les rentiers qui y laisserons des plumes.
Et qu'ils seront les seuls à souffrir de leur effondrement ?
L'avantage des raisonnements binaires et des certitudes, c'est que ça ne fatigue pas le cerveau.
Les grecs ont triché pour entrer dans l'Union que nous avons construite durant des années. Aujourd'hui ils sont notre talon d'Achille. Nous n'avons pas été assez exigeants et rigoureux sur leur candidature, et l'avons bien trop facilement acceptée. Alors soit on les abandonne (c'est à dire qu'on leur fait payer leur mensonge), soit on les soutient à 200% (on assume notre propre erreur). Je pense qu'il faut assumer notre erreur, parce qu'abandonner serait montrer au monde que la première tempête économique peut nous balayer.
Il est facile de montrer du doigt le peuple grec quand nous-mêmes ne sommes pas fichus de voir que les comptes sont truqués. Maintenant il faut jouer carré avec eux, et qu'ils mettent au carré leurs comptes : mais s'ils refusent, et ils en ont le droit car on ne contraint personne à rester en Europe, et bien qu'ils se détachent d'eux-mêmes de notre Union. Mais que ce détachement ne soit pas de notre fait, car on n'abandonne pas un malade qui fait des efforts pour guérir. Mais on ne peut pas l'y contraindre s'il ne veut pas et refuse les soins. Avec ou sans la Grèce, nous pouvons ressortir plus forts de cette crise, car elle nous met face à nos choix et nous demande de les assumer. Assumons-les, restons unis dans la tempête en attendant l'accalmie, et si un veut quitter le navire, que cela ne change en rien notre détermination.
C’est comme si l’on disait que le travail est néfaste parce qu’il y a du chômage ! Ou que la nourriture est à proscrire parce que certains en mangent trop !
Que les Grecs ont abusé du système est manifeste. Mais que des xénophobes comme Mme Le Pen commence à s’attendrir sur le sort des Grecs, c’est trop aussi.
Quiconque, comme moi, qui a vécu parmi les Grecs depuis 15 ans peut voir que la Grèce a énormément bénéficié de sa présence dans l’UE et (mais oui) de son entrée dans l’Euro. La Grèce aujourd’hui ne ressemble aucunement à la Grèce d’il y a 15 ans.
Oui le pays s’est bêtement endetté. Je dis bien 'le pays' car le Grec moyen a très peu de dettes personnelles. Heureusement.
Le niveau d’endettement globale (nationale et privée) est inférieure à celle de la France et…..de l’Allemagne.
Gardez donc pour vous vos larmes de crocodile, Mme Le Pen & Co.
A suivre....
On oublie aussi que les revenus cités sont souvent sur 13 ou 14 mois.
Mais j'ai beaucoup de compassion pour mes voisins - travailleurs et honnêtes.
Je rejoins ceux qui soulignent que l'Eglise et les armateurs ne contribuent pas assez à l'Etat. L'UE a tout intérêt à être vigilant car une fois passée, les Grecs feront comme avant cette crise sans un changement radical des mentalités et de politiciens qui restent 'byzantins'.
Mon commentaire était dirigé contres les Nonistes en France qui citent le cas Grec pour avancer leurs thèses. Le fait est - comme Bernanrd Guetta a dit ce matin sur France Inter - 75% des Grecs sont pour l'UE et l'Euro.
Ils sont moins fous que certains....
Quoi d'autre ? Le rythme de vie/travail grec était le suivant : 9h13h 17h/21h en moyenne. A ceci ils ont du ajouter le rythme de vie "occidental", faisant de leurs journées du 8h 20h.
Comment ne pas devoir vivre de la débrouille dans des conditions pareilles ? Car à ce niveau là, si ces derniers commencent à payer la TVA etc clairement ils ne peuvent plus s'en sortir (voir déjà la difficulté en France, avec un salaire minimum de 1100€, sachant qu'en grèce il est de 600€ avec des prix plus élevés...).
On dit que les grecs ne font pas d'efforts ? Ma tante qui est fonctionnaire en Grèce n'a pas touché son salaire (qui a baissé de 400 euros) depuis 9 mois. Sur l'île d'où vient ma famille tout le monde garde ses tickets de caisses pour pouvoir bien tout déclarer aux impôts. De réels efforts sont faits mais les médias se basent sur les personnes qui ne jouent pas le jeu...
Malgré tout ce qui peut se passer en Grèce (personnes décédées qui continuent à recevoir leur retraite et j'en passe), aucun média n'a évoqué le fait que les grecs sont des travailleurs. Même s'ils ne déclarent pas et que les choses ne sont pas forcément bien faites tout le monde travaille autant qu'il peut, chose que je ne vois pas en France. Bien sûr, c'est un détail.
En tout cas la crise en Grèce est la depuis bien longtemps et tout le monde le savait, saufs ceux qui fermaient les yeux : le pays était déjà tout feu tout flammes avant que les médias en Europe commencent à en parler ! Manifestations et j'en passe... Les Européens viennent juste de se rendre compte que l’Église grecque possède 36% du PIB non imposable... soit 2/3 fois la dette, un exemple parmi tant d'autres, ils ouvrent les yeux un peu quand ça leur chante...
Ce que je vois c'est que tout le monde a un avis bien tranché sur la Grèce, mais que personne ne comprends ce qu'il s'y passe réellement : l'aristocratie grecque continue à vivre dans l'opulence pendant que les gens triment. Par exemple l'an dernier un membre de l’État grec s'est acheté une maison sur l'acropole... normal, Acropole que l'on va bientôt louer pour les tournages de film histoire de rembourser la dette ?. Il y a beaucoup plus que ce que les médias veulent nous montrer.
Comment ne pas être consterné ? Comment les grecs ne peuvent ils pas être en colère ? Comment les européens peuvent leur en vouloir ? A eux, au peuple qui n'est que la bonne poire d'un gouvernement mafieux et "illégitime". Et tout le monde marche.
-Défaut -Sortie de l'euro: http://lespoir.jimdo.com/2011/11/12/sortons-de-l-euro-jacques-nikonoff/ -Dévaluation du Drachme: http://lespoir.jimdo.com/2011/12/03/la-d%C3%A9valuation-ou-le-chaos/
Faute de quoi c'est la Tiers-Mondialisation qui l'attend: http://lespoir.jimdo.com/2012/01/08/la-tiers-mondialisation-de-la-plan%C3%A8te-bernard-conte/
Une analyse des cohérences culturelles de l’Europe ( http://journal.coherences.com/article424.html ) on peut envisager quatre conceptions de l’Europe et du rapport à l’autre à l’autre nation la Grèce notamment. Ouverture ou défiance, confrontation ou défense.
L’Europe des puissances et des affaires. Une coalition d’intérêts qui s’allient ou font la guerre. Confrontation et défiance tels sont les principes de cette Europe. Le souverainisme et l’anti-mondialisation pourraient conduire à ce que chacun reprenne la défense de ses intérêts, vaque à ses seules affaires. La Grèce n’intéresse guère cette Europe
L’Europe des normes et de la monnaie unique. L’idéal c’est un Etat unique qui règlemente et administre. Ses principes sont l’ouverture aux autres (sans limites?) mais dans une attitude défensive qui enferme les différences dans le corset de la normalisation. L’important pour l’Europe c’est que la Grèce revienne dans les normes, de verrouiller un peu plus ses disciplines normatives. Pour les grecs c’est monnaie unique, monnaie inique.
L’Europe impérialiste forteresse assiégée. L’empire romain en passant par la chrétienté, jusqu’à Napoléon et Hitler, ont alimenté le rêve fantasmé d’une Europe dominatrice du monde. Elle conjugue la défiance et la défense et se dresse contre les menaces extérieures et intérieures. Les ambitions prêtées à la Chine, l’Amérique, les pays émergents, les pays arabes, justifient la construction de cette forteresse sans laquelle nous serions évidemment écrasé. Le protectionnisme européen va avec la construction de barrières contre toutes les menaces y compris celles de l’immigration, de l’invasion par des produits étrangers ou des religions. La Grèce constitue une brèche qu’il faut vite colmater parce qu’elle menace tout l’édifice.
L’Europe communauté de communautés. Ouverture et confrontation à l’altérité, conjugaison des différences, reconnaissance réciproques, projets communs, mosaïque de cultures, monnaies communes, tel serait le modèle multiculturel, multi-communautaire que l’Europe peut construire. On pourrait aussi parler de fraternité européenne, fraternité des nations et des communautés qui ont choisi un destin commun. C’est un modèle dont l’intérêt est universel mais sans hégémonie, sans uniformité. Seulement il faudrait se mettre à penser une démocratie communautaire et multi-communautaire, une économie communautaire et multi-communautaire, une gouvernance communautaire et multi communautaire. ( http://journal.coherences.com/article406.html ) A ce moment de l’histoire du monde nous sommes dans la mouvance d’une mutation de civilisation, dans une logique de refondation. Penser des souverainetés responsables des enjeux communs, entre communautés qui s’engagent ensemble voilà de quoi intéresser et mobiliser les européens.