Démission de Christian Wulff: quel drôle de pays que l'Allemagne
Imaginez: un président qui quitte son poste parce qu'on lui reproche d'avoir profité de quelques faveurs...
- Une figurine en papier mâché représentant Christian Wulff. REUTERS/Kai Pfaffenbach -
Drôle de pays et drôle de démocratie que l’Allemagne. Chez ce voisin que Nicolas Sarkozy donne volontiers aujourd’hui en modèle, le président de la République vient de démissionner parce qu’il avait profité, avant son élection, des petites faveurs que les hommes politiques n’ont pas toujours le courage de refuser: surclassement dans les avions, vacances chez de riches amis, crédits à taux préférentiels, etc.
Des broutilles, pensera-t-on de ce côté-ci du Rhin. Pas en Allemagne. Christian Wulff –c’est le nom de ce président– sera resté moins de deux ans à son poste. Sa démission est un coup dur pour Angela Merkel. Non que le président de la République ait beaucoup de pouvoirs. Il en a moins que sous la IVe Répulique en France.
Deux présidents en deux ans
Mais c’est la chancelière qui l’avait imposé, à la fois pour se débarrasser d’un des «barons» de la démocratie-chrétienne qui, un jour, aurait pu lui disputer sa place, et pour avoir un homme sûr au Palais Bellevue. En effet, si le président n’a pas de grands pouvoirs, il peut jouer un rôle politique au moment du choix du chef du gouvernement, si les rapports de force au Parlement sont fragiles. Angela Merkel pense toujours un coup en avance.
C’est encore un désaveu pour la chancelière parce que c’est la deuxième fois consécutive que le président de la République qu’elle a choisi démissionne en cours de mandat. Le prédécesseur de Christian Wulff, Horst Köhler, a quitté son poste du jour au lendemain un an après sa réélection. Il n’avait pas supporté d’être critiqué pour avoir déclaré que le soldats allemands en Afghanistan défendaient aussi les intérêts économiques de leur pays.
Les reproches qui ont poussé Christian Wulff à la démission sont d’un autre ordre. Une enquête du grand quotidien Bild Zeitung (4 millions d’exemplaires vendus chaque jour) a montré, à la fin de l’année dernière, que Christian Wulff, alors ministre-président de Basse-Saxe, avait reçu un prêt de 500.000 euros pour s’acheter une maison, de la part de la femme d’un riche industriel. Interrogé au parlement régional sur ces liens avec ce M. Geerkens, Christian Wulff avait nié être en affaires avec lui. Soupçonnant que la presse s’intéressait à ce prêt, il l’avait remboursé grâce à un crédit obtenu à un taux avantageux auprès d’une banque de Stuttgart.
Une question de moralité
En décembre dernier, le président Wulff était en visite officielle dans le Golfe quand il apprit que Bild allait sortir toute l’histoire. Il laissa alors lui-même un message sur le répondeur du rédacteur en chef du journal le menaçant de rompre toute relation si l’article le concernant était publié.
Non seulement l’article a paru, mais l’histoire de l’appel téléphonique a fait le tour des rédactions allemandes. La plus haute autorité morale de l’Allemagne, le gardien des institutions, s’en prenait à la liberté de la presse!
Ce n’était que le début d’une série de révélations toutes plus embarrassantes les unes que les autres pour Christian Wulff et sa femme Bettina. Une longue liste de cadeaux faits par de riches amis à un responsable politique qui, selon la loi du Land de Basse-Saxe, ne doit recevoir aucune faveur. Le procureur de Hanovre avait demandé au début de cette semaine la levée de l’immunité du président de la République pour «soupçon sérieux de prise illégale d’intérêt», une première dans l’histoire de la République fédérale.
Christian Wulff n’avait plus d’autre choix que de s’en aller en clamant son innocence et en s’en prenant à la presse dont les articles l’ont «blessés, (s)a femme et lui». Angela Merkel n’a plus qu’à faire amende honorable. Après avoir imposé Christian Wulff contre l’avis de l’opposition qui, en 2010, avait proposé la candidature de l’ancien pasteur Joachim Gauck, militant pour les droits de l’homme sous le régime communistes est-allemand, elle n’a plus qu’à s’entendre avec les sociaux-démocrates et les verts sur le nom d’une personnalité au-dessus de tout soupçon.
Daniel Vernet
Mis à jour le 17/02/2012 à 15h10















































Parmi la multitude de faits gravissimes... je vais en choisir un sur le plan moral : l'EPAD attribué pour les mérites du bon prince Jean...
A moins qu'une fois de plus, Sarkozy nous sorte " l'allemagne ça commence à bien faire.."
. "Les forces de la désintégration déchirent la France plus que tout autre pays, car sa société est un mélange multicolore d'ethnies, de religions et de citoyens à la pensée libertaire rafraichissante, mais le ciment qui les maintenait tous ensemble s'effrite. Ce processus n'a pas commencé avec Sarkozy, mais le Président n'a rien fait pour l'amortir, l'apaiser, trouver de nouveaux liens, bien au contraire: sa ligne "Diviser plutôt que réconcilier" mine encore davantage la cohésion de la Nation. Et son évolution actuelle sert d'exemple éducatif démontrant que la Démocratie et l'Etat de Droit ne vont pas de soi mais doivent être acquis, conquis de haute lutte, et doivent être travaillés avec intelligence, volonté et vertu. . L'Allemagne a appris cette amère leçon comme aucun autre pays. La France, le plus souvent du côté ensoleillé de l'Histoire, doit faire absolument attention à ne pas l'oublier." . Joachim Gauck, un homme droit et intègre, ce qu'a prouvé sa biographie, sera élu par près de 90% des grands électeurs, le soutien dont il dispose dans la population est similaire. Une instance morale. . En France, seul un grand coup de balai, qui casserait les vieilles croûtes qui étouffent la démocratie, pourrait faire évoluer le pays vers la respiration démocratique, telle qu'on la connaît en Allemagne. Pour le moment, c'est impossible, vu le cumul des mandats qui verrouille la vie politique représentative:
http://static.mediapart.fr/files/media_27770/Cumul_Mandats_Europe.jpg
. Ce week-end, un candidat a proposé un référendum sur la moralisation de la vie politique: . http://bayrou.fr/article/construire . Il est urgent de regarder les choses en face en France... . Voir aussi cet article sur l'Allemagne, la Chancelière qui habite un appartement dont elle paie le loyer, le Sénat allemand (Bundesrat) qui compte 69 élus - contre 348 en France, etc...
. http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-marie-charron/190212/lexemple-allemand