Monde

Démission de Christian Wulff: quel drôle de pays que l'Allemagne

Daniel Vernet, mis à jour le 17.02.2012 à 15 h 10

Imaginez: un président qui quitte son poste parce qu'on lui reproche d'avoir profité de quelques faveurs...

Une figurine en papier mâché représentant Christian Wulff. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Une figurine en papier mâché représentant Christian Wulff. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Drôle de pays et drôle de démocratie que l’Allemagne. Chez ce voisin que Nicolas Sarkozy donne volontiers aujourd’hui en modèle, le président de la République vient de démissionner parce qu’il avait profité, avant son élection, des petites faveurs que les hommes politiques n’ont pas toujours le courage de refuser: surclassement dans les avions, vacances chez de riches amis, crédits à taux préférentiels, etc.

Des broutilles, pensera-t-on de ce côté-ci du Rhin. Pas en Allemagne. Christian Wulff –c’est le nom de ce président– sera resté moins de deux ans à son poste. Sa démission est un coup dur pour Angela Merkel. Non que le président de la République ait beaucoup de pouvoirs. Il en a moins que sous la IVe Répulique en France.

Deux présidents en deux ans

Mais c’est la chancelière qui l’avait imposé, à la fois pour se débarrasser d’un des «barons» de la démocratie-chrétienne qui, un jour, aurait pu lui disputer sa place, et pour avoir un homme sûr au Palais Bellevue. En effet, si le président n’a pas de grands pouvoirs, il peut jouer un rôle politique au moment du choix du chef du gouvernement, si les rapports de force au Parlement sont fragiles. Angela Merkel pense toujours un coup en avance.

C’est encore un désaveu pour la chancelière parce que c’est la deuxième fois consécutive que le président de la République qu’elle a choisi démissionne en cours de mandat. Le prédécesseur de Christian Wulff, Horst Köhler, a quitté son poste du jour au lendemain un an après sa réélection. Il n’avait pas supporté d’être critiqué pour avoir déclaré que le soldats allemands en Afghanistan défendaient aussi les intérêts économiques de leur pays.

Les reproches qui ont poussé Christian Wulff à la démission sont d’un autre ordre. Une enquête du grand quotidien Bild Zeitung (4 millions d’exemplaires vendus chaque jour) a montré, à la fin de l’année dernière, que Christian Wulff, alors ministre-président de Basse-Saxe, avait reçu un prêt de 500.000 euros pour s’acheter une maison, de la part de la femme d’un riche industriel. Interrogé au parlement régional sur ces liens avec ce M. Geerkens, Christian Wulff avait nié être en affaires avec lui. Soupçonnant que la presse s’intéressait à ce prêt, il l’avait remboursé grâce à un crédit obtenu à un taux avantageux auprès d’une banque de Stuttgart.

Une question de moralité

En décembre dernier, le président Wulff était en visite officielle dans le Golfe quand il apprit que Bild allait sortir toute l’histoire. Il laissa alors lui-même un message sur le répondeur du rédacteur en chef du journal le menaçant de rompre toute relation si l’article le concernant était publié.

Non seulement l’article a paru, mais l’histoire de l’appel téléphonique a fait le tour des rédactions allemandes. La plus haute autorité morale de l’Allemagne, le gardien des institutions, s’en prenait à la liberté de la presse!

Ce n’était que le début d’une série de révélations toutes plus embarrassantes les unes que les autres pour Christian Wulff et sa femme Bettina. Une longue liste de cadeaux faits par de riches amis à un responsable politique qui, selon la loi du Land de Basse-Saxe, ne doit recevoir aucune faveur. Le procureur de Hanovre avait demandé au début de cette semaine la levée de l’immunité du président de la République pour «soupçon sérieux de prise illégale d’intérêt», une première dans l’histoire de la République fédérale.

Christian Wulff n’avait plus d’autre choix que de s’en aller en clamant son innocence et en s’en prenant à la presse dont les articles l’ont «blessés, (s)a femme et lui». Angela Merkel n’a plus qu’à faire amende honorable. Après avoir imposé Christian Wulff contre l’avis de l’opposition qui, en 2010, avait proposé la candidature de l’ancien pasteur Joachim Gauck, militant pour les droits de l’homme sous le régime communistes est-allemand, elle n’a plus qu’à s’entendre avec les sociaux-démocrates et les verts sur le nom d’une personnalité au-dessus de tout soupçon.

Daniel Vernet

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Journaliste
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