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Sondages: Nicolas Sarkozy à la recherche des points perdus

Jean-Laurent Cassely et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 18.02.2012 à 9 h 53

Au-delà de l’écart dans les intentions de vote, que nous disent les chiffres publiés par les sondages des faiblesses de Nicolas Sarkozy et de ses chances de rebond?

Nicolas Sarkozy visite une fromagerie à Vallières (Haute-Savoie) REUTERS/Yoan Valat

Nicolas Sarkozy visite une fromagerie à Vallières (Haute-Savoie) REUTERS/Yoan Valat

Jamais l’écart entre les deux principaux candidats n’aura été si net à deux mois de l’élection présidentielle. Dans les sondages d’intentions de vote publiés depuis le 1er février par huit instituts (BVA, CSA, Harris Interactive, Ifop, Ipsos, LH2, OpinionWay et TNS Sofres), Nicolas Sarkozy est donné entre 24% et 26% au premier tour, contre 28% à 34% à François Hollande, et entre 40% et 44% au second, contre 56% à 60% pour son adversaire. Mais au-delà de ces chiffres, abondamment relayés par les médias, que nous disent les sondages du paysage de la présidentielle et notamment des chances et faiblesses de Nicolas Sarkozy?

1. Du candidat implicite au candidat déclaré

C’est le petit plus télé, la prime à la séquence déclaration… Jusqu’ici, les sondages testaient des candidats déclarés et un candidat «implicite»: maintenant, ils ne testeront plus que des candidats déclarés. L’officialisation de la candidature de Nicolas Sarkozy pourrait lui fournir un rebond alimentant un discours comme quoi la présidentielle n’est pas jouée.

«Nicolas Sarkozy a une marge de progression liée à différents éléments: les ralliements attendus de petits candidats vont donner une impression de dynamique, effet renforcé par sa déclaration de candidature, avec laquelle il peut gagner automatiquement quelques points», explique Frédéric Micheau, directeur adjoint de l’Ifop.

Dans le premier sondage réalisé sans Hervé Morin ni Christine Boutin, par BVA le 17 février, le président est donné en hausse d’un point (soit le score que les enquêtes attribuaient généralement aux deux ralliés). Attention cependant: comme le notait Le Monde récemment, l’effet rebond d’une officialisation de candidature est généralement léger (compris dans la marge d’erreur de 2 à 3 points de ce genre d’enquêtes) et éphémère.

2. Marine Le Pen, absente ou présente?

Le 4 février, Ifop et le Journal du dimanche faisaient sensation —et polémique— en publiant un sondage de premier tour sans Marine Le Pen donnant Sarkozy et Hollande à 33% chacun, et donc le chef de l’Etat sur une meilleure dynamique en vue du second tour. Mais cette enquête écartait aussi, pour défauts de parrainages, Hervé Morin et Christine Boutin (depuis ralliés), ainsi que Dominique de Villepin et Nicolas Dupont-Aignan, tout en maintenant l’éventail des candidatures à gauche. Dans l’hypothèse d’un premier tour avec ces deux derniers mais sans Marine Le Pen, des enquêtes BVA et Ipsos font état d’un écart encore substantiel entre les deux candidats de tête.

3. Sûreté du choix et électeurs indécis

Plusieurs instituts, comme CSA et l’Ifop, mesurent la sûreté du choix des sondés et l’évaluent actuellement pour le second tour autour de 75-80%. Un chiffre élevé qui n’a rien d’exceptionnel: comme le montre une étude BVA parue en avril 2007, elle était même légèrement plus élevée en 2002 et également en 2007, époque où Nicolas Sarkozy était constamment donné vainqueur sur Ségolène Royal, avec une marge moins élevée que François Hollande aujourd’hui.

Au premier tour, cette sûreté de choix se situe à un étiage inférieur, autour de 50-60%, avec des niveaux différents selon les candidats: d’après les dernières enquêtes de l’Ifop, LH2 et TNS Sofres, elle est plus élevée chez Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy et François Hollande que chez François Bayrou, où elle n’est que de 40-50%. Problème pour le président sortant: les «incertains» de Bayrou iraient en second choix plutôt chez Hollande…

4. Vote d’adhésion et vote de rejet

Selon CSA, 33% seulement des électeurs qui ont l’intention de choisir Hollande au deuxième tour le feraient d’abord parce qu’ils souhaitent le voir président de la République, quand 63% seraient plutôt motivés par une élimination de son rival. Si l’on part de l’hypothèse qu’un vote de rejet est moins solide qu’un vote d’adhésion, cela peut constituer un petit espoir pour le président sortant —ou, au contraire, donner la mesure du discrédit qui le frappe et le place à moins de 40% d’opinions favorables, moins que Valéry Giscard d’Estaing avant sa défaite de 1981.

5. Le «vote Sarkozy honteux»

Les stratèges de l’UMP, dont le spécialiste des sondages Guillaume Peltier, miseraient sur l’hypothèse d’un «vote honteux» pour Sarkozy, phénomène longtemps observé chez Jean-Marie Le Pen, ou évoqué outre-Manche pour les conservateurs ou en Italie pour Berlusconi: des électeurs se prononceraient pour lui dans l’isoloir mais n’oseraient pas l’avouer à un institut de sondage.

Pour corriger ce phénomène, les instituts demandent à leurs sondés leur vote lors de la présidentielle précédente afin de corriger les chiffres bruts, mais cela ne peut fonctionner que si les sondés «mentent» sur leur vote de 2007 comme sur celui de 2012. Or, l’hypothèse de ce vote Sarkozy honteux voudrait que des sondés avouent leur vote Sarkozy de 2007 (donnant l’illusion que l’échantillon est représentatif du vote de l’époque)… sans oser avouer celui de 2012. Elle reste donc largement invérifiable jusqu’aux résultats réels du premier tour. L’Ifop a néanmoins enregistré une très légère sous-déclaration du vote Sarkozy 2007 dans ses échantillons: de l’ordre d’un à deux points.

6. Les cibles prioritaires de reconquête

Selon une note de CSA, l’électorat sarkozyste a fortement changé entre 2007 et 2012. Le poids des retraités, déjà fort en 2007, s’accroît et «les électeurs issus des catégories populaires représentent désormais 36% de son électorat potentiel, soit 10 points de moins qu’en 2007. Mécaniquement, le poids des CSP+ s’en trouve sensiblement renforcé, passant de 25% à 37%». C’est donc surtout le désaveu de la France des actifs  qui expliquerait la baisse des intentions de vote pour Sarkozy, en particulier chez deux tranches d’âge: «Sarkozy perd pour le moment 5 à 6 points par rapport à son score du 22 avril 2007. Essentiellement chez les actifs et, en particulier, les jeunes actifs qui cherchent à entrer sur le marché du travail et les 50–64 ans qui cherchent à s’y maintenir», explique Yves-Marie Cann, directeur d’études chez CSA.

Ces catégories, qui s’étaient fortement mobilisées en 2007, année où l’abstention était faible (16% aux deux tours), pourraient bouder les urnes: «En 2007, il y avait du renouvellement, c’était une élection de rupture. La campagne qui s’annonce est moins mobilisatrice… On s’attend à une abstention plus forte car, en période de marasme économique, les catégories populaires ont tendance à se détourner des urnes», explique Frédéric Micheau, de l’Ifop.

7. Les derniers bastions de crédibilité présidentielle

Défendre les intérêts de la France dans la mondialisation et lutter contre l’insécurité: voici les deux seuls «items» pour lesquels le président sortant est crédité d’une plus forte crédibilité que son concurrent, selon la note de CSA. A l’inverse, la crédibilité du président sur les sujets économiques et sociaux est très dégradée. Faudra-t-il une crise diplomatique d’ampleur, un nouveau soubresaut de la crise de la dette ou un fait divers tragique pour voir Nicolas Sarkozy reprendre les points qui lui font défaut?

8. Les reports de voix des deux autres grands candidats

Pour l’instant, les enquêtes qui étudient les reports de voix entre les deux tours (BVA, Ipsos, TNS Sofres) donnent les chiffres suivants: 19% à 29% des électeurs de Le Pen pour Hollande, 40% à 47% pour Sarkozy; 41% à 51% des électeurs de Bayrou pour Hollande, 24% à 32% pour Sarkozy. Or, les études post-électorales menées en 2007 par le Cevipof montraient un électorat Bayrou partagé entre Sarkozy et Royal, et un électorat Le Pen très largement (trois quarts-un quart) en faveur de Sarkozy, qui perd donc cette année sur les deux tableaux.

Avec son récent discours sur les «valeurs» (immigration, mariage gay…), le président amorce «une stratégie en deux temps», selon Eric Bonnet, directeur d’études opinion chez BVA: «D’abord reconquérir les électeurs qui revotent pour le FN, puis recentrer la campagne dans un deuxième temps». Avec pour «risque de n’atteindre aucun des deux objectifs» et notamment de faire sauter une barrière psychologique chez les électeurs de droite tentés par le FN: «L’épisode des Roms a montré qu’un discours qui normalise les idées du FN le dédiabolise par ailleurs.»

Jean-Laurent Cassely et Jean-Marie Pottier

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