Monde

Quelle place pour les femmes dans l'armée?

Joshua Keating, mis à jour le 24.01.2013 à 10 h 56

L’armée américaine devrait bientôt permettre aux femmes de combattre. Tour d'horizon de ce qui se passe dans les différentes armées.

Des soldats de l'armée mexicaine en 2011. STRINGER Mexico / REUTERS

Des soldats de l'armée mexicaine en 2011. STRINGER Mexico / REUTERS

Des responsables de haut rang ont confié mercredi 23 janvier 2013 à Associated Press que le secrétaire à la Défense Leon Panetta est en train de supprimer l’interdiction faite aux femmes de s’engager dans les unités de combat de l’armée. Cette décision historique ouvre «des centaines de milliers de postes en première ligne et potentiellement des jobs dans les commandos d’élite après plus d’une décennie de guerre», écrit AP. La décision donne à l’armée trois ans pour déterminer des exceptions au cas où elle désirerait que certains postes restent interdits aux femmes. Cet article de Joshua E. Keating, publié en mars 2012 après que l'armée américaine avait ouvert de nombreux postes aux femmes, revient sur la place des soldates dans les différentes armées dans le monde.

Le Pentagone a fait les gros titres en février 2012 en annonçant que plus de postes de combat seraient ouverts aux femmes dans l’armée américaine. Parmi ces 14.000 postes, des postes de mécanicien de chars d’assaut et des agents de renseignement de front. Mais environ un cinquième des postes militaires de service actif, notamment dans l’infanterie, les unités de chars d’assaut, et les unités commando d’opérations spéciales, resteront inaccessibles.

Certains estiment que l'évolution n'est pas assez radicale, comme la représentante de l'état de Californie Loretta Sanchez, qui a jugé «ridicule» le fait «d’ouvrir seulement quelques postes au niveau du bataillon pour créer un programme pilote». Le changement va au contraire trop loin pour d’autres, à l’image du candidat à la présidentielle Rick Santorum qui s’inquiète du fait que la présence de femmes au combat pourrait compromettre des opérations, au motif que «un homme a des émotions lorsqu’il voit une femme dans une position de danger».

Les femmes sont déjà en premières lignes

Dans un débat politique comme celui-ci, il serait utile d’étudier l’expérience de pays où les femmes ont déjà le droit de combattre. Mais définir le nombre exact de pays dans ce cas s'avère étonnamment difficile. Certains Etats n’ont pas de restrictions concernant l’inclusion de femmes dans des unités de combat, mais l’autorisent rarement dans la pratique. D’autres, comme le Japon ou la Suisse, autorisent la présence de femmes à certains postes de combat, mais ne sont pas entrés en guerre dans l’histoire récente.

Se pose ensuite la question de ce qui constitue le «combat». On voit rarement des lignes de front définies dans des guerres comme celles d’Afghanistan et d’Irak, et conduire un camion de soutien logistique dans un camp médical peut rapidement amener des soldats normalement éloignés du front au coeur du champ de bataille (vous vous souvenez de Jessica Lynch?).

Le changement intervenu en février aux États-Unis a largement reflété le fait que des femmes participent déjà largement  aux combats. Et en dépit des restrictions, depuis 2001, 144 femmes américaines ont été tuées et 865 blessées en Afghanistan et en Irak, selon le département américain de la défense.

Le nombre de pays ayant proposé des postes de combat aux femmes est également plus grand qu’on pourrait le croire (ou que le suggèrent parfois les médias). Un rapport de 2010 du ministère de la Défense britannique listait la France, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, Israël, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, la Roumanie, la Suède, comme les pays qui autorisent la présence de femmes dans des «rôles de combat rapproché», ce qui peut être défini comme le fait de «combattre un ennemi au sol avec des armes individuelles ou opérées par une équipe, en étant exposé à des feux hostiles et à une grande probabilité de contact physique direct avec des forces armées hostiles».

L’Australie a rejoint cette liste en septembre 2011 quand elle a ouvert aux femmes des unités de première ligne, et notamment un grand contingent en Afghanistan.    

Quelques autres pays pourraient aussi être ajoutés à cette liste. La Corée du Sud a commencé à ouvrir à des femmes d’autres postes sur le front, notamment dans l’artillerie et les divisions blindées. Des femmes ont combattu dans l'armée d'Erythrée depuis sa guerre d'indépendance en Ethiopie en 1991 (à un moment donné, elles représentaient 30% des forces armées du pays) et elles sont tenues comme les hommes d'effectuer un an et demi de service militaire.

Des femmes ont également effectué des vols comme pilotes de combat pour la Grande-Bretagne, le Pakistan, la Serbie, l’Afrique du sud, les États-Unis, et d’autres.

Certaines unités toujours fermées aux femmes

Même parmi les Etats identifiés dans le rapport du ministère de la Défense, des restrictions subsistent. Les Néerlandaises ne peuvent par exemple pas servir dans les sous-marins et les unités marines. En France, les sous-marins et les unités de gendarmerie mobile sont toujours interdits aux femmes. Et même si l’armée de terre française est en théorie ouverte aux femmes, dans la pratique, celles-ci ne constituent qu'1,7% des troupes de combat.

En Israël, pays bien connu pour être l’un des rares où les femmes effectuent un service militaire, les choses changent. Rick Santorum a cité Israël comme un pays qui n’autorise pas les femmes au front en raison de l’effet psychologique que leur présence provoque sur les hommes. En fait, l’armée israélienne autorise la présence de femmes à la plupart des postes.

Israël a commencé à accepter des femmes dans ses unités de combat en 1995, lorsqu’une immigrée sud-africaine de 23 ans, qui était venue de son pays avec un permis de piloter et fut refusée par l’armée de l’air, remporta un procès pour discrimination. Depuis, les forces de défense israéliennes ont intégré peu à peu à plus de femme dans leurs unités de combat, conformément à une décision de la Cour suprême.

Au total, seulement 12% des postes dans l’armée israélienne sont interdits aux femmes, en particulier dans l’infanterie et les unités de blindés. Mais les femmes peuvent servir dans l’infanterie légère, l’artillerie et les unités de gardes-frontières. Avec les années, de plus en plus de postes de sont ouverts, bien que des rapports existent, qui montrent que les forces de défense israéliennes refuseraient parfois aux femmes l’accès à des unités auxquelles elles ont légalement le droit d’être intégrées ou les mettraient sur le côté pendant des situations de combat.

Les femmes constituent seulement 33% des forces de défense israéliennes en raison d’une durée du service plus courte et d’un système d’exemption plus permissif pour les femmes juives les plus pratiquantes. Le «Bataillon Caracal», une unité d’infanterie de patrouille près de la frontière avec l’Egypte, a récemment été créé, et une femme a pour la première fois été nommée à la tête d’une section de tireurs d’élite.

Armées progressistes et risques propres

Même dans les pays où il n’existe pas de restrictions, la participation des femmes aux combats est relativement rare. Au Canada par exemple, 17% des soldats sont des femmes mais elles constituent seulement 3,8% des troupes de combat. Aucune femme n’a à ce jour réussi à intégrer l’unité d’élite anti-terroriste du Canada, qui demande un degré extrêmement élevé de condition physique.

La guerre en Afghanistan a fait figure de test grandeur nature pour la participation de femmes au combat, des membres de coalition comme le Canada, l’Allemagne, la Pologne et la Suède y déployant pour la première fois des femmes en première ligne. Aucun problème majeur n’a été noté dans le rapport britannique, et des militaires ont affirmé que les femmes officiers étaient plus efficaces pour certaines tâches, comme recueillir des renseignements chez des civiles.

Parmi les armées les plus puissantes au monde, celle des Etats-Unis est relativement progressiste. L’armée chinoise, la plus importante en nombre de soldats, autorise les femmes uniquement dans des missions de soutien, et a été critiquée pour avoir réclamé dans le cadre du processus de sélection que des recrues féminines  possèdent un talent tel que le chant ou la danse (au cas où vous vous demanderiez d’où venaient ces soldats vêtues de rose, aux grandes bottes à talon).

L’armée indienne n’a qu’une poignée de femmes, surtout présentes dans des missions de soutien, et ne leur permet pas de mener une carrière longue. 

La Russie a une longue histoire de femmes combattantes, notamment celle du «bataillon féminin de la mort» pendant la révolution de 1917 et de Lyudmila Pavlichenko, un des plus grands tireurs d’élite de la Seconde Guerre mondiale, mais aujourd’hui, les femmes ne sont pas tenues d’effectuer de service militaire. Les femmes volontaires constituent 3% de l’armée russe, surtout à des postes de soutien et dans les bureaux, même si le concours de beauté annuel de Miss Armée russe, n’est pas ce qu’on peut appeler un signe de respect pour leur rôle.

Malheureusement, quelle que soit la politique d’un pays en ce qui concerne le rôle des femmes dans ses armées, une constante, du Canada aux Etats-Unis, en passant par l’Australie et la Suède, demeure l’importance du harcèlement et des agressions sexuelles dans les camps militaires.

Tandis que les femmes-soldats, dans le monde entier, bravent les mêmes dangers que leurs homologues masculins, elles font toujours face à un type de risque qui leur est propre, de la part de leurs propres camarades.

Joshua E. Keating

Traduit par Felix de Montety

Joshua Keating
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Journaliste
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