Leonard Cohen, le plus grand parolier du monde

Leonard Cohen, le 19 octobre 2011, à Gijon (Espagne). REUTERS/Eloy Alonso.

Leonard Cohen, le 19 octobre 2011, à Gijon (Espagne). REUTERS/Eloy Alonso.

De «Songs of Leonard Cohen» au récent «Old Ideas», toute sa carrière le prouve: le Canadien est un poète hors d'atteinte, même de Bob Dylan.

Leonard Cohen a sorti fin janvier un nouvel album, Old Ideas, au bout de sept ans d’absence. Son douzième, à l'âge de 77 ans. Il était évident, connaissant le personnage, que ses nouvelles chansons seraient imprégnées de son âge. Le titre («vieilles idées»), bien sûr, comporte un double sens, le second étant que ces morceaux sont des idées sur la sénescence. Sa vie est sa source, or la vie s’est révélée, pour ce troubadour, une route longue et singulièrement sinueuse.

Né à Montréal en 1934 de parents juifs, d’un père polonais et d’une mère d’origine lituanienne, Leonard Cohen s’est d’abord fait connaître comme un poète modestement talentueux. Pour draguer les filles, il s’est mis à la guitare. Et puis, il a fini par composer des chansons, en partie parce qu’il en avait assez d’être pauvre.

Il avait 32 ans lorsqu’il a sorti son premier album, Songs of Leonard Cohen (1967), lequel a certainement bénéficié de la dynamique de succès de Bob Dylan. Ce dernier avait prouvé aux responsables des labels qu’il était possible de faire des disques très personnels, follement poétiques et un peu désordre, mais qui plaisaient au public et que celui-ci achetait. Evidemment, Bob Dylan a surfé sur la vague de la folk music à la naissance du genre au début des années 60, et Leonard Cohen a lui aussi pris cette vague.

Sans lien ni concurrence visible

Dans cette rétrospective des chansons et de la vie de Leonard Cohen, je me propose de comparer ces deux auteurs-compositeurs-interprètes.

Depuis plusieurs dizaines d’années, Bob Dylan et Leonard Cohen travaillent sans lien ni concurrence visible. En pratique, il n’y a pas concurrence, car le premier est de loin l’artiste le plus visible et influent. Mais si Leonard Cohen a toujours chanté dans l’ombre de Bob Dylan, en matière de qualité du travail de parolier, j’estime que Cohen surclasse tout le monde.

A mon avis, la longue carrière de Leonard Cohen lui a fait du bien, et j’imagine que bon nombre d’amateurs de musique seraient d’accord. Dans les années 60 et 70, j’aimais bien quelques-unes de ses chansons, même si je trouvais sa voix et ses mélodies pas aussi époustouflantes que le timbre cuivré de Bob Dylan et ses airs entêtants au plus fort de l’époque folk. Blowin’ in the Wind, Mister Tambourine Man, quelle que soit la chanson de Bob Dylan, elle paraissait intemporelle, comme si elle avait évolué en passant par de nombreuses voix et à travers les âges (certaines d’entre elles, dont Blowin’ in the Wind, reprenaient d'ailleurs des airs traditionnels).

Leonard Cohen, lui, n’a pas fait cela; il n’était probablement pas capable de le faire. Il n’a pas été l’auteur de musique populaire qu’était Bob Dylan. Et, à ses débuts, sa voix ne faisait que mettre en valeur celle de Bob Dylan. Leonard Cohen était un ténor. Pour être sympathique, on aurait pu qualifier sa voix d’«aiguë». Pour ne pas l’être, de «nasillarde».

Ils étaient tous deux des guitaristes médiocres. Bon nombre de lycéens auraient certainement fait beaucoup mieux. En général, le début des mélodies de Cohen se situait dans les graves pour s’achever sur les tons les plus aigus –pas très aigus, d’ailleurs– de sa tessiture, avant de redescendre pour traîner paresseusement sur quelques notes un peu plus bas, le reste du couplet. L’un de ses premiers tubes, Suzanne, répond parfaitement à ce schéma.

L'ultime question sans réponse

Mais en termes de paroles, c’était une autre histoire. Peu de chansons de Leonard Cohen auraient percé si elles n’avaient pas été fortes de leurs paroles. Son premier recueil de poèmes a été publié en 1956, alors qu’il était encore étudiant à l’Université McGill. Depuis, il a publié plusieurs recueils de vers, ainsi que deux romans dans les années 60.

Cette expérience a contribué à faire de lui ce qu’il est: l’un des plus grands poètes contemporains, caractéristique et authentique, à écrire des chansons populaires en anglais. L’exemple de Who By Fire?, chanson où il médite sur la mort prématurée et l’ultime question sans réponse, illustre bien mon propos.

«Qui par le feu? Qui par l’eau?
Qui au grand soleil? Qui dans la nuit?

Qui par grand épreuve? Qui par jugement?

Qui en ton joli, joli mois de mai?
Qui par lente déchéance?Et qui appelle, le dirais-je? […]
Qui par courageuse montée? Qui par accident?

Qui en solitude? Qui en ce miroir?
Qui sur l’ordre de son amie? Qui de sa propre main?

Qui en des chaînes mortelles? Qui au pouvoir?
Et qui appelle, le dirais-je
[1]

Qui, aujourd’hui, pourrait écrire de telles paroles?

Faire de Leonard Cohen le maître absolu de son domaine, ce n’est pas oublier les paroles de chansons américaines classiques, telles que celles remplies de jeux de mots d’Ira Gershwin ou de Cole Porter. Mais je me demande si l’un ou l’autre de ces génies, car c’est bien ce qu’ils étaient, croyaient vraiment en ce qu’ils écrivaient. «Les Rocheuses finiront par s’effriter/Gibraltar pourrait tomber/Ce n’est que de l’argile/Mais notre amour reste solide.» C’est d’Ira Gershwin. Ce sont, à mon sens, de magnifiques foutaises.

Et puis, je me demande dans quelle mesure Bob Dylan croit vraiment que «Ezra Pound et T.S. Eliot se battent dans la tour du capitaine,/Des chanteurs de calypso se moquent d’eux/Des pêcheurs tiennent des fleurs.» C’est parfois à se demander si Dylan est sérieux, mis à part quand il s’agit d’être dédaigneux.

Je l'avais perdu de vue

Il y a comme un signe indubitable que Leonard Cohen adhère à chaque parole qu’il chante. Dans l’ironie ou le cynisme, la douleur ou l’exaltation. J’ai mis un bout de temps à le comprendre. Après le milieu des années 70, j’avais un peu décroché et je l'avais perdu de vue.

Je suis un musicien classique, en perpétuel combat pour m’adonner à mon activité tout en m’efforçant de payer mon loyer. Des décennies durant, le peu de temps que j’avais à consacrer à la musique pop, j’écoutais les Stones, les Beatles, les Creedence, Joni Mitchell, Bob Dylan, Frank Zappa, etc. Comme beaucoup de monde, j’étais trop paresseux pour chercher à apprécier les paroles de Leonard Cohen.

Et puis un soir, il y a environ quinze ans, alors que je prenais le téléphérique, je me suis trouvé nez à nez avec lui. Debout dans son fameux costume, au pied d’une cage d’escalier, derrière un petit clavier, il chantait Democracy. Ce fut une prestation un peu aride et somme toute discrète, mais sa chanson m’a bluffé. A la fin, il monta les escaliers flanqué de deux bimbos en jupe moulante. C’était un tournant mémorable pour un barde vieillissant qui s’autoproclamait un homme à femmes.

Je découvris alors la nouvelle voix de Leonard Cohen, celle d’un baryton amateur de whisky –plus belle que l’ancienne. Ses mélodies sont peut-être encore un peu bateau, mais sa voix en dit tellement plus qu’avant. Un organe qui témoigne de nombreuses années, cigarettes, stimulants. De la luxure, du regret et d’une sagesse durement acquise. Dans ses moments de spiritualité, sa voix remet en cause cette sagesse sans toutefois la balayer. Ecoutez-donc Anthem et la très célèbre Hallelujah.

Je suis ensuite tombé sur lui à la télé. Dès le lendemain, je suis sorti m’acheter The Best of Leonard Cohen et More Best of. Et depuis, je ne cesse de les écouter. J’apprécie aussi d’autres chansons issues d’autres albums, mais surtout ces compilations et quelques-unes de l’album Ten New Songs (2001). C’est lui qui a composé ses best of et il a fait les bons choix. 

Cynique, surréaliste, sincère, amer

Si, parmi les auteurs-compositeurs américains, Leonard Cohen est le plus grand poète, il n’a presque rien de simple ou de prévisible. On ne peut pas deviner le caractère que va revêtir un couplet: cynique, surréaliste, sincère, amer, euphorique, c’est impossible de le dire à l'avance.

A tout cela s’ajoute une étrange sensation: au-delà des élans de fantaisie ou de rage de Bob Dylan, les sentiments de Leonard Cohen semblent plus immédiats, plus concrets. Ou peut-être est-ce moi qui préfère la dépression typique de Cohen, mêlée de religion en quelque sorte, à l’esprit, l’extravagance et l’irritabilité de Dylan.

Democracy en est un excellent exemple: c’est la chanson qui m’a fait redécouvrir Leonard Cohen. Voyez comment il trace la trajectoire imprévisible de ses couplets qui, tout à coup, débouchent sur leur point culminant.

«Elle arrive par une brèche du mur,
sur un flot d’alcool visionnaire
du récit renversant
du Sermon sur la Montagne
que je ne prétends pas comprendre entièrement.
Elle arrive dans le silence
sur les quais de la baie,
du cœur courageux, hardi et délabré
de la Chevrolet:
la démocratie arrive aux USA»

Quand je dis qu’on ne connaît jamais d’avance la tournure que va prendre un couplet: il passe grosso modo par 1) le surréalisme/ l’alcool, 2) le Nouveau testament, 3) Otis Redding, 4) le surréalisme/l’économie, avant de se conclure sur son refrain stupéfiant.

Il s'est bonifié avec l'âge

Je n’ai nullement l’intention de fustiger Dylan. Au meilleur de lui-même, il est sans égal. En témoigne le début de Highway 61 Revisited:

«Oh Dieu dit à Abraham: "Sacrifie-moi un fils."
Abe dit: "Mec, tu me fais marcher."
Dieu dit: "Non"
Abe dit: "Quoi?"
Dieu dit: "Fais ce que tu veux Abe, mais
La prochaine fois que tu me vois me pointer, t’as intérêt à te tirer vite fait"
Alors Abe dit: "Ce meurtre, où veux-tu le faire?"
Dieu dit: "Sur l’autoroute 61"»
[2]

Ce ne sont pas les paroles exactes, parce que je les cite de mémoire. Même quand elles sont les plus bizarres du monde, il est assez aisé de réciter les paroles de Bob Dylan. A sa manière, cette chanson est sublime. Hystérique, aussi. Elle commence par une parodie de la religion, avant de se dissoudre dans le surréalisme –c’est là son essence.

Si Leonard Cohen n’est pas un poète aussi furieux que Bob Dylan, il est plus proche de la corde sensible –la sienne et la nôtre. Il a aussi des côtés surréalistes, mais qui étayent en fait son réalisme inhérent. Et à bien des égards, il s’est bonifié avec l’âge. On ne saurait en dire autant de Bob Dylan.

Les meilleures chansons de Leonard Cohen jouent ce rôle, selon moi fondamental, des chansons populaires: appréhender une chose qui a du sens dans notre vie et la mettre à l’honneur sur des airs qui méritent d’être fredonnés sous la douche.

Cette voix qui fait ses adieux

Je complèterai mes compilations avec des chansons de Old Ideas à mesure que je connaîtrai mieux l’album. Dans cet album, Leonard Cohen ne se foule pas trop pour la musique. Ni pour le chant. Ou c’est que sa voix est désormais trop usée… Les mots sont mis au premier plan, peut-être dans la démarche de revenir à ses racines de jeune poète primé et admiré.

On ne peut échapper à cette voix qui fait ses adieux, en commençant par les titres: Amen, Darkness. Dans le premier morceau, Going Home («Je rentre chez moi»), le poète se voit adresser un message grave et sardonique. Un message de sa muse, ou de Dieu –ou peut-être ne sont-ils qu’un.

«J’aime discuter avec Leonard
C’est un sportif et un berger,
C’est un sale type paresseux
Qui vit dans un costume.
Mais il dit ce que je lui dis
Même quand c’est déplaisant
Jamais il n’aura la liberté
De refuser»

Et il y a l’un de ces refrains inoubliables:

«Je rentre chez moi sans mon fardeau
Je rentre chez moi derrière le rideau
Je rentre chez moi sans le costume que je portais
»

Au fil des décennies, les chansons de Leonard Cohen se sont continuellement assombries, alors même qu’une retraite de cinq ans dans un monastère bouddhiste (dans les années 90) a quelque peu tempéré sa dépression constante. Dans Old Ideas, Cohen atteint sans doute le noir plus profond dans The Darkness. Ici, les ténèbres sont au centre de tout, synonymes de mort, naturellement, mais aussi d’amour et de regret:  

«Plonger et te gagner
Les ténèbres étaient l’enjeu»

Il reste malgré tout une petite place pour l’espoir et le renouveau: «Que vienne la guérison de la raison, que vienne la guérison du cœur.» Ce nouvel album porte une espèce d’aura à chaque phrase. Le sentiment que quelque chose est dit une fois pour toutes. Et que tout n’est pas sombre. C’est terrifiant comme les choses bougent.

Un temps contaminé par Phil Spector

A étudier les chansons de Cohen sur ces dix dernières années, il y a bien une critique à faire. A certain moments, je regrette qu’il n’y ait pas plus d’acoustique et moins de notes au synthé. Pendant un temps, il a été contaminé par Phil Spector. Dans Ten New Songs, j’aime beaucoup The Land of Plenty avec sa douce et lumineuse entrée en matière… Mais quel dommage qu’il ne la laisse pas s’épanouir autour de son inoubliable refrain:

«Puissent les lumières du Pays de Cocagne
Briller sur la vérité un jour»

Le chanteur choisit de poursuivre avec cette complainte indéfinissable:

«Je sais que j’ai dit que je te rencontrerai,
Que je te rencontrerai à ta boutique,
Mais je ne peux pas l’acheter mon amour.
Je ne peux plus l’acheter»

Je nourris ce fantasme qu’un jour je ne résisterai plus à la tentation d’écrire un couplet ou deux pour The Land of Plenty dignes de son refrain. C'est le genre de chansons qui pourrait avoir des répercussions concrètes, à la manière de This Land Is Your Land et de We Shall Overcome.

Mais il faut dire que dans Ten New Songs, il est quand même proche de son apogée. My Secret Life et Here It Is font partie des plus belles. Quant à A Thousand Kisses Deep, elle devient le classique qu’elle mérite d’être.

Amour, luxure, amertume, transcendance. Son art, l’éventail de ses préoccupations et ses réponses à la vie reflètent forcément son expérience. Dans la longue liste de ses liaisons, à court ou long terme, figurent Joni Mitchell et Rebecca de Mornay, avec une rencontre –célébrée dans une chanson– avec Janis Joplin («me faisant un pompier sur le lit défait/tandis que les limousines attendaient dans la rue»). Certes, il a ultérieurement regretté cette partie-là («Ma mère serait consternée»).

Plus rigolo que vous l'imaginez

En tant que personne et dans ses chansons, Leonard Cohen est plus rigolo que vous ne l’imaginez. C’est un autre aspect de son vécu. Cohen est, dit-on, juif pratiquant et a été ordonné moine bouddhiste (ce n’est pas une plaisanterie). Pourtant, les images les plus marquantes dans ces chansons sont chrétiennes:

«Et voici ta croix,
Tes clous et ta colline;
Et voici ton amour,
Qui erre où il veut»

J’adore les listes. Je suis le genre de maniaque ennuyeux qui a plein de listes de favoris. S’agissant des morceaux de Bob Dylan, j’ai du mal à déterminer lesquels sont mes favoris. Car la nature du surréalisme, c’est qu’un morceau de surréalisme équivaut peu ou prou à un autre. Sans compter que ses grandes diatribes (voir Positively Fourth Street) ne m’amusent que par intermittence.

Chez Leonard Cohen, je connais mes favoris. En voici trois qui justifient que je le qualifie de «plus grand poète chez les paroliers». Comme d’habitude, les paroles sont une merveille tandis que la musique ne fait qu’accompagner le morceau. Bel accompagnement tout de même.

Je l’ai déjà citée: Democracy. C’est la chanson que je fais écouter en premier aux personnes qui ne connaissent pas Leonard Cohen. Le morceau fait mouche à chaque fois: mon public est invariablement sidéré par ce qu’il vient d’entendre.

Intelligence enivrée et paradoxale

Ma préférée est peut-être Closing Time, en partie parce que la mélodie est extra. Elle est parfaite pour danser grâce à ses personnages splendides. Elle affiche toute l’intelligence enivrée et paradoxale de Leonard Cohen.

Le premier couplet plante le décor, un samedi soir de beuverie:

«Et nous buvons et nous dansons
et l’orchestre dégage vraiment.
La sagesse de Johnny Walker se répand
et ma très douce compagne
c’est l’Ange de la Compassion
elle frotte la moitié du monde contre sa cuisse.
Chaque buveur, chaque danseur
lève un visage heureux pour la remercier
et le violonneux joue un air si sublime.
Toutes les femmes arrachent leur corsage
et les hommes dansent dessus.
C’est changez de partenaire
impossible de payer quand le violon s’arrête
on ferme»

Ce mélange d’appétit sexuel quotidien, d’accents bibliques, de transe de fête et de jalousie non réfrénée, c’est du Cohen tout craché. Mais tout change lors du refrain. Cela me rappelle ces vers de William Yeats, l’une des pierres de touche de Leonard Cohen: «Daybreak and a candle end».

Au cours de Closing Time, il est question de fermeture. Le refrain parle d’abord de la fermeture d’un bar. C’est ensuite de la fermeture de l’amour et de la vie dont il s’agit:

«Je t’aimais quand notre amour était béni
et je t’aime aujourd’hui où il ne reste rien
que le chagrin et le sentiment que ça a trop duré.
Et tu me manques depuis notre naufrage
peu m’importe ce qui va arriver
c’est comme la liberté et ça ressemble à la mort
c’est quelque chose entre les deux, je crois
qu’on ferme»

Un gospel sur le déchirement de la vie

Si Closing Time est ma préférée de toutes, je crois que la «plus grande chanson» de Leonard Cohen est Anthem. Elle ne s’égare pas dans l’aigreur ou le regret personnel. Elle place et fixe la barre haut.

C’est une sorte de gospel qui célèbre le déchirement de la vie. Ses nombreux défauts et son incomplétude et, là-dedans, la possibilité d’une rédemption. Son refrain énonce une forme de vérité difficile à trouver dans les chansons populaires:

«Sonnez les cloches qui peuvent encore sonner
Oubliez vos offrandes parfaites.
Il y a une fissure en toute chose.
C’est ainsi qu’entre la lumière.»

Je ne sais pas si la fin de ce couplet vient d’un quelconque texte sacré des pays de l’Est. Il est suffisamment beau pour l’être. Mais je soupçonne que c’est du pur Cohen. Dans cette chanson, cette triste révélation est indissociable de sa voix rocailleuse de baryton au-dessus de laquelle plane toujours l’ironie. On ne l’oublie pas.

C’est le genre de vérité dont on sait que c’en est une, une grande, grâce à la perfection de son expression. Ce sont des mots à graver non pas sur un mur, mais sur votre âme. Voilà de quoi sont capables nos troubadours dans leurs meilleurs jours et quand ils sont entièrement sincères dans ce qu’ils disent.

Jan Swafford    

Traduit par Micha Cziffra

[1] Les traductions des extraits de chanson de Leonard Cohen sont signées Graeme Allwright et disponibles sur ce site. Revenir à l'article 

[2] La traduction de cet extrait provient du site suivant. Revenir à l'article