Life

Les taxis français peuvent-ils changer?

Hugues Serraf, mis à jour le 20.02.2012 à 16 h 48

Particulièrement mal adaptés à l’usage qu’on en fait, les véhicules peuvent-ils évoluer? «Bien sûr!», dit la G7, «Jamais de la vie!», réplique Dédé, chauffeur indépendant.

Un taxi parisien / AnnieGreenSprings via FlickrCC License by

Un taxi parisien / AnnieGreenSprings via FlickrCC License by

» Vroum! Retrouvez toutes les chroniques auto d'Hugues Serraf

Si dénicher un taxi à Paris reste un vrai défi, ça n’est pas totalement impossible non plus. Le hic, c’est qu’on n’est pas nécessairement au bout de ses peines une fois un gus attrapé par la culotte Gare de Lyon, lorsqu’on constate qu’il faudra faire entrer quatre personnes et leurs valoches dans sa 308 Peugeot

A Londres, où les blacks cabs sont spacieux comme l’appartement de fonction d’un ministre, on peut encore inviter du monde et s’arrêter faire des courses sur le chemin.

C’est que la capitale britannique est extrêmement à cheval sur la définition de ce qu’est un «taxi» [PDF]. Ce n’est sans doute pas très bon pour la concurrence entre constructeurs (seule une petite marque locale, LTI, est agréée par les autorités municipales) mais plutôt sympa pour les genoux des passagers, voire pour les handicapés en fauteuil roulant auxquels ils sont aisément accessibles.

A Paris, il existe également une réglementation, mais disons qu’elle laisse davantage de latitude au chauffeur que d’espace au client! Pour être agréée par la préfecture de police, indique l’arrêté interpréfectoral 01-16385 du 31 juillet 2001 [PDF], une auto doit mesurer au moins 4,2 m de long et 1,65 m de large. Ça ne donne guère sa chance sa chance à la Smart (2,7 m), ni même à la Clio (4 m), mais pour le reste, c’est à peu près n’importe quoi.

D’ailleurs, on voit de tout ou presque: des Dacia Logan et des Mercedes Classe C, des Renault Mégane et des Opel Meriva, des Ford Mondeo et des Peugeot 508. On voit même passer quelques 4X4 totalement incongrus, dont un gros Mad Max Nissan qui remonte régulièrement l’avenue de la République devant chez moi et dont on se demande si son conducteur part à la chasse au lapin de Garenne dans les no man’s lands qui bordent les pistes de Charles-de-Gaulle après avoir déposé son client…

Mais en fait, c’est peut-être exactement ce qu’il fait, le gars. Et si dans la plupart des pays du monde, le taxi est un outil de travail dont l’achat n’est soumis qu’à des considérations pratiques et financières (fiable, confortable, spacieux, amortissable rapidement), chez nous, c’est plutôt comme une seconde maison.

Mais que vont faire tous ces taxis français à Palavas-les-Flots?

«Le chauffeur aime bien pouvoir déséquiper sa voiture de tous ses attributs de taxi le week-end ou pendant les vacances pour aller faire un tour à Palavas-les-Flots, explique Aude Poujade, responsable de la communication de la G7, à la fois première flotte parisienne de taxis et principale centrale de réservation. Il choisit donc un modèle qui lui conviendra comme voiture personnelle et on le voit mal rouler avec un black cab à l’anglaise.»

Dont acte. Pour Palavas, le black cab, c’est un peu too much.

«Et puis notre réglementation est un peu plus complète que ce que vous dites, modère-t-elle. Il faut qu’il y a ait quatre portières, un grand coffre, un certain niveau de confort… Mais d’une manière générale, c’est une question de culture nationale et d’histoire et il est vrai que la voiture standard n’est pas forcément idéale.»

― Mouais, elle a bon dos, la tradition culturelle. Et puis pourquoi ça ne change pas?

― Mais ça change! A la G7, nous fournissons des véhicules équipés à des chauffeurs indépendants (les «locataires») mais ils peuvent choisir les modèles qui leur conviennent. D’ailleurs, nous avons quelques taxis anglais et il y en a même une poignée qui circulent dans Paris, mais ils consomment trop et ils ne sont pas très populaires…

― Ça change comment alors?

― Eh bien, nous avons 7.000 voitures sur les 17.000 du parc parisien de taxis, mais nous introduisons depuis quelques années ce que nous appelons des Horizons, c’est-à-dire des voitures permettant de transporter des handicapés pour le prix d’une course normale. Pour le moment encore, nous n’en avons qu’une cinquantaine, mais c’est parce que la demande n’est pas si forte. Dans le cas contraire, nous en aurions plus, mais il faut dire que pour le coup, la réglementation française est beaucoup plus tatillonne qu’ailleurs et la transformation d’une voiture revient à près de 20.000 euros, ce qui est bien plus cher que le système de marchepied simple des taxis anglais [trois planches à assembler par le chauffeur]. C’est même plutôt un frein au développement de ce genre de service, puisque qu’un black cab n’est pas aux normes françaises du transport de personnes en fauteuil qui doivent impérativement voyager face à la route…

Ah, ça c’est bien une norme à la française! Tellement formidable et précise qu’elle en devient inapplicable. D’un autre côté, un passager en fauteuil, c’est une chose, mais quid des passagers en famille et avec bagages?

― Ben là aussi, ça bouge. Nous avons déjà 500 voitures que nous appelons des Maxicabs, soit des véhicules 7 places très spacieux, avec des réhausseurs pour les bébés et un accès Internet pour les gens qui veulent travailler. Mais c’est le même problème qu’avec nos voitures hybrides, par exemple: ça coûte plus cher et les chauffeurs sont réticents. Pour autant, nous avons un programme d’incitation avec aide financière dans lequel nous avons déjà investi un million d’euros depuis 2004 et ça commence à bien fonctionner. Ça reste un effort de long terme parce que le taxi français est très individualiste: même la couleur unique, il n’en veut pas.

― Quoi, il y a une couleur unique des taxis à Paris? Je n’ai pas remarqué…

― Il n’y a pas d’obligation, mais il y a une «recommandation» d’avoir au moins un toit noir, mais personne ne le fait. De notre côté, les voitures que nous possédons en propre sont intégralement noires parce que le bicolore n’est pas vraiment courant en France, mais nous faisons des efforts… Ça change, je vous dis…

Admettons. La G7 fait des efforts et, dans quelques années, Paris sera plein de ses Maxicabs hybrides et autres Horizons anti-discrimination des personnes à mobilité réduite…

Mais tous les autres, les artisans indépendants qui se réunissent chaque été en congrès à Palavas? Ils vont s’y mettre aussi, au taxi qui est un taxi et pas une voiture particulière dans laquelle ils vous autorisent à monter s’ils sont bien lunés et que vous n’êtes pas trop chargé?

«C’est pas demain la veille, grommelle Dédé (le prénom a été changé par précaution autant que par ce profond respect de la déontologie journalistique qui m’anime constamment), un chauffeur en Logan (4,288 m) un peu crade rencontré place Gambetta. Moi, mon tarif, c’est le même que celui du type qui roule avec une grosse bagnole de luxe, alors je vais pas m’enquiquiner. Si le client trouve que ma voiture est trop petite, il n’a qu’à monter dans une autre. Et à la G7, ils font ce qu’ils veulent, mais moi je fais ce que je veux. Bon, vous voulez aller quelque part ou vous me faites juste perdre mon temps avec vos questions?»

Hum, toujours sympa, le Dédé. Mais pas de problème, comme je suis un peu chargé, je vais prendre le bus.

Hugues Serraf

Hugues Serraf
Hugues Serraf (165 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte