Les mormons: secte ou pas secte?
Ils sont 36.000 en France, bien intégrés et tolérants, mais le projet de construction du premier temple mormon au Chesnay se heurte à des accusations de sectarisme
- Deux membres de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours devant leur nouveau temple à Chorley, dans le Lancashire, au nord de l'Angleterre, le 12 mai 1998. REUTERS/ Dan Chung -
Le Chesnay va-t-il devenir la Salt Lake City française? La question fait partie des fantasmes agités depuis la délivrance, en octobre 2011, du permis de construire le premier temple mormon en France, dans cette commune de 29.000 habitants des Yvelines, proche de Versailles.
Recours, pétitions circulent au Chesnay, sur fond de rumeur de secte. Avec sa résidence hôtelière, ses espaces d’accueil, d’études, de parking, le temple s’étendra sur 7.000 mètres carrés au cœur d’un vaste terrain actuellement occupé par EDF et acquis pour la somme de 20 millions d’euros.
Secte ou pas secte?
La partie de la population la plus mécontente dit craindre l’«invasion mormone» et invoque l’urgence d’y édifier, plutôt qu’un temple, des logements sociaux, des équipements sportifs ou culturels pour la ville.
Les mormons de France –36.000– jugent cette polémique extravagante. Ils sont bien intégrés, en phase avec la société française, ne vivent pas repliés sur eux-mêmes, respectent toutes les règles de la laïcité et du pluralisme religieux, sont contre toute forme de manipulation mentale.
Ils ne sont pas cités dans le rapport parlementaire de 1996 sur les sectes (qui en recensait 172), ni dans les documents de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).
Seule une association de lutte antisectaire comme l’UNADFI (Union nationale de défense de la famille et des individus) publie des témoignages d’anciens mormons se plaignant de pressions et d’intimidations. Alors, vraie ou fausse polémique?
Le temple, lieu le plus sacré des mormons
L’«Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours» –nom officiel des mormons– attend comme une bénédiction la construction de ce temple du Chesnay, symbole d’une communauté qui ne comptait que 1.000 membres en 1950, aujourd’hui parvenue à maturité. Dans la doctrine mormone, le temple occupe une place centrale.
Il ne peut pas être confondu avec les lieux de culte ou «chapelles» (au nombre de 110 en France) ouverts à tous, où sont célébrés, en particulier, les services du dimanche et donnés aux jeunes les éléments d’éducation religieuse.
Le temple est le lieu le plus sacré des mormons. Appelé «maison du Seigneur», il est réservé aux seuls pratiquants qui paient leur dîme, respectent les interdits alimentaires et obligations morales de l’Eglise. C’est un lieu de méditation où le mormon accompli vient se recueillir avant toute décision importante de sa vie.
Baptêmes post mortem
C’est au temple surtout que sont célébrées les «ordonnances éternelles»: le «mariage pour l’éternité», le «baptême pour les morts», qui sont les piliers de la pratique mormone. Les «saints des derniers jours» considèrent en effet que seul peut être sauvé celui qui a reçu le baptême, y compris après la mort.
Le mormon a donc pour obligation religieuse principale de retrouver ses ancêtres, avant de les faire baptiser post mortem, par procuration. La recherche généalogique est une pratique majeure.
En 1987, un accord a été passé entre l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours et les Archives nationales de France, permettant aux mormons d’accéder à tous les registres d’état-civil des communes. Aux Etats-Unis, à Salt Lake City dans l’Utah, capitale des mormons, la Société généalogique aurait déjà recensé deux milliards de noms.
Obligés de voyager pour se marier
Faute de temple en France métropolitaine (il en existe un en Polynésie française), les mormons français sont obligés de se déplacer à Francfort, à Londres, à la Haye, à Berne, et même à Madrid, pour se marier religieusement ou baptiser leurs morts.
On devine donc leur frustration, leur espoir mis dans le temple du Chesnay et leur désarroi devant une polémique amplifiée par les questions que soulève régulièrement la foi mormone, son appartenance ou non au christianisme, son prosélytisme, sa rigidité morale.
Alors qu’un mormon américain –Mitt Romney– a une chance de devenir le candidat républicain et de disputer la prochaine course présidentielle aux Etats-Unis, en France un simple soupçon d’appartenance sectaire veut empêcher la communauté mormone d’y jouir de l’un de ses droits les plus élémentaires: la liberté d’édifier sur son sol son principal lieu de culte, un temple.
Une appartenance au christianisme moins contestée
Les mormons sont-ils une secte? Ils ne sont pas coupés des autres religions, notamment de l’Eglise catholique, même si leur foi chrétienne est mise en doute. Les mormons lisent la Bible et le Livre de Mormon, compilation de textes d’un ancien prophète par le fondateur de l’Eglise Joseph Smith (1801-1844).
Le Livre de Mormon raconte l’exode des tribus d’Israël jusqu’en Amérique, 600 ans avant notre ère, à qui Jésus serait apparu après sa résurrection. Les «saints des derniers jours» attendent son retour aux Etats-Unis.
Forts de cette croyance, les mormons se disent chrétiens. Leur théologie s’articule autour de la foi en Jésus-Christ et du repentir pour les péchés. Mais leur appartenance au christianisme est contestée. Ils refusent d’adhérer au Credo du concile de Nicée-Constantinople (IVème siècle), le fondement qui réunit toutes les Eglises chrétiennes séparées.
Longtemps persécutés par les Eglises majoritaires, ils ont aujourd’hui des relations de voisinage avec elles. En 2008, lors de la visite de Benoît XVI aux Etats-Unis, des délégués mormons ont été invités à une cérémonie interreligieuse.
L’évêque de Versailles ne s’oppose pas à la construction du temple mormon du Chesnay: «Qui peut penser que l’Eglise catholique pourrait ou voudrait bâillonner des groupes religieux les empêchant de s’implanter?»
D’où vient cette réputation sectaire?
Alors est-ce le prosélytisme qui leur vaut cette réputation de secte? La première vague missionnaire en France remonte au milieu du XIXème siècle (1850), mais c’est surtout à la fin du siècle suivant, dans les années 1960-1970, que les mormons se sont développés dans l’hexagone, à la faveur d’un travail intense de contacts dans la population et de conversion.
Avec 14 millions d’adeptes dans le monde, le mormonisme est l’une des religions à plus forte croissance. L’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours baptise chaque année en France de 400 à 700 «convertis», anciens catholiques ou agnostiques, recrutés dans tous les milieux.
Le prosélytisme fait partie de l’initiation. Chaque jeune fidèle est tenu d’engager un effort missionnaire de 18 mois pour les jeunes filles, de deux ans pour les jeunes gens. On les reconnaît facilement, marchant toujours deux par deux, portant chemise blanche et badge, proposant à leur interlocuteur le Livre de Mormon. Plus de 50.000 missionnaires de cette Eglise circulent dans le monde, dont quelques centaines en France.
Faut-il aussi incriminer comme sectaire leur conduite morale et familiale, qui est des plus rigoureuses? Les mormons promeuvent une vie de chasteté, interdisent toutes les relations préconjugales et extraconjugales. Ils ont renoncé à la polygamie en 1890: seuls certains groupes dissidents aux Etats-Unis la pratiquent encore.
Le mariage est «pour l’éternité», mais le divorce est toléré. Les mormons utilisent tous les moyens de contraception, mais rejettent l’avortement, l’euthanasie, les recherches illimitées sur l’embryon humain, refusent le mariage homosexuel. Ils s’abstiennent de toute drogue et excitant, ne consomment ni alcool, ni thé, ni café, ni tabac, jeûnent deux fois par mois et versent une dîme à leur Eglise.
Une vie normale
Ce faisant, ils ne vivent plus, comme le veut la tradition mormone, en autarcie. Ils ont une vie normale de travail et de loisirs, des relations de voisinage et d’amitié, des activités dans le milieu associatif ou syndical, ne se distinguent pas par leur comportement politique des autres électeurs Français, peuvent avoir toutes les fréquentations qu’ils veulent en dehors de leurs cercles mormons.
Ouverture aux autres religions et au monde extérieur: les mormons ne vivent pas refermés, se disent des Français comme les autres, représentatifs de leur diversité, sont pacifiques. Ils font de la tolérance, de la transparence, de la solidarité entre leurs membres des articles de foi.
Le procès qui leur est intenté au Chesnay est caricatural. Les mormons ne sont peut-être pas chrétiens. Ils pratiquent un prosélytisme intense, mais les identifier à une secte paraît aussi cruel qu’injuste.
Henri Tincq
Mis à jour le 20/02/2012 à 6h48














































je suis agréablement surpris par cet article sur les mormons qui nous montre sous un nouveau jour... c'est vrai que l'on a souvent peur de ce que l'on connait mal! Nous aimons cette vie et nous sommes des gens joyeux aimant partager en famille et avec nos amis nos peines et nos joies. Notre code moral est strict, mais nous aimons toutes les saines distractions. Nous ne voulons rien imposer à qui que ce soit, et respectons les choix de chacun. Merci.
Ce qui fait qu'ils sont souvent identifiés à une secte est la dîme je pense, et comme le dit serge_sc, l'inconnu effraie. D'où l'intérêt de construire ce temple dont, en tant qu'athée résidant à Versailles, je salue l'initiative et espère qu'elle sera mise en œuvre.
Et pourquoi pas un temple de la Scientologie aussi ?
Vous faites raisonnablement la démonstration que les Mormons ne sont pas une communautés sectaires.
Néanmoins il est juste de rappeler que "la vie normale" est aussi un consensus républicain autour duquel chaque Francais ressent un attachement personnel probablement incompatible avec une telle communauté (Idéologie, mode de vie, etc..).
Merci et vive la laïcité dans notre République !
Je voudrais réagir au commentaire précédent.
... en quoi le fait de construire un temple mormon constitue une infraction à ce principe républicain de laïcité ?
Vous parlez d'idéologie et de mode de vie: ça ne veut strictement rien dire en ce qui concerne les Mormons français, ils sont comme les autres: ils ont leurs joies, leurs peines, leurs difficultés. Ils sont comme tout le monde: politiquement, certains sont de droite, d'autres de gauche, et dans les mêmes proportions que le reste de la société... parler des Mormons comme une communauté uniforme est une méconnaissance totale. Ils ont simplement une foi un peu différente des autres (mais pas tant que ça, c'est un mouvement religieux chrétien... et quand bien même, on a le droit d'être Chrétien, Juif ou Mahométan dans notre pays, dans la mesure où on respecte la loi). Et alors ? Vous parlez de République et principes républicains: justement, je vous rappelle qu'on juge les gens, non en fonction de leur religion ou accessoirement de leur origine ethnique, mais en fonction de leur capacité à être de bons citoyens. Je constate que vous avez choisi la première option. C'est tout à fait votre droit mais je ne vous félicite pas. Le fait de revendiquer les principes républicains pour habiller votre commentaire est contradictoire... cela me fait penser à Le Pen défendant la laïcité et la République: quelle bonne blague.
Par ailleurs, assimiler les Mormons à la scientologie est proprement scandaleux et insultant... c'est vraiment déplaisant, ça ne vous honore pas et révèle votre ignorance et vos préjugés. C'est un procès d'intention, une formule lapidaire gratuite et qui se veut blessante: c'est tellement facile.
Le régime du Concordat en Alsace-Moselle est davantage une atteinte au principe de laïcité et d'égalité sur le territoire. Le fait de construire un Temple, si tout rentre le cadre de la Loi, ne contrevient nullement à la laïcité. Vous mélangez tout. La laïcité, c'est le fait d'exclure la religion de la sphère publique, de l'Etat.
Mais comme je l'ai écrit ailleurs, c'est c’est tellement facile de s’en prendre à telle minorité plutôt qu’à telle autre… Vaneste, ce triste personnage, aurait évoqué la légende de la déportation des Témoins de Jéhovah, aurait-on entendu les associations de défense des droits de l’homme élever la voix ? Je suppose, Xavier, que vous auriez applaudi des deux mains. Copé aurait-il exclu cette personne de son groupe politique ?... hélas, j'en doute. On a le courage qu'on peut.
S’il s’était agi d’une mosquée à la place d’un temple mormon, une telle pétition contre l'édifice religieux, aurait été montrée du doigt et à juste titre… vous ne croyez pas ? mais là, c’est différent... et vous osez faire référence aux principes républicains ?
Moi, ma République, c'est Voltaire qui défend Calas, c'est celle que décrit Ferrat dans sa chanson, c'est la tolérance et le respect des autres. Et j'en suis très heureux.
mouais, pas si sûre.
Cet article me sur^prend, mais dans l'autre sens.
quand je pense au fait que l'Eglise mormone est propriétaire de la moitiée de Salt Lake City, je me demande où est passée la vie modeste (à sa mesure) et pieuses des personnes croyantes et pratiquantes.
Je ne souhaite pas m'en prendre aux personnes qui sonr mormones mais plutôt à l'organisation de cette religion que j'ia bien envie d'assimilier à une secte en partie, de part ses dirigeants millionaires.
Religion et argent en abondance ne sont pas compatibles. Point.
Pour ce qui est des préceptes moraux et cie, j'imagine bien les idées sur l'homosexualité...et le reste, je trouve cela dommage et triste pour les gens qui vicent dans des préceptes moraux qui ne permettent pas un épanouissement réel.
Quant au dernier jour, chaque année l'Eglise mormone nous annonce la fin du monde...ah ben la crédibilité est perdue depuis bien longtemps.
Pour moi, ce n'est pas une religion mais une entreprise, tenue par qq dirigents bien friqués...
Le maire du chesnay Philippe Brillault a accordé le permis de construire du temple mormon le 27 octobre, soit 82 jours après son dépôt, sans consulter, ni informer la population.
Seuls les riverains ont été conviés à une réunion d'information en juillet dernier.
Le temple mormon ne répond à aucun besoin de la population. Face à la crise, les chesnaysiens ont besoin d'emplois, de logements; alors que la ville paye une amende de 400 000 € pour non respect de la loi SRU sur le logement social.
Nous demandons au maire qu'il organise une consultation publique citoyenne des chesnaysiens pour ou contre le projet qui engage l'avenir du territoire pour des dizaines d'années.
Nous vous invitons à la signer : http://www.mesopinions.com/Pour-une-consultation-publique-des-Chesnaysiens-sur-l-avenir-du-46-boulevard-Saint-Antoine-petition-petitions-dc8fde3e092625746320aff43c1d9366.html
Au nom de la plus élémentaire honnêteté intellectuelle, je conteste la légitimité de tout prosélytisme, qu'il soit religieux, sectaire ou idéologique :
1. d'abord parce qu'il occulte les alternatives, surtout celles de l'humanisme laïque.
2. ensuite parce qu'il incite à se soumettre dès l'enfance à un dieu, à un livre, à un dictateur, au lieu de privilégier l'esprit critique, l'autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle.
3. enfin parce qu'il spécule sur l'absence actuelle de prosélytisme laïque, chacun devant se forger, à son rythme, ses propres convictions.
Il serait temps que les parents et les éducateurs croyants, bien que de "bonne foi", cessent d'influencer affectivement et unilatéralement les enfants, et qu'une information minimale soit donnée aux adolescents à la fois sur le fait religieux, sur le fait sectaire et, mutatis mutandis, sur le fait laïque (les options non confessionnelles).
Il serait temps aussi que les adolescents réalisent que "Dieu" ne s'étant jamais manifesté concrètement, son existence n'est que subjective, imaginaire et illusoire. Et encore : à condition qu'on l'ait "injecté" précocement dans le cerveau émotionnel, puis rationnel, des enfants dépourvus d'esprit critique.
Il serait temps enfin que les croyants s'intéressent aux observations de psychologues, quant à l'origine psychologique, éducative et culturelle de la foi, et à celles de neurophysiologistes qui tendent à expliquer sa fréquente persistance.
Il est fort utile de regarder au-delà des frontières et des idéologies nationales. Ces intégristes qui cherchent à sacraliser la laïcité pure et dure à la française feraient bien d'aller voir ce qui se passe ailleurs, car c’est exactement le contraire qui est nécessaire à la bonne intégration des immigrants, des communautés dérangeantes : Enseigner à tous le civisme, l’éthique et la culture des religions, comme au Canada ! Les autochtones doivent aller à la rencontre des autres cultures, les comprendre, donc les intégrer...
Prétendre que Dieu n'existe pas est une simplicité d'esprit et une opinion sans fondement. Car Dieu Lui-même donne toujours une confirmation à celui qui croit véritablement en Lui ! Le problème c'est que certains n'ont jamais essayé...
En tout cas les Mormons ou membres de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours le savent parfaitement !
Je connais des mormons, ce sont des gens très bien. S'il y a problème, ce ne sont pas eux la cause mais plutôt ces organismes empêcheurs de tourner en rond comme l'UNADFI ou la Miviludes (même si apparemment pour une fois elle n'a pas placé son venin), qui à force de mensonges sur des groupes minoritaires, créent la psychose qu'elles prétendent combattre.
En parlant de l'UNADFI – puisque cette entité est utilisée comme référence dans certains milieux – il suffit de voir quelques uns des effets de ses interventions avec leurs recueils d'histoires d'horreur http://www.onnouscachetout.com/themes/societe/unadfi.php pour se convaincre qu'un tel organe n'a pas sa place dans un pays démocratique.
L'expression est assez confuse.
L'équation "temple mormon = Salt Lake City" n'a pas beaucoup de sens. Le temple de Salt Lake n'est que l'un des cent quarante temples actuellement en service dans le monde. Ce n'est pas "le temple américain", comme l'affirmait sur France Inter le 27 décembre 2011 Martial Pradaud, chef de file des opposants au temple du Chesnay. En effet, il y a plus de soixante temples en service aux Etats-Unis. Ce n'est pas non plus le seul en Utah, où il y en a quatorze, ni le plus ancien.
Le temple du Chesnay n'a pas non plus vocation à être le "temple national" français (autre formule à l'emporte-pièce de monsieur Pradaud). Objectivement, il n'est pas le premier construit en France, puisque celui de Papeete a été consacré en 1983. Et il y a des chances qu'il ne reste pas ad vitam æternam le seul en métropole.
Si maintenant on se réfère à Salt Lake City en tant que siège de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, la réponse est en tout cas négative. Les bureaux administratifs de l'Église en France sont répartis entre Torcy (Seine et Marne) et Thoiry (Ain) et je ne sache pas qu'il soit question de les déménager au Chesnay.
Les arguments du collectif "Avenir 46″ tiennent du fantasme, quand il ne s'agit pas de contre-vérités flagrantes.
Prenons par exemple les déclarations de Martial Pradaud le 27 décembre 2011 sur France Inter:
«Ce qu’il faut savoir, c’est qu’un temple, contrairement à une église, c’est le point de départ d’une expansion».
Si c’était le cas, jamais les autorités est-allemandes n'auraient autorisé en 1981 la construction d’un temple à Freiberg (Saxe), laissant ainsi infiltrer leur «sanctuaire» communiste par une église notoirement perçue comme américaine.
Pour les mormons français qui attendent depuis des années la possibilité d’aller au temple sans se rendre en Angleterre, en Allemagne, en Espagne ou en Suisse, l’annonce de ce projet est au contraire la preuve que l’église a atteint une certaine maturité en France. En ce sens, c’est bien plus un achèvement que le «point de départ» de quoi que ce soit.
Il étaie ensuite son argumentation par l’affirmation suivante:
«On voit à Salt Lake City, par exemple, où il y a le temple américain, 90% de la population est mormone».
Qu’entend-il par «le» temple américain? Il y a au moment ou j’écris ces lignes 68 temples en service aux Etats-Unis, plus 12 annoncés ou à des degré divers de construction.
Mais au delà de ce détail, il serait bon de se rappeler que lorsque les pionniers mormons sont arrivés en juillet 1847 dans la vallée du Grand Lac Salé, il n’y avait strictement rien ni personne, et c’est ex nihilo que la ville de Salt Lake City a été construite de leurs mains. Ils représentaient donc à ce moment non pas 90%, mais 100% de la population. On conviendra cependant qu’il était difficile de le leur reprocher! En 1853, le temple a été mis en chantier. Après bien des tribulations, il a été consacré en 1893. Entretemps, à l’invitation des autorités mormones, qui ne voulaient pas que leurs fidèles vivent en vase clos, la ville s’était largement ouverte à d’autres confessions. Ainsi ont été inaugurées la cathédrale «épiscopale» (branche américaine de l'Église anglicane) Saint-Marc en 1874, l’église orthodoxe grecque de la Sainte Trinité en 1905 et la cathédrale catholique de la Madeleine en 1909. Et n’allez pas croire que ces lieux de culte aient été relégués dans des banlieues sordides: tous se situent dans un rayon de 300 mêtres autour du temple. Actuellement, et bien que Salt Lake City abrite effectivement le siège d’une église qui compte 14 millions de fidèles dans le monde, moins de la moitié de la population de la ville est de confession mormone.
Il conclut sa démonstration magistrale en disant:
«Donc il y a vraiment un risque que la population du Chesnay devienne mormone».
Ces craintes, à supposer qu’elles soient sincères, sont très exagérées, pour ne pas dire totalement irrationnelles. Un exemple plus pertinent que celui de Salt Lake City devrait rassurer les Chesnaysiens. La ville allemande de Friedrichsdorf, dans la Hesse, est assez comparable au Chesnay, tant par sa qualité de vie que sa population (25 000 habitants) et sa distance avec la métropole (20 km de Francfort). Elle abrite depuis 25 ans un temple mormon. Or il n'apparaît pas que la population de cette ville (dont le noyau historique descend de huguenots picards) se soit convertie en masse au mormonisme, ni que les mormons allemands s'y soient installés en masse.
Il serait d’autant plus aisé pour les Chesnaysiens de vérifier ces choses par eux-mêmes que cette commune se situe à 77 km de leur ville partenaire de Heppenheim, et qu'elle est jumelée avec Houilles, à 20 km de chez eux.
Il est inexact d'affirmer que "les mormons baptisent les morts". Dans la mesure où le baptême se pratique par immersion, cela supposerait des violations de sépultures, exhumations et autre pratiques immorales et illégales.
Dans les temples, des personnes bien vivantes se font baptiser "en lieu et faveur" de personnes décédées, identifiées par des membres de l'Église comme ancêtres ou collatéraux. Suivant la doctrine mormone, le baptême ainsi accompli est proposé aux défunts, qui ne peuvent le recevoir eux-mêmes, mais, ayant gardé leur libre arbitre au delà de la mort, sont libres de l'accepter ou de le refuser.
Cette doctrine, hétérodoxe du point de vue du christianisme constantinien, n'en a pas moins des fondements scripturaires. Ainsi, Pierre affirme, dans sa première épître, que Jésus est allé enseigner son Évangile aux esprits des morts (1Pierre3:18-20). De son côté, Paul a fait explicitement référence à la pratique du baptême en faveur des morts (1Corinthiens15:29) sans la condamner, ce qui, connaissant son franc-parler, laisse supposer qu'il l'approuvait.
Les fonts baptismaux des temples consistent en une vasque suffisamment grande pour que l'officiant et celui qui reçoit le baptême, s'y tiennent dans l'eau jusqu'à la taille. Cette vasque est elle même portée par douze bœufs sculptés en grandeur nature, symbolisant le rassemblement par le baptême des douze tribus de l'Israël biblique et, au delà, de tout le genre humain.
Pour une photo, voyez:
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