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Le débat sur l'euthanasie dans la présidentielle: les trous noirs de la fin de vie

Jean-Yves Nau, mis à jour le 17.02.2012 à 12 h 01

La campagne électorale voit resurgir l’affrontement farouche entre partisans et adversaires de l’«euthanasie». Un débat suranné faute de véritables données chiffrées.

Dans un hôpital suisse en 2011. REUTERS/Michael Buholzer

Dans un hôpital suisse en 2011. REUTERS/Michael Buholzer

Euthanasie: la présidentielle n’en fera pas l’économie. A dire vrai mieux vaudrait ici ne pas utiliser ce terme, depuis longtemps déjà galvaudé. Comment, dans leur for intérieur, les candidats tranchent-ils des questions relatives à la fin de la vie humaine? Jugent-ils nécessaire et urgent que le législateur  une nouvelle fois intervienne?

Nous avons déjà leurs déclarations à visée électorale. Le candidat de la gauche socialiste vient de laisser entendre que oui. François Hollande est favorable –«dans des conditions précises et strictes», à une «assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité». Celui de la droite, par ailleurs président sortant, vient clairement de faire savoir qu’il n’était pas question de modifier la loi. Jusqu’à plus ample informé, leurs concurrents ne se sont guère exprimés sur l’un des sujets dits de société qui passionne le plus les Français; un sujet complexe et douloureux sur lequel les responsables politiques ne sont généralement guère enclin à s’exprimer.

On peut le dire autrement. François Hollande ne serait pas opposé au suicide médicalement assisté, une pratique revendiquée de manière récurrente depuis trente ans par les membres de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Nicolas Sarkozy tient quant à lui la chose pour un tabou. Il estime que l’on ne doit pas aller plus loin que les dispositions de la loi Leonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie.

Depuis 2005, ce texte a trouvé une judicieuse parade à la poursuite de la pratique de l’acharnement thérapeutique en  instaurant un droit au laisser mourir. Il ne permet pas pour autant aux membres du corps médical d’administrer directement des substances mortelles à une personne (ou à ses proches) qui en formulerai(en)t la demande.

Poser ainsi les termes du débat conduit rapidement à une impasse. Cela renvoie chacun à des convictions (religieuses ou philosophiques) radicalement opposées. On retrouve ainsi, sous de multiples formes, des arguments souvent développés dans la sphère de la chrétienté face à ceux de la libre pensée. Un camp refuse cette nouvelle forme de transgression légitimée quand l’autre la réclame.

Les premiers se refusent à accorder un nouveau droit aux médecins : celui de tuer dans certaines conditions des personnes en fin de vie. Les seconds souhaitent que ce droit puisse être exercé dès lors que le souhait en aurait été formulé. Le corps médical quant à lui ne s’exprime pour l’essentiel, de manière utile et technique, que dans les cénacles spécialisés de ses sociétés savantes comme la société française d’anesthésie et de réanimation. Et sa voix est généralement peu audible du plus grand nombre. 

Pour l’heure un nouveau symptôme de l’affrontement entre les deux camps apparaît aujourd’hui avec la remise d’un premier rapport officiel d’ores et déjà contesté. Ce document a été remis mardi 14 février au Premier ministre par le Pr Régis Aubry, président de l'Observatoire national de la fin de vie. Il vise officiellement à «nourrir le débat sur toutes les questions que pose et posera la fin de vie en France » et ce avec les «données factuelles» dont on dispose. Or si bien des questions se posent les données colligées dans ce rapport demeurent bien maigres.

Pour plus de détails sur le contenu de ce rapport, cliquer sur le .

Interrogé le même jour sur France Inter, le Pr Aubry a fait valoir que Marie de Hennezel avait démissionné parce que l'Observatoire refusait «de se positionner de manière partisane sur l'euthanasie». Précisons que Hennezel est «contre» et qu’elle qualifie de «bonne» la loi Leonetti. Pour sa part Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (et conseiller régional PS d'Ile-de-France) qualifie le rapport de «brûlot anti-euthanasie».

Plus grave: le rapport de l’Observatoire souligne  l'absence de «données fiables» sur la réalité des pratiques aujourd’hui mises en œuvre. Ces lacunes pourraient être comblées avec la publication (en mars dit-on) d'une étude menée conjointement avec  l'Institut national d'études démographiques; une étude sur «la réalité des euthanasies en France» qui ne manquera pas  d’être également objet de controverses tant les passions peuvent être ici exacerbées.

Dans l’attente de véritables données chiffrées, la polémique se poursuivra, stérile. Les uns continueront de dire leur foi dans le développement des soins palliatifs et d’une meilleure connaissance de la loi en vigueur. Deux éléments qui permettront selon eux de fournir, autant que faire se peut, les solutions les plus humaines qui soient.

A l’inverse, les autres continueront d’exploiter quelques situations tragiques et exceptionnelles (comme les affaires Vincent Humbert ou Chantal Sébire)  pour réclamer la dépénalisation de la transgression.  Dans un tel contexte les candidats à la campagne présidentielle auront-ils le courage de dépasser les caricatures des deux camps ? C’est fort peu vraisemblable. Rien n’interdit d’espérer. 

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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