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Les produits allégés, c'est dépassé

Bruno Askenazi, mis à jour le 11.05.2009 à 11 h 55

Trop chers, trop sophistiqués, les aliments Light n'ont plus la cote.

L'alimentation allégée ne fait plus recette. Selon une récente étude du cabinet Cegma Topo, près d'un Français sur deux y est réfractaire, le quart affirmant même qu'il faut les «éviter» ou les «exclure» de ses repas.

Fini les croissances record des années 90. Depuis trois ans, les ventes de produits «light» dégringolent: selon Nielsen, moins 7% pour les céréales allégées, moins 9% pour les yaourts et les fromages blancs, moins 20% pour les desserts basse calorie. Signe de cette descente aux enfers, les biscuits Taillefine ont disparu des rayons: leurs ventes avaient été divisées par deux en trois ans.

A cette désaffection massive, plusieurs raisons. D'abord l'allégé a fini par lasser le consommateur. Non seulement il faut le payer plus cher mais en plus les qualités gustatives ne sont pas vraiment à la hauteur. Quand on remplace la matière grasse par de la gélatine pour épaissir un yaourt 0%, il n'y a pas de miracle. D'ailleurs, tous les ingrédients de substitution, obligatoires pour alléger les recettes, suscitent une méfiance grandissante. Surtout depuis que certains édulcorants sont soupçonnés de favoriser les risques de cancer. De plus en plus sensibles à la composition des produits, les ménages se rabattent sur des aliments classiques, pas trop «trafiqués» et donc plus rassurants. Quitte à en manger moins pour garder la ligne.

Enfin, toutes ces gammes allégées ont eu du mal à tenir leur promesse sous-jacente : faire maigrir. Qui n'est pas un jour tombé dans le piège? Comme les aliments «light» ne procurent pas la même sensation de satiété que leurs équivalents classiques, on a donc tendance à en manger deux fois plus. Ce qui réduit à néant leur efficacité supposée. Bref, les Français ont testé et ils n'y croient plus.

Mais, pour autant, la chute des allégés ne signifit pas le déclin des «aliments santé». Lors de la dernière édition du SIAL (Salon International de l'alimentation) à Paris en octobre 2008, les produits promettant un bénéfice santé représentaient le quart des lancements enregistrés dans le monde. En France, manger «sain» est devenu une préoccupation majeure. Simplement, ces nouvelles attentes ne passent plus par le «light» mais par des aliments naturels et moins sophistiqués.

L'essor des gammes biologiques en est l'illustration : malgré des prix en moyenne 30% plus chers que les références classiques, près d'un ménage sur deux en consomme régulièrement, selon l'Agence Bio. Autre catégorie appréciée par le public, les produits « sans ». Sans colorant, sans sel, sans conservateur, etc ... Une tendance qui rejoint celle des produits issus du commerce équitable par exemple. A tord ou à raison, on estime que le café récolté par des petits producteurs colombiens sera plus « sain » que celui vendu par une multinationale.

La crise devrait accélérer ce retour au traditionnel et au naturel. Dans les moments difficiles, on a besoin de se serrer les coudes et de créer plus de convivialité. Or le light renvoie plutôt à des valeurs individualistes : j'en achète pour moi. La tendance est maintenant aux repas «faits maison», en famille ou entre amis, avec des produits simples.

Selon Cegma Topo, ce «retour aux sources» dans l'alimentation se traduirait aussi par des velléités d'achats directs aux agriculteurs. Près de la moitié des Français seraient sensibles à l'idée de faire leurs courses directement chez les producteurs. Leur première motivation ? Trouver des produits «meilleurs pour la santé».

Bruno Askenazi

Photo: Un caddy dans les rayons du Carrefour d'Antibes  Eric Gaillard / Reuters

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