La Grèce est-elle «conduite à la mort»?
Le Parlement a voté oui à l'austérité mais la rue non, face à une troïka UE-BCE-FMI exaspérée et des économistes divisés. De quelles solutions la Grèce dispose-t-elle encore?
- Un incendie lors des émeutes à Athènes, le 12 février 2012. REUTERS/Yiorgos Karahalis. -
Est-ce que la Grèce est «conduite à la mort», comme l’a dit le compositeur Mikis Theodorakis, qui avait rejoint les manifestants, dimanche 12 février, dans les rues d’Athènes? Les Européens demandent-ils trop d’austérité au pays? Voilà maintenant cinq ans qu'il est en récession, faut-il encore continuer dans cette politique «à l’allemande»?
Politiquement, la réponse est double. Dans la rue, c’est non. Et un non désormais violent, avec tous les risques de dérapages que les mois qui viennent nous réservent. Au Parlement, ce fut oui au plan d'austérité. Finalement oui, en fin de soirée dimanche, par 199 voix sur un total de 300 députés. Le leader de la Droite nouvelle Antonis Samaras comme George Papandreou du Pasok (socialistes) avaient menacé leurs élus d’exclusion s’il ne votaient pas oui.
Des défections, il y en a eu 37, puisque ces deux partis comptent 236 élus. Les élections sont en avril , chacun mesurait la colère populaire contre le remède de cheval imposé «de l’extérieur» par la troïka honnie composée de la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI.
Sans le oui, la banqueroute
Mais voilà, ont admis les députés: sans ce oui, c’était la banqueroute. Athènes doit rembourser 14 milliards d’euros le 20 mars et le gouvernement a besoin des 130 milliards du plan européen. C’était oui, ou le défaut et l’impossibilité de payer les fonctionnaires. Le pays était menacé de sombrer «dans le chaos», a prévenu le Premier ministre Lucas Papademos.
Oui donc. Les députés grecs étaient bel et bien forcés. Mais ensuite? Une fois l’aide reçue, une fois les élections passées, sans doute gagnées par la Droite nouvelle, où va la Grèce? Lui est-il possible de retrouver un chemin de croissance? Lequel et quand?
Exaspérés par les promesses non tenues depuis deux ans, les envoyés de la troïka sont devenus intransigeants. Cette fois-ci, il veulent mettre le pays dans un corset. Les services du ministère allemand des Finances ont même imaginé une vraie tutelle, un «commissaire à la Grèce» qui serait venu de Bruxelles prendre carrément le pouvoir. Et pour s’assurer du bon remboursement des aides européennes, dont doute si fort l’opinion allemande, il aurait créé immédiatement un compte spécial où tomberaient en priorité les recettes fiscales. Les dépenses pour l’administration grecque n’auraient été satisfaites qu’une fois ce compte spécial rempli.
Non-existence de l'Etat grec
Le problème, ont compris peu à peu les Européens, est la non-existence de l’Etat grec. Les abus, les fraudes, les «niches» sont partout au pays d’Ulysse. La ruse fiscale est une philosophie.
Un exemple, raconté par le Financial Times du lundi 13 février. Beaucoup d’argent est arrivé de Bruxelles pour construire des hôpitaux flambant neufs… avec des médecins de piètre qualité. Le pays, qui compte un nombre record de pharmaciens et de docteurs par habitant, dépense 2,4% de son PNB pour une santé médiocre. La corruption et les faux remboursements sont la règle.
Les Européens ont exigé de faire la police. Entre autres, ils ont demandé au gouvernement de couper 1 milliard d'euros dans les remboursements de médicaments. Au total, ils veulent ramener les dépenses globales à 1% du PNB … en un an! Bien évidemment, ce fut impossible. On ne transforme pas un pays comme ça.
La santé est une illustration des périls de la médecine européenne. La population reste contre ce qui lui est imposé, elle continue de tricher et les politiciens de même.
Cette fois, en échange d’un deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros (des prêts, faut-il le rappeler) et d’un abandon de 100 milliards d'euros de dette par les banques internationales (70% de leur créance), la Grèce a été sommée de prendre de nouvelles mesures d’une austérité sans pareille. Le salaire minimum diminué de 22%, les retraites complémentaires amputées d’un quart, 150.000 emplois supprimés dans la fonction publique en trois ans. Le plan est que le déficit primaire (avant versement des intérêts) repasse en positif cette année, afin de stabiliser la dette puis de commencer à la réduire à partir de 2013: elle reviendrait de 180% cette année à 120% en 2020.
Une dose de plus d'une thérapie inadaptée
Beaucoup d’économistes considèrent que c’est peine perdue. Après n’avoir «rien compris au problème grec», les Européens renforcent la dose d’une thérapie inadaptée. Ils s’obstinent dans la mauvaise direction. La Grèce va connaître une cinquième année de récession: -6% l’an passé, sans doute presque autant cette année. Le chômage concerne la moitié des jeunes et un quart de la population dans son ensemble. Les Grecs ont perdu entre 20 et 50% de leurs revenus.
C’est dire, répliquent les médecins bruxellois, combien les Grecs vivaient très largement au dessus de leurs moyens depuis leur entrée dans l’euro! C’est juste. Le Smic est en Grèce de 20% supérieur à celui de l’Espagne et de 35% à celui du Portugal. Il est donc normal de le ramener au niveau de la productivité du pays. La médecine est sévère mais elle est la seule qui peut redonner une compétitivité au pays.
Sinon, quelle autre solution? Faire un trait plus large sur les dettes, y compris publiques, pour adoucir l’austérité ou, à tout le moins, raccourcir sa durée. Le pays peut retrouver un semblant de calme, une fois les élections passées. Mais peut-il vivre dix ans sous ce régime sans que les partis populistes ne l’emportent un jour ou sans insurrection?
L’autre possibilité est la sortie de l’euro: le gouvernement revient à la drachme et fait au passage défaut sur toutes ses dettes, il repart de zéro. Les Grecs devraient vivre une baisse encore plus forte de leur niveau de vie mais, sans doute, cette thérapie de choc-là durerait moins longtemps. Le débat sur cette option dramatique et ses conséquences ne va pas se refermer, au contraire.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 13/02/2012 à 17h01
















































Après que l'on est admis la Grèce au sein de la zone €uro alors quelle ne remplissait aucun des critères et ce même avant de découvrir les comptes encore plus truqués que les pire estimations, sous couvert de rendre service au "berceau" de notre civilisation, on continue encore et encore dans le déni.
Si certains remèdes sont d'une évidence absolue, on ne s'attaque nullement au fondement du problème: - des services fiscaux quasiment virtuels - une église orthodoxe plus que riche mais exonérée de toute contribution - des armateurs en zone franche ...
Le seul remède serait de sortir de l'€uro ce qui aurait permis de limiter les plans de renflouement qui ne servent rien et vont recommencer, cela aurait couter moins cher aux banques qui ont prêtées en dépit du bon sens et à la BCE qui va plomber les comptes public des états préteurs.
Que la troïka admette ses erreurs serait trop lui demander, elle préfère continuer et nous abreuver d'un sentimentalisme solidaire que même Rousseau n'aurait osé.
Le pire est que les solutions mises en place sont pire qu'un cataplasme sur une jambe de bois et produisent des effets désastreux sur une population abreuvée de subvention Européenne qui croit encore que l'UE est responsable de leurs malheur.
Pauvre Monet qui doit pleurer la où il est de voir où en est cette union qu'il a eu tant de mal à créer. L'entrée des Croates et autres futur membres devra bien sur nous sauver.
Le plus grand service qu'ils pourraient se rendre à eux-mêmes et à l'euro, c'est d'en sortir.
A eux-mêmes, parce que c'est le seul moyen qu'ils retrouvent leur dignité de citoyens souverains et responsables de leur destin. L'alternative, c'est une humiliation insupportable qui sera vécue comme telle parce qu'elle n'a pas été délibéremment choisie comme la transition nécessaire vers des jours meilleurs et qui tournera donc mal pour les Grecs comme pour l'Europe.
A l'euro, parce que les autres membres de l'union monétaire pourraient peut-être tirer les leçons de cette tragédie grecque et décider oui ou non de la création d'une véritable union avec toutes les contraintes qu'elle impose, mais cette fois-ci en toute connaissance de cause. Si les pays de l'Europe trouvaient ainsi la force de construire l'Europe, alors la Grèce y trouverait éventuellemnt sa place.
La manière dont l’Europe de Bruxelles et les gouvernements des grands pays qui la composent, à commencer par le gouvernement allemand, s’apprêtent à mettre en tutelle le peuple grec est profondément révoltante.
Cette mise en tutelle a pour but de sauver la monnaie unique, l’euro, et, au-delà, toute la machine européenne.
En imposant le traité de Lisbonne sans qu’aucun peuple (à l’exception du peuple irlandais contraint de voter deux fois) ait été consulté, et alors même que certains pays, comme la France, avaient déjà refusé un traité analogue, l’Europe de Bruxelles a montré le peu de cas qu’elle faisait de la démocratie.
Le sort que l’on réserve aujourd’hui au peuple grec – en attendant les peuples espagnol ou portugais – offense gravement sa dignité. Les sacrifices qu’on exige de lui sont terribles pour ses salariés et ses retraités, déjà éprouvés par la crise. Ils vont aggraver encore le chômage et la récession. Ils sont en définitive inutiles car le problème, c’est l’euro lui-même et non le supposé laxisme des Grecs. La seule solution au problème grec est la sortie de l’euro.
Le peuple grec, par des grèves, par des manifestations de rue, montre qu’il refuse le plan de rigueur qu’un pouvoir étranger veut lui imposer.
Nous, citoyens de France et d’autres pays de l’Union européenne tenons à exprimer notre estime, notre solidarité et notre soutien au peuple grec, et à l’encourager dans sa résistance.
Cette démocratie que la machine de Bruxelles voudrait nous confisquer, nous n’oublions pas que c’est la Grèce qui nous l’a apprise.
Nous n’oublions pas que la Grèce fut le berceau de ce qui a fait la grandeur de la civilisation européenne : ce que la Grèce a apporté à l’Europe, l’Europe l’a ensuite apporté au monde.
La Grèce a su jadis, à Marathon, aux Thermopyles, à Salamine, à Platées, défendre sa liberté et celle de l’Europe. Au travers de sa résistance, elle défend une fois encore notre liberté contre une machine idéologique et bureaucratique qui n’a que mépris pour les peuples d’Europe.
Hommes et femmes de Grèce, tenez bon ! Votre combat est aussi le notre. Vous êtes notre avant-garde. Vous avez notre confiance. Nous somme avec vous.
Un Collectif de citoyens de France et d’Europe
Premiers signataires :
Roland HUREAUX
Nicolas STOQUER
Je vis dans le pays et comme beaucoup je vois pourquoi nous sommes arrives la. Plusieurs commentaires nous les reiterent - corruption, gachis, fiscalite byzantine.
Par tricherie nous sommes rentres dans l'euro. Et aujourd'hui ce serait l'UE qui est la fautive? C'est comme si une banque braquee est responsable du braquage! Et pour sauver sa monnaie il est scandaleux qu'on fait tout pour remettre de l'ordre - abandon de 50% de la creance, un peu de discipline fiscale?
Ce qui est scandaleux est que les Nonistes se servent de cette tragedie pour avancer leurs idees archaiques.
La Grece se remettra de ses peines. C'est une nation courageuse et fiere - trop fiere et pas assez reflechie parfois. Autour de moi je vois des Grecs que se posent des questions et qui se mettent en question. C'est moins spectaculaire que les flammes a Athenes mais plus vrai.
Il est faux, comme j'ai indique, de pretendre que la cause des ennuies des Grecs est le seul Euro. Comme il serait faux de pretendre que tout surendettement est la faute du preteur. Arretons donc de tirer des fausses conclusions qui par hasard confortent vos idees.
Je partage le point de vue de ceux qui trouvent anormal le fait que les plus pauvres doivent payer les erreurs parfois criminels de leurs dirigeants. Mais c'est tout un autre debat.
Cordialement comme toujours
L entree de la Grece dans l Euro etait une erreur, tout le monde est d accord la dessus, alors pourquoi ne pas les faire sortir? Un rapide calcul sur la decote de la drachme par rapport a l Euro que cela entrainerait nous montre que la dette du pays libelle en monnaie europeenne augmenterait facilement de plus de 50%... Qu a cela ne tienne, plutot que de garder la Grece sous perfusion et avec une monnaie qui ne lui laisse aucune marge de manoeuvre, laissons la filer et reajustons sa dette une fois celle ci sortie de la zone euro.
La devaluation dans un pays en crise a toujours ete une therapie efficace, brutale, mais efficace. Or la Grece ne peut pas devaluer.
Laissons les sortir, et effacons une plus grande partie de leur dette, tout en exigeant des efforts consequents en matiere de fiscalite et de gouvernance, sinon nous les condamnons a etre des escalves.
Cette solution demande aux autres pays europeens un petit effort en plus, mais elle rend sa liberte aux grecs, avec un prix eleve a payer certes.
"... Entre l'état surdimensionné, le clientélisme, la corruption, l'incompétence de l'administration et le manque de compétitivité, on découvre aujourd'hui les faiblesses de la société grecque. Est-ce seulement de la faute des Grecs ? N'a-t-on pas toléré, voire encouragé, le clientélisme et la distribution de rente européenne pour éviter des débordements politiques qui auraient pu menacer le rôle de la Grèce dans le dispositif militaire occidental ? Qui pourrait imaginer que les réseaux de corruption situés au plus haut niveau de l'Etat grec, n'ont pas bénéficié de complicités européennes ? L'encouragement méthodique de la consommation ostentatoire n'est-il pas lié aux lobbys des pays exportateurs de voitures de luxe ? Le rachat des industries grecques par des groupes européens soucieux de récupérer le réseau de distribution de celle-ci n'a-t-il pas contribué au creusement du déficit commercial ?..."
Paru dans Le Figaro du 14 février 2012 dans la page "débats & opinions" sous le titre : "La dette grecque : marché de dupes ou dialogue de sourds".
Aussi j'entends des gens tres intelligents pretendre le plus serieusement possible que la crise grecque est du au fait que les Allemands n'ont jamais paye les reparations dues a la fin de la guerre. Comme si ceci etait une specificite grecque!
Est-ce quelque chose de profond dans la mentalite grecque, ne du fatalisme lie aux dieux d'antan? Peut-etre. Mais nous vivons au 21e siecle
Ici il n'y a pas de "fuites" des capitaux. C'est un promenade tranquil!
Une des multiples raisons pour le désarroi grec est précisément qu'aucun gouvernement n'a eu le courage d'imposer les riches dans ce pays.
Une "déconnitude" qui a duré depuis la création de la Grèce moderne au 19e siècle.