Comment l'Iran et la Russie tiennent à bout de bras le régime syrien

Mahmoud Ahmadinejad et Bachar el-Assad à Téhéran en octobre 2010. Morteza Nikoubazl / Reuters

Mahmoud Ahmadinejad et Bachar el-Assad à Téhéran en octobre 2010. Morteza Nikoubazl / Reuters

Des documents «Anonymous» montrent que l'Iran, la Russie et la Chine donnent à Bachar el-Assad les moyens de contourner les sanctions et d'écraser la rébellion.

Israël a toujours considéré avec beaucoup de scepticisme l'impact des sanctions internationales les jugeant ineffcaces à la fois contre les régimes syriens et iraniens. Il suffit de se rappeler comment l’Irak de Saddam Hussein a su trouver dans le monde pendant des années pour contourner des sanctions des dirigeants politiques à corrompre, des pays et des sociétés acceptant d'ignorer les décisions internationales et de collaborer en échange de substantiels revenus. L'inefficacité totale des sanctions contre la Syrie est démontrée de façon éclatante par des informations dévoilées par les hackers «Anonymous» qui montrent comme l'Iran et la Russie tiennent à bout de bras le régime du dictateur sanglant Bachar el Assad et ne sont pas prêts de la le lâcher.

Le rôle essentiel de l'Iran

Les sanctions internationales imposent aux membres de la ligue Arabe de cesser toute transaction avec la Banque centrale de Syrie et de limiter, sinon d’interdire, les vols commerciaux en provenance des pays arabes, à destination et en provenance de Syrie. L’Union européenne a décrété de son côté un embargo sur le pétrole syrien. Il s’agissait de priver la Syrie de ses revenus du pétrole exporté à 90% vers l’Union Européenne et constituant 20% de son PIB. 

Le quotidien Haaretz a réussi à obtenir des documents confidentiels prouvant que l’Iran a aidé la Syrie à contourner ses sanctions. Les pièces, provenant directement du bureau du président Bachar el-Assad, montrent que le régime iranien a accepté de fournir une aide d'un montant d'un milliard de dollars pour contourner les sanctions occidentales. L’authenticité des documents ne fait pas de doute pour les experts.  

Quand «Anonymous» rentre dans les ordinateurs syriens

«Anonymous» a réussi à s’introduire à l’intérieur même des ordinateurs de la présidence syrienne et des collaborateurs au sommet de l’État. La boite des messages électroniques du ministre des affaires présidentielles, Mansour Azzam, a été piratée. Le compte-rendu des visites de plusieurs délégations iraniennes à Damas est certes rédigé dans des termes volontairement ambigus mais le «Mémorandum sur la visite de la délégation iranienne à la Syrie» est clair et cosigné, le 8 décembre, par dix officiels iraniens représentant la présidence, la Banque Centrale et plusieurs ministères.

Ce mémorandum souligne que les sanctions ont aggravé la situation économique de la Syrie qui manque de liquidités pour payer les salaires de ses fonctionnaires. Si l’embargo était efficace, il pourrait contraindre la régime syrie à dialoguer avec les occidentaux et son opposition. Mais l’appui iranien est total. Les délégués de la République islamique ont convenu que l’Iran échangerait des produits de base, en provenance de Syrie, comme de la viande, de la volaille, de l’huile et les fruits, contre des engrais, des pièces de rechange et des matières premières pour l’industrie pétrochimique syrienne. Ahmadinejad tient à ce que la Syrie continue, par principe vis-à-vis des occidentaux, à exporter du pétrole et s’est engagé à lui fournir 150.000 barils par jour pour ses besoins ou pour la revente par des circuits parallèles.

Le moyen de contourner l’embargo ne sont pas totalement précisé dans les documents mais il est clair que la Turquie, qui un temps avait cherché à se rapprocher de Bachr el-Assad,  ne collabore pas à ces mesures. Les Iraniens penchent vers la création d’un couloir aérien qui éviterait de survoler les Émirats et qui traverserait l’Irak, ce qui démontre le fait que l’Iran a un poids maintenant considérable à Bagdad. La Russie et la Chine, qui s’étaient opposées aux sanctions de l’ONU contre le régime syrien, apporteront leur concours pour faciliter les échanges bancaires entre la Syrie et l’Iran, selon un deuxième document signé le 14 décembre.

Le rôle secret de la Russie, l'Iran et la Chine

Les services de renseignements occidentaux estiment que l’apport financier et matériel de l’Iran a permis aux forces loyales à Bachar el-Assad de ne pas s'effondrer et aujourd'hui de mater la rébellion. La dernière poche de résistance, Homs, est tombée le 11 février après des combats dont l’horreur et les atrocités ont été rapportées par des vidéos pirates. Les manifestants ont disparu à Daraa, Hama, Deir al-Zour, Abou Kemal, Zabadan et les abords de Damas. Les 40° et 90° brigades mécanisées, sous la conduite du général Zuhair el-Assad, proche parent du président, ont définitivement réduit les rebelles en s’en prenant à des centaines de civils désarmés. Le président syrien tenait à transmettre un message aux occidentaux qu’une action similaire à celle qui avait fait tomber Kadhafi n’est pas possible dans son pays parce que la résistance populaire est écrasée avec l’aide directe ou indirecte de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais.

Le ministre turc des affaires étrangères, Ahmed Davutoglu, s’est bien rendu le 9 février à Washington pour offrir les services de son pays pour une intervention commune avec les États-Unis contre la Syrie. Mais les Américains ne sont pas prêts à envisager une telle action devant l’opposition ferme de la Russie et de la Chine. La passivité occidentale explique l’échec de la révolution arabe syrienne après celle du Bahreïn, lorsque l’Arabie saoudite avait sauvé le roi.

Le régime syrien est en passe de sauver son existence et il le doit à la Russie dont le chef des services de renseignements Mikhaïl Fradkov s'est rendu il y a encore quelques jours à Damas et plus encore à l’Iran. Le général qui commande les brigades iraniennes Al-Qods s’est rendu à Damas le 5 et 6 février à la tête d’une délégation du renseignement militaire. Il s’agissait de finaliser les dernières mesures de l’accord russo-irano-syrien visant à éradiquer définitivement la révolte.

Le ministre de la défense israélien, Ehud Barak, qui déclarait que «les jours du régime du président syrien, Bassar al-Assad, sont comptés et sa famille n'a plus que quelques semaines au pouvoir» n'avait manifestement pas mesuré les soutiens dont bénéficie Bachar el-Assad et son régime sanguinaire. Les Etats-Unis d'Obama et une Europe affaibli politiquement et économiquement ne font plus le poids face à la coalition des régimes autoritaires et des régimes assassins.

Jacques Benillouche