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Paris croule-t-il sous le nombre d'hôtels de luxe?

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 12.02.2012 à 7 h 06

En dehors des périodes de fêtes, des Salons, de la mode et des vacances d’été, la capacité hôtelière de la capitale est-elle en voie de saturation?

Une chambre du Royal Monceau. REUTERS/Benoit Tessier

Une chambre du Royal Monceau. REUTERS/Benoit Tessier

Après le Royal Monceau rénové de fond en comble, le Shangri-La et le Mandarin Oriental ont ouvert au public en 2011. On attend le nouveau Prince de Galles et, surtout, le Peninsula avenue Kléber, près de l’Étoile, gigantesque projet immobilier qui sera lancé fin 2013, à côté du Raphael d’ancienne réputation.

Paris avait-il besoin de ce quintette de belles adresses très glamour pour fortunés de la vie? L’ensemble comprenant 2.500 chambres et suites est-il viable? En dehors des périodes de fêtes (la fin de l’année), des Salons (l’automobile, l’aviation au Bourget), de la mode (les défilés de haute-couture, du prêt-à-porter) et des vacances d’été, la capacité hôtelière de la capitale est-elle en voie de saturation? A-t-on vu trop large?

Hors saison, le prix des chambres subit des baisses importantes, jusqu’à moins 50% dans certains quatre et cinq étoiles. Au Hyatt Madeleine, une chambre à 420 euros se vend 250 euros et au Ritz, ouvert jusqu’au 30 juin, de bons clients obtiennent des séjours à 500 euros la nuit contre 820 euros en haute saison. Au Sofitel Arc de Triomphe, la suite coûte 480 euros, pas rien.

Une douceur de vivre

Il n’y a que le Four Seasons George V tout en marbre, à la fréquentation en hausse constante, dont le tarif des chambres se maintient entre 800 et 1.000 euros par nuit. Au Fouquet’s Barrière, avenue George V, qui n’a cessé de bénéficier de la promotion internationale due à la soirée offerte par Nicolas et Cecilia Sarkozy, le soir de l’élection présidentielle en 2007, les prix talonnent ceux du Four Seasons et du Plaza Athénée dont l’atout majeur reste son emplacement unique sur l’avenue Montaigne où sont installées les boutiques Chanel, Dior, Ungaro, Valentino…

«L’arrivée sur le marché hôtelier de ces enseignes d’origine asiatique, et française pour les plus récentes, a eu pour effet de provoquer d’importants programmes de rénovation au Ritz, au Crillon et au Meurice, souligne François Delahaye, directeur général du Dorchester Group, propriétaire du Plaza, du Meurice, du Principe de Savoia à Milan, du Bel-Air à Los Angeles, et du Dorchester à Londres. Au Meurice, entièrement refait dans les salons du rez-de-chaussée par Philippe Starck, nous allons injecter quinze millions d’euros et au Plaza, nous avons acquis deux immeubles contigus au palace de manière à élargir l’offre des suites et des prestations, comme un spa. Nous ne voulons à aucun prix concéder des parts de marché aux nouveaux investisseurs venus de Hong Kong, notamment.»

Le défaut majeur de ces cinq étoiles flambant neuf, c’est leur implantation qui n’est pas idéale, éloignée des Champs-Élysées, des quais de la Seine, des Tuileries ou de la Concorde: des quartiers phares du Paris historique. Le Shangri-La, avenue d’Iéna, le Mandarin Oriental (loyer très lourd, 10 millions d’euros), au milieu du Faubourg Saint-Honoré, limitrophe de l’Hôtel Costes, et le Peninsula, bizarrement situé au début de la très paisible avenue Kléber, auront du mal à emballer la clientèle asiatique qui recherche des sites glorieux (place Vendôme) ou mythiques (la Concorde).

François Delahaye souligne que ces touristes ou gens d’affaires pressés, stressés venus de Shanghai, de Bangkok, de Manille, de Tokyo, d’Osaka, de Macao s’attendent à être fascinés, éblouis, sidérés par la magie de Paris.

«Il faut leur en mettre plein la vue, c’est pourquoi nous ne cessons d’améliorer le confort, les salles de bains, le service de nuit, les cadeaux, les trouvailles originales: cet hiver, la patinoire de la cour du Plaza, les écrans plats, les connexions Wifi, la sécurité (10 personnes), et les soins hyper sophistiqués genre massage au caviar. Il faut offrir le meilleur du meilleur, inventer des innovations, créer du rêve, le temps que ces clients new look soient chez nous.»

Ces visiteurs souvent peu frottés aux sortilèges de la capitale –en dehors de la Tour Eiffel, de Versailles, du Louvre, du Musée d’Orsay– s’attendent à de la considération mais, surtout, à une douceur de vivre supérieure à ce qu’ils ont chez eux. On ne donne pas une chambre basique, sans vue, sans style, à un trader chinois qui habite un duplex de 500 mètres carrés sur la baie de Hong Kong.

C’est pourquoi les palaces français ont tant investi dans de vastes suites, des «présidentielles» veillées par un maître d’hôtel privé. Ces joyaux de l’art de vivre à la française, décorés par le talentueux Pierre-Louis Rochon entre autres, affichent très souvent complet: on comprend que les chambres du Ritz doivent laisser la place –l’espace– à des suites de 200 mètres carrés, minimum. Toujours plus.

En fait, les nouvelles enseignes qui doivent se forger une clientèle  –et c’est très ardu– ont créé une stimulation bénéfique chez les directeurs généraux du Crillon, du Plaza, du George V: accueil à l’aéroport en Rolls Phantom, débauche de fleurs à tiges dans le lobby, coût un million d’euros par an, excursions à Giverny, à Deauville…

Dans le petit milieu des clés d’or et concierges pendus au téléphone, on cite le cas très parlant de ce couple d’Américains très riches de Hawaï, habitués au Ritz et à qui l’on a, par mégarde, réservé une junior suite qui ne donnait pas sur la place Vendôme mais sur la triste rue Cambon: ils ont quitté le palace de Coco Chanel dans l’heure pour rejoindre le Plaza, logés dans un appartement meublé Louis XV, au cinquième étage, sur l’avenue Montaigne, et cela pour quatre mois! Un pactole pour le Dorchester Group.

Et puis, afin d’accentuer le rayonnement, l’aura des enseignes françaises, François Delahaye et Pierre Ferchaud, directeur général du Fouquet’s Barrière, ont imaginé la catégorie «Palace» à la demande du secrétariat d’État au tourisme. Il s’agissait d’aller au-delà du «cinq étoiles luxe» inventé en Italie –bien loin des cinq étoiles premium (mauvais terme) proposé par Hervé Novelli. Que faire de mieux?

Désigner les palaces français, une dizaine, pas plus à Paris et province (le Palais à Biarritz, les Airelles à Courchevel) lesquels ont l’insigne chance d’avoir une histoire, un passé chargé, une clientèle haut de gamme, et un prestige hors du commun. Le Crillon où descendent les rois est un vrai palace, pas le Sofitel du faubourg, et c’est au Ritz que le Prince de Galles avait ses aises, tout comme Ernest Hemingway, pilier de bar, et le cheikh Yamani, distingué ministre du pétrole des Émirats.

Dans un palace français, il y a aussi des hommes, des professionnels, des maîtres d’hôtel hors pair: M. Hernandez, chef barman du Plaza, Michel Roth, chef de cuisine du Ritz ou Yannick Alleno, chef du Meurice, aux côtés de gouvernantes, de concierges souriants chargés d’animer et de mettre en relief les atout des lieux. Ces gens du service fort civilisés savent insuffler de la vie, de la qualité, du style, de la politesse, des égards qui sont l’âme de l’adresse.

Jackpot

Au Relais Plaza, l’élégant Werner Küchler, le directeur du restaurant façon paquebot 1930, reçoit les clients comme des amis –il chante au micro le mercredi soir des mélodies françaises et américaines! Et des gens dansent enlacés: ça, c’est Paris dirait-on au Lido! C’est le «plus» de l’enseigne nocturne, le glamour de ce vaisseau immobile, ce pour quoi le grand hôtel cher à Arthur Rubinstein tient le haut du pavé.

Les palaces français gagnent-ils de l’argent? Non, les charges des personnels –600 employés au Ritz– empêchent tout profit. Là où la caisse se remplit, c’est à la revente du fonds de commerce ou des murs. Le Plaza Athénée acheté 80 millions de dollars reçoit des offres de 500 à 600 millions. La marge est énorme, c’est le jackpot.

Par contre, tout l’argent gagné d’année en année est réinvesti dans l’hôtel aux stores rouge vif. L’actionnaire principal du Dorchester Group, le sultan de Brunei, n’a jamais touché un centime d’euro, mais il s’est enrichi, incontestablement. Pour l’heure, il n’est pas vendeur, mais il a placé ses écus en France, un pays sûr, sans risques majeurs.

Il reste que l’hôtellerie de luxe européenne attire les «money makers» à l’affût: le Richemond de Genève, palace historique sur le lac au jet d’eau, vient d’être acquis par le sultan de Brunei.

Nicolas de Rabaudy

Restaurants de grands hôtels parisiens

  • Le Royal Monceau Restaurant La Cuisine: pas de menu, carte de 70 à 110 euros. Lounge bar, club sandwich, jambon Bellota, de 35 à 50 euros. Le Carpaccio: table italienne sans menu, carte de 70 à 90 euros. Tél.: 01 42 99 88 00
  • Le Shangri-La Le Bauhinia: franco-asiatique, carte de 40 à 90 euros. Le Shang Palace: le chinois, cuisine de Canton, menu à 80 euros. L’Abeille: haute gastronomie française, le soir seulement, cher, de 120 à 200 euros. Tél.: 01 53 67 19 98.
  • Le Mandarin Oriental Le Camélia: brasserie de luxe, menu à 45 euros. Tél.: 01 70 98 78 88.
  • Le Ritz Bar Vendôme: carte de 60 à 90 euros. L’Espadon: haute cuisine de luxe, menu à 80 euros, carte de 160 à 200 euros. Tél.: 01 43 16 30 30.
  • Le Four Seasons George V Le Cinq: haute gastronomie, menu à 80 euros au déjeuner, carte de 190 à 220 euros. Dans la galerie, préparations élégantes de 35 à 60 euros. Tél.: 01 49 52 71 54.
  • Hôtel Plaza Athénée Restaurant Alain Ducasse: grande cuisine de luxe, de 160 à 250 euros. Le Relais Plaza: menu à 47 euros au déjeuner et au dîner, carte à 120 euros. Tél: 01 53 67 55 00.
  • Hôtel Crillon Les Ambassadeurs: noble cuisine moderne, menu à 68 euros au déjeuner, carte de 140 à 160 euros. L’Obe: brasserie de luxe, menu à 35 euros, carte à 60 euros. Tél: 01 44 71 15 15.
  • Le Fouquet’s Barrière Le Diane: restaurant chic au 1er étage, menu à 60 euros au déjeuner, carte à 120 euros. Tél: 01 40 69 60 60.
  • Le Meurice Le grand restaurant de Yannick Alleno: menu à 78 euros, carte de 180 à 200 euros. Le Dali: brasserie de luxe, carte de 65 à 90 euros. Tél.: 01 44 58 10 55.
Nicolas de Rabaudy
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