Les fruits amers du prochain quinquennat
Le gouvernement issu des urnes, de gauche comme de droite, n'aura d'autre choix que de réduire ses dépenses de façon cette fois forte, durable, sérieuse, bref très douloureuse. Rupture –pour le coup le mot va bien– avec trente-cinq ans de facilité. Nouvelle ère.
- Terracotta Warriors (Contemporary) - Yue Minjun / Paul Stevenson via FlickrCC License by -
Quand les marchés financiers attaqueront-ils le programme de François Hollande? Le lendemain de l'élection? Ou avant, dès la fin de mars, si les sondages lui donnent une telle avance que le jeu apparaît fait? Et quels effets auront sur le scrutin des taux d'intérêt qui grimpent, comme ceux de l'Italie à l'automne, au-dessus de 6,5%? Les chances de Nicolas Sarkozy remonteraient-elles alors?
La Cour des comptes a plus de crédit en France que Standard & Poor's, mais elle donne aussi des armes aux marchés: la France manque de crédibilité budgétaire.
Avec des dépenses publiques record dans l'OCDE (56% du PIB fin 2011) et des prélèvements obligatoires aussi élevés (44,5% du PIB), elle est dans l'impasse. Si l'Italie et l'Espagne parviennent, comme elles sont en train de le faire, à se mettre à l'abri des marchés, la France est, après la Grèce et le Portugal, leur prochaine cible.
Le gouvernement issu des urnes, de gauche comme de droite, n'aura d'autre choix que de réduire ses dépenses de façon cette fois forte, durable, sérieuse, bref très douloureuse. Rupture –pour le coup le mot va bien– avec trente-cinq ans de facilité. Nouvelle ère.
Penser le quinquennat comme un tout
Les candidats ne vont pas l'avouer. On n'est pas élu en France sur un programme churchillien. Ils vont vouloir jouer fin entre l'électeur à qui l'on en dit le moins possible (comme le fait le candidat socialiste) et les marchés qui vont exiger des plans d'«ajustement» dans les moindres détails.
Cela promet une campagne intéressante sur la forme, le jeu du chat et de la souris, et sur le fond: peu à peu, on s'oriente vers les vrais sujets et, peu à peu, il apparaît que les hausses d'impôts ne sont pas la bonne solution. Ensuite, s'ouvrira un quinquennat lui aussi très intéressant avec deux équations pour l'heure irrésolues, politique et économique.
L'équation politique porte sur la vitesse et le séquencement de l'austérité. Pour la première fois depuis longtemps, il faut imposer une politique de long terme, il faut penser le quinquennat dans son entier.
Faut-il, voie 1, répartir la médecine et attendre l'assimilation progressive par les Français? Ou bien, voie 2, frapper très fort au début afin de pouvoir cueillir les fruits électoraux des efforts à la fin du quinquennat?
Cette deuxième voie paraît la meilleure pour un peuple français impatient. François Hollande l'a choisie en parlant d'un mandat en deux temps: d'abord redresser les comptes, puis redistribuer. Ce qu'il ne veut pas voir encore (les marchés vont lui apprendre) est l'irrémédiable réduction des dépenses.
L'équation économique est facile à poser: plus la rigueur publique sera forte, plus le besoin se fera sentir d'un relais par la croissance privée. Comment vite accélérer cette croissance? Voilà la question centrale des cinq ans qui viennent.
Le danger de la double purge
Dans ce contexte, la voie 2, la purge, est plus difficile étant donné que la France est actuellement en récession. La rigueur dure ajouterait la dépression à la récession. Cette voie «à la Cameron» se dégagera si la conjoncture mondiale s'éclaircit à partir de l'été: coup de chance, cela semble se dessiner. Le contexte européen pourrait aussi aider si les partenaires de l'Allemagne arrivent enfin à la convaincre qu'un «paquet croissance» doit accompagner le «paquet budgétaire» décidé par les Dix-Sept.
Mais l'essentiel viendra de la France elle-même. La croissance était, hier, tirée par l'endettement public. Le nouveau modèle de croissance française impose d'aller vers plus de rigueur publique et plus de compétitivité privée.
Mais, entre les deux, le réglage macroéconomique sera difficile. On ne peut pas, en même temps, réduire fortement les dépenses d'Etat et basculer immédiatement dans une politique de l'offre aux dépens de la demande. Double purge trop dangereuse, on l'observe en Grèce.
Ainsi, la TVA sociale est une bonne politique mais à l'introduire trop vite, on abaisse les revenus (par l'inflation induite contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy) et l'on coupe (trop vite) le moteur de la consommation.
Pour parler clair, il ne faut pas espérer remonter le taux de croissance du pays si vite que ça. La macroéconomie ne sera pas proactive. Il faut donc chercher ailleurs des accélérateurs.
Où? Dans l'exportation: que l'Allemagne ouvre ses marchés! Dans la concurrence: Mario Monti libère les marchés corsetés, dont les symboliques taxis! Dans la confiance surtout: le quinquennat s'annonce amer, rien ne sera possible si les Français ne croient pas être conduits sur la bonne voie.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 12/02/2012 à 7h06


































La TVA sociale ! rien que le terme est cynique. car une fois de plus, ce sont les plus dociles à défaut des plus fragiles qui vont trinquer en premier. Mais bon pourquoi se gêner vu que cela fait plus de 30 ans qu'on tond allègrement les petits moutons du pays de Panurge.
Je suis d'accord avec E.LB, il faut purger la bête, mais attention aux passe-droits et aux rentes de situation dont nous sommes si friands dans notre beau pays, le peuple de France est vigilant et dispose désormais d'une arme pour tancer vertement le mammouth: marine LEPEN . Attention qu'il n'en fasse pas un usage immodéré.
1.Il faut mettre à niveau, du point du confort, compatible avec les normes écologiques, l'ensemble du parc immobilier français qui est dans un état pitoyable. La pollution visuelle des barres HLM est aussi à prendre en exemple. Une barre récemment transformées par un architecte talentueux démontre que nous pouvons allier beauté et efficacité. Bien sûr cela à un prix.
2. Il faut délocaliser le travail de bureau à domicile, toujours pour se mettre aux normes écologiques incontournables et éviter les transports inutiles. Il est idiot d'avoir deux heures de trajet par jour, pour certain, pour s'assoir, seul, 8 heures devant un ordinateur. C'est un concept dépassé. Pour atteindre ce but il faut câbler la France en fibre optique de haut débit, et pas seulement quelques grandes villes, mais surtout la campagne profonde. Bien sûr que cela doit s'accompagner d'une décentralisation radicale de notre pays encore aux mains des jacobins ultra-conservateurs.
3. Il faut revoir les transports en commun et faire passer l'ensemble du parc des bus diesel à l'électrique. Une ville comme Denver y est arrivé. Pourquoi serai-ce infaisable en France.
4. Il faut reconquérir nos campagnes désertifiées par la remise en proximité de structures logistiques, sociales et économiques démantelé durant ces dernières décennies de culte au reagano-tatchérisme: Poste - Hopitaux - Chemin de fer -Tribunaux - écoles - Collèges etc....
Pour financer ces quelques pistes de relance économique, il faut que l'Etat soit, dans la logique keynésienne du new deal, le donneur d'ordre. Comment y arriver avec un pays endetté. Avec les 11.000 milliards d'Euros de dépôts sur les comptes en banques des français, sans parler des biens mobiliers et immobiliers.
Comment les capter? Par une imposition plus lourde sur les grosses successions patrimoniales, le seul impôt juste capable de rétablir la devise gravée au fronton de nos mairies: Liberté - Egalité - Fraternité. Pour avoir la liberté d'entreprendre, un citoyen français ne doit pas être entravé, ni mis en concurrence avec des potentats établis sur la base de l'héritage.
C'est ici que le mot égalité doit prendre toute sa signification. Seul l'esprit de fraternité permet d'atteindre ce but. Pour la mettre en oeuvre, il faut suivre les scientifiques et les sociologues qui nous apprennent que la mise en place de dirigeants formés à l'intelligence émotionelle est la solution pour faire évoluer notre société du moi, moi, moi, vers une société du soi, un soi conscient qui seule permet l'émergence de l'intelligence collective nécessaire pour retrouver la fraternité déchiqueté par le nombrilisme.
Ce discours peut sembler utopique. Mais les utopiste d'aujourd'hui sont les réalistes de demain.
Des neuro-scientifiques comme Antonio Damasio, qui sont allés loin dans l'exploration de notre système neural, affirme haut et fort que nous sommes condamnés à l'empathie, sous peine de disparaître de la planète. Or ce que nous apprend Damasio, et là c'est plutôt une bonne nouvelle, c'est que notre système neural est originellement dédié à l'empathie et que l'égocentrisme qui règne en maître sur la planète est une perversion maladive qui s'explique, entre autre par la trop longue culture de la séparation du corps et de l'esprit chère à notre grand philosophe Descartes, qui s'est pourtant fourvoyé et il est grand temps de le reconnaître.
Dans une société évoluant de la sorte, la dette devient remboursable, car la croissance reprend, tout en prenant en compte les impératifs écologiques. Le marché, lui deviendra une sorte de dinosaure qui s'effondrera sur ces bases spéculatives, pour mieux se reconstruire sur des bases saines.
On est loin des valeurs famille patrie immigration et moeurs chères à Sarkozy, d'ailleurs, entièrement pompées sur le programme des ultra-conservateurs américains, comme l'écrit très justement, ce matin Paul Krugman dans l'IHT, en expliquant que cette découverte fortuite de "valeur" n'est qu'une diversion. Ces crapules osent affirmer: "It's not about money, but about morality", et expliquant que la crise vient de la libéralisation extrême des moeurs imputable aux progressistes. Pour rester riche et aristocrate, on ne recule devant rien.
C'est possible.
Car aucun gouvernement francais depuis 30 n'a eu le courage de voter un budget en equilibre. A qui la faute? Les Francais. Comme en Grece c'etait la faute des Grecs, en GB les Britanniques etc. La democratie ne favorise pas la sagesse budgetaire.
Cette fois-ci nous, les Europeens, n'avons aucune excuse. Pour une fois les agences de notation et les marches ont fait correctement leur boulot. Nous sommes avertis et au courant.
L'election tombe bien. Comme Cameron, le nouveau President (je refuse a croire qu'il s'agira d'une Presidente) aura le temps d'imposer une certaine rigueur. Meme Hollande.
Tenez donc bon Mesdames et Messieurs les Francais. Grace au calendrier electoral vous allez peut-etre, peut-etre, connaitre votre "finest hour" a vous!
Alors quand allez vous parler?
"Avec des dépenses publiques record dans l'OCDE (56% du PIB fin 2011) et des prélèvements obligatoires aussi élevés (44,5% du PIB), elle est dans l'impasse."
Et les états unis, 380 milliards de déficit pour seulement 50 milliards de PIB, ils sont dans quoi ?
"Le gouvernement issu des urnes, de gauche comme de droite, n'aura d'autre choix que de réduire ses dépenses de façon cette fois forte, durable, sérieuse, bref très douloureuse."
Mensonge. Nombreux sont les économistes, très sérieux eux, qui vous le prouvent.
" Rupture –pour le coup le mot va bien– avec trente-cinq ans de facilité."
Parlez pour vous, personnellement j'ai pas le même ressenti. Non, nous ne nous sommes pas tous engraissés. Sortez un peu, allez voir les vrais gens, la populasse, et parlez leur des 35 ans de facilité, si vous osez.
"il apparaît que les hausses d'impôts ne sont pas la bonne solution."
Il apparaît surtout que sans les baisses d'impôts successives nous n'en serions pas là, nous serions même excédentaires, figurez vous !
Je m'arrête là pour les citations. Puisque vous croyez créer de la croissance par la rigueur, et puisqu'on part du principe que vous êtes sincère, c'est qu'il va vous falloir prendre des cours d'économie. Il y a sur internet des conférences très instructives, à commencer par M. Pierre Larrouturou : http://www.les-crises.fr/eviter-le-krach-ultime/
S'il vous plaît, promettez moi que vous prendrez le temps de la visionner. Vous y apprendrez des tas de choses.
Cordialement,
Al1
Moi aussi l'expression "35 ans de facilité" me fait bondir.
Saigner les pauvres et les jeunes à mort pour engraisser toujours plus les riches pendant 35 ans je n'appelle pas cela céder à la facilité, non.
J'appelle cela un crime barbare.