Monde

La playlist politicienne d'Obama

Temps de lecture : 2 min

Le président américain a publié jeudi une playlist de campagne sur Spotify, qui contient un quart de chansons country et aucun morceau hip-hop.

Barack Obama, son épouse Michelle, leurs filles Malia et Sasha et Bruce Springsteen lors d'un meeting, le 2 novembre 2008. REUTERS/Jason Reed.
Barack Obama, son épouse Michelle, leurs filles Malia et Sasha et Bruce Springsteen lors d'un meeting, le 2 novembre 2008. REUTERS/Jason Reed.

Pour le plus grand bonheur des bavards, le président Obama a publié jeudi une playlist de campagne sur Spotify. Les 28 chansons choisies par lui (ou, soyons plus réalistes, par un membre de son équipe) couvrent une vaste étendue du paysage de la musique pop, mais un genre semble ostensiblement surreprésenté et un autre notablement absent.

Les seuls musiciens qui apparaissent plus d’une fois dans la compilation virtuelle d’Obama sont le duo country Sugarland et l’ancien leader de Hootie & the Blowfish Darius Rucker, qui, après son groupe, s’est risqué brièvement au R&B avant de se consacrer à la country. Leurs morceaux font partie des sept de la playlist appartenant à ce genre, les autres étant de Dierks Bentley, Montgomery Gentry et du Zac Brown Band.

Rucker et Bentley faisaient partie des musiciens invités à la Maison Blanche en novembre pour un concert country, durant lequel Obama a déclaré qu’il avait «appris à comprendre combien la musique country était importante pour tellement d’Américains». Mais, pour autant que nous puissions en juger, cette admiration n’est pas particulièrement enracinée en lui et ne semble pas avoir une existence réelle au-delà de la saison électorale: des six artistes listés dans la section «Musique préférée» de la page Facebook d’Obama, aucun ne fait de la country.

Electeurs de la classe ouvrière blanche

David A. Graham, du magazine The Atlantic, a analysé crûment le choix d’Obama de consacrer un quart de sa playlist de campagne à de la musique country:

«Le président sait qu’il a besoin d’affermir sa position chez les électeurs de la classe ouvrière blanche.»

Cela pourrait expliquer pourquoi Obama a totalement omis le hip-hop de sa playlist de campagne. Alors qu’un de ses groupes favoris (encore une fois, selon Facebook) est les Fugees et qu’il a dit dans le passé qu’il appréciait la musique de Jay-Z, Nas et Lil Wayne, il pense apparemment qu’aucune œuvre de ces artistes ne convient à la campagne électorale. Peut-être écoute-t-il leurs chansons en utilisant le mode «lecture privée» de Spotify…

Il semblerait que l’effet des insinuations nées l’été dernier d’un gros titre de la Fox —«Le barbecue hip-hop d’Obama n’a pas créé d’emplois» [titre qui concernait la fête d'anniversaire du président, qui a eu lieu quelques heures après la perte du triple A américain, NDT]— ne se soient pas totalement dissipées.

Il est tout aussi probable que ces «électeurs de la classe ouvrière blanche» qu’Obama essaie de courtiser ne recoupent pas vraiment la population qui se précipite pour télécharger le dernier Kanye West. Mais le fait qu’Obama considère que le coup politique le plus sûr est de prétendre qu’un genre musical né en Amérique, influent et varié n’existe tout simplement pas constitue tout de même un triste constat sur les barrières culturelles et raciales du pays.

L.V. Anderson

Traduit par Jean-Marie Pottier

Slate.com

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