Economie

Faites des bébés, sauvez vos retraites

Stéphanie Villers, mis à jour le 12.02.2012 à 7 h 06

A l’heure où tout s’annonce bien maussade pour l’économie française, tentons de prendre un peu de hauteur et parlons des jours meilleurs qui devraient advenir grâce aux effets positifs de notre taux de fécondité record sur la croissance.

Un bébé dans une maternité moscovite. REUTERS/Denis Sinyakov

Un bébé dans une maternité moscovite. REUTERS/Denis Sinyakov

Avec un taux de 2,01 enfants par femme depuis 2010, la France est pratiquement assurée du renouvellement de la population, mais aussi des effets dynamisants sur la croissance et rééquilibrants sur notre système de retraite par répartition.

Et l’Insee d’analyser, «dans la tendance des années précédentes, la fécondité se maintient à un haut niveau en France. Alors même que le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans a baissé, il est né en 2010 20 000 bébés de plus qu’il y a dix ans. En 2010, la progression de la fécondité est imputable en totalité aux femmes de plus de 30 ans, et surtout à celles de 35 ans ou plus».

Entre 1973 et 1994, la France avait pourtant traversé, comme tous les pays européens un repli inquiétant de la natalité. Le taux de fécondité était passé largement en-dessous du seuil de renouvellement des générations qui est de 2,1 enfants par femme. Il faut environ 900.000 naissances chaque année. Jusqu’en 1994, le taux de fécondité a enregistré un taux moyen de 1,8 enfant par femme. Il ne naissait que 770.000 enfants tous les ans. On déplorait un manque de 130.000 naissances par an pour assurer le renouvellement des générations.

La retraite chahutée

Pourquoi s’intéresse-t-on tant à la natalité en France? Notre système de retraite par répartition impose un niveau stable et relativement élevé de la natalité. Les naissances font les actifs de demain pour financer nos retraités.  C’est parce qu’il y a un choc démographique que notre système de retraite a été largement chahuté, à tel point qu’il a fallu à maintes reprises réformer ce système pour permettre de le financer.

Le compte à rebours a commencé entraînant son lot de mesures impopulaires et de rancœur sociale. L’âge légal de la retraite a été repoussé à 62 ans pour tous ceux nés après le 1er janvier 1956.  Les personnes nées avant cette date bénéficient, eux, des mesures antérieures. De plus, le nombre d’années de cotisations a augmenté. Depuis la réforme Fillon de 2003, la durée d'assurance, qui représente le nombre d'années de travail nécessaire pour bénéficier d'une retraite sans pénalité, est passé en 2012 à 41 ans (164 trimestres). Il est envisagé, en outre, un relèvement progressif dans les prochaines années.

La génération du baby-boom, moins féconde que les précédentes générations, doit partir à la retraite entre 2010 et 2030. C’est cette génération qui fait peser la pression sur notre système de répartition pour le financement de leur retraite. Par ailleurs, l’allongement de la durée des études et l’accroissement de l’espérance de vie a réduit sensiblement la période d’activité. Ce phénomène a pour effet de détériorer le ratio «nombre de cotisants sur nombre de retraités» qui s’élève à 1,42 en 2010 contre 3,3 en 1975.  Selon l’Insee, il y a 17,8 millions de cotisants aujourd’hui pour 12,6 millions de retraités. En 1975,  il y en avait 13 millions pour 4,1 millions de personnes à la retraite.

Une éclaircie en 2040

En revanche, dès 2040, et si notre taux de fécondité continue d’osciller autour 2,1 enfants par femme, il y a de fortes chances pour que la pression sur le financement de notre système de retraite soit allégée. Si la natalité ne fait pas tout pour la bonne tenue du fonctionnement d’entraides intergénérationnelles, elle y participe grandement.

Les turbulences actuelles que nous subissons sur notre dette publique, ne sont que la résultante de politiques économiques passées qui manquaient de vision long terme et qui n’ont pas entrepris les réformes nécessaires pour faire face notamment à un ralentissement de notre natalité. Fort heureusement, la politique ne fait pas tout. Les Français croient en leur avenir puisqu’ils font des enfants. Ils s’assurent en partie, inconsciemment ou consciemment, de la pérennité de leur système par répartition.

Pour l’instant, nous sommes entrés dans une ère d’austérité avec un seul mot convenable, la rigueur. Pour faire passer la pilule de cet indispensable assainissement des comptes publics, il conviendrait de faire prendre conscience aux Français des bienfaits futurs qu’ils préparent aujourd’hui en assurant le renouvellement des générations.

C’est loin d’être le cas d’autres pays européens, par exemple de l’Allemagne, qui affiche aujourd’hui une santé économique enviable mais qui, avec un taux de fécondité de 1,4 enfant par femme, se prépare un avenir bien plus bancal que le nôtre. L’âge légal de départ à la retraite à 67 ans outre-Rhin se justifie par le manque béant de naissances allemandes. Souhaitons que la génération Y en France continue sur la même lancée de ses aînés et, qu’avec ou sans crise de la zone euro, ils se créent un environnement économique porteur pour leur avenir et celui de leurs futurs enfants. 

Stéphanie Villers

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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