L'identité nationale en chantier
C’est quoi être Français?, la question ne se pose pas seulement pour un jeune Français né de parents étrangers.
- Un concert du 14 juillet Benoît Tessier Reuters -
De l’affaire de la Marseillaise sifflée aux polémiques à rebondissement au sujet du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, on sent bien que la France est tourmentée par la question de l’identité.
«C’est quoi être Français aujourd’hui ?», la question ne se pose pas seulement pour un jeune Français né de parents étrangers qui cherche des racines entre son histoire familiale et le pays qu’il habite. Elle concerne tout autant un Corse attaché à la culture insulaire ou un Creusois qui ne reconnaît plus son village, qui a autant changé en cinquante ans que pendant les deux derniers siècles. Elle s’adresse avec autant d’acuité à un Martiniquais ou à un Béké… Au cœur de la crise économique, les tensions, et pas seulement sociales, sont de plus en plus sensibles dans notre pays. Nous avons pourtant besoin comme jamais d’une France rassemblée.
Le décalage grandit entre un discours politique irrigué par l’imaginaire d’une Nation unie derrière des valeurs républicaines parfaitement acceptées et la réalité d’une France diverse, où se côtoient des hommes et des femmes d’origines, de cultures, de modes de vie ou de niveaux de revenus si différents qu’ils ont tendance à vivre chacun de leur côté, le plus souvent dans l’indifférence, parfois dans la confrontation.
Pour illustrer ce décalage, prenons l’exemple des «communautés». Ce terme ne fait pas partie du lexique républicain traditionnel qui refuse les corps intermédiaires entre le citoyen et l’Etat. Par conséquent, l’élu national peine à accepter ce que constate chaque jour l’élu local dans l’exercice de son mandat de maire: il existe bel et bien dans notre pays des communautés dans lesquelles beaucoup de nos concitoyens aiment à se retrouver sur la base d’intérêts communs, d’une culture ou d’une religion partagée.
N’importe quel candidat à une élection municipale dans une grande ville le sait très bien. Il n’oublie pas lors de sa campagne de participer à tel dîner avec la communauté berbère, à tel concert de la fanfare créole, à telle fête paroissiale…. Certains diront que cela a toujours existé. Disons que jusqu’à récemment, dans une société française plus homogène, il y avait moins de cloisons entre les différentes «communautés», d’ailleurs moins nombreuses. Qu’on le veuille ou non, au niveau local, les «communautés» jouent désormais un rôle important dans la vie sociale de notre pays. En écrivant cette réalité, je ne plaide surtout pas pour une organisation de la cité et une représentation politique des citoyens par l’intermédiaire de ces «communautés». Ce serait au contraire une erreur. Je veux simplement dire qu’il faut cesser de parler comme si tout cela n’existait pas.
Car le décalage entre le discours et la réalité devient de plus en plus gênant : il paralyse la réflexion. Il rend extrêmement difficile le travail pour redéfinir un projet commun, une dynamique collective, conciliant l’héritage à assumer, la situation donnée et les objectifs partagés.
Comment résorber ce gouffre ? Il faut reconnaître que l’identité nationale n’est pas une donnée mais qu’elle se construit, certes à partir d’une Histoire mais également avec un effort politique continu. Particulièrement de la part de l’Etat qui, historiquement, en France, a toujours été le principal producteur d’identité nationale.
Certains pays ont fait de l’identité un chantier national, à des moments de crise où ils sentaient leur cohésion nationale se disloquer. C’est le cas du Canada par exemple, qui a mis en place « le forum des citoyens sur l’avenir du Canada » entre 1990 et 1991. Je ne donne pas la situation canadienne en exemple parfait, loin de là… mais j’invite chacun à s’intéresser à une initiative prise outre-atlantique, qui pourrait nous inspirer.
Au Canada, les querelles constitutionnelles de 1990 ont entraîné la prise de conscience d’un sérieux problème identitaire. D’une part, la question du Québec, du fédéralisme et du bilinguisme troublait en permanence l’opinion. D’autre part, les Natives s’estimaient lésés dans leurs droits fondamentaux. Enfin, face à un flux d’immigration important, le paysage culturel était en pleine recomposition. Devant le désarroi identitaire, « le forum des citoyens sur l’avenir du Canada », avait pour mission d’écouter tous ceux qui souhaitaient exprimer leur vision de Canada pour aujourd’hui et pour demain.
Un grand dispositif de concertation a alors vu le jour sur une durée de huit mois. L’idée était non seulement de faire émerger un projet mais surtout de promouvoir le dialogue et de parler sans détour des vrais problèmes qui traversaient la société canadienne. Tout y est passé : la question des langues officielles, la relation entre Québec et le reste du Canada, les aspirations des Natives, la diversité culturelle et ethnique…. La question de départ était directe et claire : « Les Canadiens veulent-ils toujours vivre ensemble ? Et si oui, comment ? »
Comment canaliser le flot d’échanges, de paroles, de rencontres, d’expériences ? Au début des années 90, sans Internet, une telle consultation était forcément moins facile à monter qu’aujourd’hui. Mais tous les outils alors disponibles ont été mobilisés. Une large campagne de publicité a permis de mobiliser l’opinion. Une ligne téléphonique dédiée a été ouverte pour « prendre la température » et recueillir les avis des volontaires. Les témoignages individuels étaient également récoltés par courrier. Au cœur du dispositif, des groupes de discussion ont été lancés dans tout le pays, et même auprès des Canadiens de l’étranger, grâce à des téléconférences. Le principe n’était pas que les citoyens se déplacent mais que le « Forum » aille jusqu’à eux. Animés par des « modérateurs » formés, les groupes de discussion pouvaient réunir les membres d’un même univers ou d’horizons divers : dans des écoles ou des entreprises, dans des associations ou des mairies… Ils pouvaient entretenir la confrontation ou conduire à des consensus. Ils pouvaient récolter des plaintes ou des aspirations. Tout était possible !
Au début sceptiques, les médias ont ensuite joué le jeu et relayé largement la concertation, en mobilisant leurs lecteurs… Au total, plus de 400 000 personnes ont participé à cette démarche. Un énorme travail d’analyse a ensuite été mené et un rapport final a été remis au Gouvernement canadien.
A quoi bon ?, me direz-vous. Des paroles échangées et perdues ? Non. Plusieurs propositions émises dans le rapport ont nourri la réflexion des responsables politiques et ont été reprises dans les programmes, notamment la nécessité d’affirmer le caractère spécifique du Québec ou de modifier certaines pratiques gouvernementales ou législatives, en impliquant davantage les citoyens… Mais surtout, le dialogue ouvert très largement dans toute la société canadienne a permis de faire tomber des murs entre des citoyens qui ne se parlaient plus. Il a conduit à ouvrir les yeux sur certains non-dits qui minaient la société canadienne.
Au-delà des retombées concrètes, la simple existence d’une telle démarche est bien l’affirmation d’une volonté collective de continuer l’histoire ensemble. Parler d’avenir entre Français, au-delà de nos cercles d’affinités respectifs, n’est-ce pas déjà renforcer notre Nation ? Alors pourquoi pas un « Forum des citoyens sur l’avenir de la France ? »
Jean-François Copé
Photo: Un concert du 14 juillet Benoît Tessier Reuters
Mis à jour le 09/05/2009 à 14h15








































Parler de problème identitaire est intéressant à plus d'un terme. Ça l'est pour justifier la création d'un odieux ministère de l'immigration et de l'identité nationale (le problème étant plus la juxtaposition des deux termes qu'autre chose). Ça l'est aussi pour mettre en exergue un problème d'intégration d'une frange de la population.
Et là, deux point de vu surgissent : soit l'on considère que le problème de l'identité nationale est un problème d'intégration (des personnes dans l'environnement) soit le problème est un problème d'adaptation (de l'environnement aux personnes).
La France républicaine a pour devoir absolu d'offrir à l'ensemble de ses concitoyens les conditions sociales, environnementales, éducatives visant à la réussite de leur intégration au sein de la société. Il s'agît là d'un problème d'adaptation, l'intégration en étant la conclusion logique. Sans m'étendre sur le manque de moyens donné à l'adaptation, ces problématiques communautaires sont les conséquences d'une politique d'aménagement du territoire désastreuse datant des années 60 principalement.
Enfin, et c'est ici l'illustration de la confrontation des deux opinions inconciliables cités ci-dessus, l'identité nationale peut être définie de deux manières. Elle est soit un héritage national, sorte de monument préservé des vraies valeurs des vrais français (j'avoue une part de partialité dans cette définition) que chacun doit intégrer pour être considéré comme français, soit la somme des valeurs de l'ensemble des français. Dans ce dernier cas de figure, réhabiliter l'identité nationale, c'est redonner envie aux français de vivre tous ensemble, et pour cela (la boucle est bouclée) la France doit se donner les moyens d'atteindre cet objectif via une politique d'adaptation forte.
Quels en seraient les moyens ? Il s'agît de détruire les ghettos urbains ou péri-urbain, de développer une politique culturelle locale forte permettant aux citoyens de se rencontrer et d'échanger, de favoriser les mixités sociales et communautaire au sein des écoles, des collèges, des lycées, d'offrir à chaque citoyen une chance égale d'accès au logement, à l'emploi, d'une manière plus large de repenser l'ensemble de nos politiques d'aménagement du territoire, de poursuivre la décentralisation politique afin de permettre à chaque citoyen d'avoir une véritable influence sur son quotidien.
Alors oui, M. Copé, pourquoi pas un "forum des citoyens sur l'avenir de la France" ? Mais avant toute chose, il faut changer la manière de penser l'identité nationale (en commençant par supprimer le ministère concerné), c'est, à mon sens, la condition préalable à la réussite d'une telle entreprise.
C’est quoi être Français? C'est prêter le Charles-de-Gaulle pour célébrer la bataille de Trafalgar en Angleterre (2005).
Le sens du mot "français" se perd sous des termes tels que culpabilité, mépris de soi, autocritique ... avec un vernis de gloire passée qui permet de se raccrocher aux branches en temps de coups durs.
L'identité nationale, qui n'est pas autre chose que le patriotisme (sens large), est déconstruite depuis plus de 30 ans. Ce sont les représentant de l'État qui sont sensée l'entretenir, le développer, voir l'attiser quand c'est utile (les États-Unis sont un bon exemple de gestion du patriotisme) .
C’est quoi être Français? A vous de nous le dire, à vous de l'inventer et aux médias le soins de transmettre.
Bon courage !
Monsieur Copé vous touchez du doigt le coeur du drame français. Comme vous le faites sentir avec l'exemple canadien l'évolution du monde va vers une appropriation collective du fait communautaire, du vivre et devenir ensemble. La question de l'identité communautaire à tous les niveaux y compris national se pose là, uniquement là. Or la France par son modèle dominant est prise à contrepied tant pour la conception du collectif que pour l'empowerment, ou appropriation collective de leur devenir par les communautés. Vient le temps de la révélation et de la résolution. Merci d'y contribuer.
La serrure : la fermeture de la nation par l'Etat
Comme vous le dites, en France l'Etat était au-dessus de la nation. Cela veut dire que la France n'était pas une démocratie mais une dictature administrative, un Etat hegelien. Il faut absolument lire cette conception de l'Etat de Hegel pour comprendre le mal français. En particulier le lien social y est conçu, vous le rappelez mais combien en sont conscients, comme le lien de chaque citoyen avec l'Etat et non comme relation inter-humaine. De là ce que vous dites des communautés, de l'interdit jeté sur le phénomène communautaire. Il s'agit d'une anthropologie philosophique et de son imposition à une communauté nationale et à toutes celles qui la constituaient. Un anti-humanisme radical, une défiance vis-à-vis de l'homme et de la dimension communautaire inhérente aux hommes réels, la réduction de l'homme idéal à une abstraction mentale rationnelle, et la réduction de l'homme réel à une dimension "sauvage", émotionnelle, irrationnelle, pulsionnelle . C'est pour cela que cet Etat est un Etat colonial par essence et la nation en est l'indigénat. Dès lors le politique conçu maintenant comme gouvernance communautaire est un ennemi. Les "chefferies indigènes" c'est-à-dire les politiques, sont traitées comme corrompues, mal nécessaire. Regardez comment sont traités les politiques dans notre pays. De l'histoire ancienne? Regardez aussi ce qui se trame en Guadeloupe et ailleurs.
C'est là que la restauration du parlement et du président, les hypers, comme vous les nommez, avec, pour le parlement et donc le politique, la possibilité de contrôler l'élaboration et l'application des lois, est une révolution, une restauration pour certains. En effet ceux qui sont nostalgiques d'un gouvernement et de ministres entièrement sous la coupe de leurs administrations centrales sont les étatistes, fervents des doctrines qu'ils nous assènent, à la base des totalitarismes du 20ème siècle notamment. Si on veut comprendre pour une grande part le "cap" sarkozien et les combats engagés par les corporatismes étatistes, les piliers de l'Etat qui se sont autonomisés de la nation et revendiquent leur indépendance en refusant toute évaluation, nous y sommes. Il manque encore à l'analyse tout un côté philosophique à la base du projet religieux d'un Etat fondé sur la Raison, divinisée, sacralisation de ce qui fait le pouvoir des corporations en question et surtout leurs élites.
Il reste que les hommes vivent en communautés et, à ce moment de l'histoire humaine, les communautés sont le lieu où s'accomplissent explicitement les enjeux et les affaires humaines réappropriées à toutes les échelles. Le canada est un de ces lieux d'appropriations communautaires comme le Chicago des Obama. Que des administrations les y aident est naturel mais les interdisent est criminel. Votre définition des communautés est un peu trop orientée vers "l'intérêt", la religion ou la culture, illustrée comme folklore. Et les communes, les communautés de communes, toutes les communautés territoriales qu'il faudrait traiter comme telles (regardez à nouveau ce qui se trame en Guadeloupe et ailleurs) et bien d'autres encore (regardez ce qui se trame sur internet avec l'émergence d'un phénomène communautaire qui sera bientôt plus majeur).
La clé : l'identité communautaire nationale.
Une grande difficulté à penser ce concept et ses implications dans un pays où l'interdit a été jeté sur ce type de problématique jusqu'au coeur des sciences humaines. L'identité nationale et sa construction, une entreprise qui met à mal la dominance étatique. La France est un pays où la notion de culture, comme participant de l'identité communautaire (tant nationale que régionale ou à toutes les échelles) a été évacuée au profit d'une notion de Culture universelle C'est cela l'exception culturelle française d'être universelle c'est-à-dire comprise comme référent unique. C'est pour cela, notamment, que le traitement d'affaires culturelles comme avec la loi Hadopi est dans une impasse conceptuelle totale.
C'est sur ce désert intellectuel qu'il faut construire une notion d'identité nationale qui soit communautaire c'est-à-dire d'une communauté de devenir, une communauté majeure qui s'assume. Une telle communauté est une communauté d'altérités, pas de clones; une communauté diverse comme le sont tous les hommes mais aussi toutes leurs communautés d'existence, d'affinités, de projets, d'enjeux, d'activités. Il y a un problème d'ensembles communautaires qui ne répond pas aux lois du découpage administratif ni aux cartographies des représentations mentales classiques. François Miterrand réclamait déjà une théorie des ensembles culturels. C'est la même chose. La question est la même par exemple à l'échelle régionale, nationale, européenne etc. avec les mêmes problèmes d'identité. Problème des espaces du politique à renouveler complètement en France et au-delà.
L'identité communautaire, nationale par exemple, repose sur trois dimensions. Une dimension rétrospective patrimoniale qui trouve dans l'histoire racontée un "d'où venons nous?" où l'unité est dans le nous (à construire); une dimension introspective, conscience d'être tels, d'un "nous sommes tels", avec un caractère, des sensibilités, des usages qui nous rassemblent; une dimension prospective qui nous projette dans le monde et dans le futur; qui voulons nous devenir? la clé de l'ambition commune, de la dynamique de développement, de la participation au monde et à des communautés plus large comme l'Europe. Comment participer à une identité européenne si on n'est pas au clair avec la sienne? la diversité est une question symptomatique inhérente au phénomène communautaire, dans toutes ses dimensions on le voit, et qui trouve avec l'uniforme étatique une opposition radicale.
Voilà le plan de travail pour établir un référentiel de valeurs identitaires et ainsi donner les repères d'un Sens du bien commun, base d'un conSensus. Les différences politiques comme culturelles s'y expriment sans mettre à mal pour autant l'unité nationale mais au contraire en la construisant en actes d'appropriation collective et de développement commun.
Mais tout cela repose pour chaque communauté sur un noeud d'humanité, une cohérence culturelle, une sorte d'inconscient collectif qu'il est bon d'élucider. Chacune porte ainsi son meilleur et le pire, ses qualités et ses défauts, terribles comme le sont les fondements humains. Un vaste champ à explorer : la cohérence culturelle de la France.
Tiens, pour une fois, un article qui regarde les choses en face. J'ai suffisamment critiqué JFC pour me sentir à l'aire en le disant.
On aurait pu en rajouter: Oui aux statistiques (arrêtons de nous voiler la face).
Le pire, ce serait d'ignorer les choses et de laisser la situation pourrie. Donc, comme le dit Got plus haut, "Porquoi pas"?
Maintenant, on connait le danger de ce genre de choses en France: Que du bla bla, pas de résultat...
Mais j'aime bien l'idée de cette campagne relayée par les media.