France

Pourquoi autant de records de consommation électrique battus

Catherine Bernard, mis à jour le 09.02.2012 à 16 h 51

Ce n'est pas vraiment la faute de votre ordinateur ou de votre téléphone.

A Belgrade en 2009. Marko Djurica / Reuters

A Belgrade en 2009. Marko Djurica / Reuters

101.700 MégaWatts (MW), voici donc le nouveau record de consommation électrique de l'hexagone, décroché mercredi 8 février à 19h. C'est 1.200 MW de plus que le précédent record, frais de tout juste 24 heures, et surtout 4.990 MW de plus que le 15 décembre 2010, celui «d'avant».

Car c'est presque devenu une habitude: à chaque vague de froid, la consommation électrique française s'emballe. Mais au fait, pourquoi le froid provoque-t-il presque automatiquement des pics de consommation? Et pourquoi ces pics progressent-ils d'année en année? 

«Thermosensible»: c'est un fait établi, la consommation française d'électricité est sensible à la température extérieure. Surtout lorsqu'elle baisse. Que celle-ci chute d'un degré celsius, et la consommation augmentera de 2.300 MW. Soit l'équivalent, explique RTE, le réseau de transport d'électricité, de deux fois la consommation d'une ville comme Marseille!

Le phénomène n'étonne plus les Français. Il est pourtant atypique: à lui seul, l'Hexagone explique plus de 50% de la thermosensibilité de la plaque continentale européenne. En Grande-Bretagne, un degré de moins fait «seulement» grimper de 600 MW la consommation, et de 500 en Allemagne.   

Car plus de 32,5% des foyers sont chez nous chauffés à l'électricité. La consommation d'électricité par habitant atteint du reste 7.491 kilowattheure par an en France, contre 6.429 en Allemagne, 4.885 en Italie, ou 5.277 au Royaume-Uni. La France est cependant est haut la main dépassée par les Suédois et surtout les Norvégiens (22.466 kilowattheures par habitant et par an pour ces derniers!), qui bénéficient d'une très importante production d'hydroélectricité et se chauffent majoritairement à l'électricité.

In fine, le chauffage électrique contribue donc pour environ 10% à la consommation électrique française, en moyenne. Mais cette proportion grimperait à environ un tiers pour les pointes de consommation hivernales selon les calculs réalisés par l'association Negawatt.  

Faut-il déplorer cet état de fait ?

Nos voisins, après tout, se chauffent aussi beaucoup par grand froid. Leurs systèmes de chauffage sont-ils meilleurs que les nôtres? Pas forcément, puisqu'ils utilisent souvent du gaz, ou du fioul, même si les énergies renouvelables (bois, géothermie, réseaux de chaleur valorisant les déchets) gagnent du terrain. Autrement dit, leur chauffage émet pas mal de gaz à effet de serre. Mais, paradoxalement, pas toujours forcément plus que notre chauffage électrique.

Car si les centrales nucléaires fournissent la grande majorité des kilowattheures dont l'hexagone a besoin, elles fonctionnent largement «en base»: autrement dit, elles tournent en permanence et sont incapables de s'adapter aux variations de la demande heure après heure.

A 19h mercredi 8 février, elles contribuaient ainsi pour 63% à  la consommation, le reste étant absorbé par l'hydroélectricité, d'un usage très flexible (14%), l'éolien  (2%), les centrales à charbon (5%), les centrales à gaz (4%), les moyens dits «de pointe» (fioul) (5%), et à 7,7% par les importations. Car la France, qui, sur l'année, exporte de l'électricité, est régulièrement, dans ces périodes de pointe, contraint d'en importer.

Ce courant étranger vient alors essentiellement d'énergie fossile souvent allemande, voire un peu d'éolien. A 19h, ce mix énergétique émettait 12.639 tonnes d'équivalent CO2 par heure. Sachant que  le contenu en CO2 des importations n'est pas pris en compte dans les statistiques de RTE, et que les électricités nucléaires, hydrauliques et éoliennes sont très peu émettrices, cela met le contenu CO2 des 15 ou 20% kilowattheures de pointe à plusieurs centaines de grammes par kwh!       

Selon les estimations de l'Ademe (l'agence de l'environnement et la maîtrise de l'énergie) —réalisées avec EDF— le chauffage électrique émet en moyenne  180g d'équivalent CO2 au kwh, contre un peu plus de 200 pour le chauffage au gaz . Mais en période de pointe, ces émissions peuvent atteindre jusqu'à 500 voire 600 g par kwh, ce que confirment donc à première vue les chiffres du 8 février dernier. Le chauffage électrique devient alors plus émetteur que les chaudières à gaz.

Des réseaux à la peine

Aussi verte soit-elle, l'électricité utilisée comme chauffage présente un inconvénient supplémentaire: elle contraint les réseaux de transport et de distribution de l'électricité à une périlleuse gymnastique. Car  l'électricité ne se stocke pas et il est donc impossible de faire des réserves de kilowattheure que l'on pourrait injecter sur les lignes électriques au moment propice. Non. Les centrales doivent adapter en permanence leur production à la consommation réelle et le réseau veiller à amener le courant au bon endroit, autrement dit là où il est effectivement appelé à l'instant T où le consommateur appuie sur son interrupteur. 

Sinon, le black out —autrement dit la coupure de courant à grande échelle— menace.  C'est pourquoi RTE, le réseau de transport de l'électricité, filiale d'EDF, exhorte régulièrement les consommateurs à limiter leur consommation en période de grand froid, notamment dans les péninsules électriques, comme la Bretagne ou la région PACA où la production locale est peu importante.

Pourquoi les pointes sont elles de plus en plus importantes ?

Si le chauffage électrique est important, il n'explique pas pourquoi la consommation bat de nouveaux records à (presque) chaque nouvelle vague de froid. Car, malgré tout, les logements sont de mieux en mieux isolés et les chauffages de plus en plus performants. Et pourtant, la «thermosensibilité» du système électrique français a presque doublé ces dix dernières années. 

L'augmentation de la population, mais surtout l'augmentation de la taille des logements par habitant – qui s'explique notamment par la progression du nombre de foyers comprenant de moins en moins de personnes— constituent une première explication. Mais ce n'est pas la plus importante. La principale raison vient de la progression du chauffage électrique: car s'il équipe 32,5% des résidences principales, il est choisi par environ 60% des nouvelles constructions résidentielles.

En effet, explique l'Ademe, dans un contexte où le prix du foncier est cher, le chauffage électrique permet de limiter les investissements à la construction. Il coûte beaucoup moins cher d'acheter quelques convecteurs que d'investir dans une chaudière (ou un puits géothermiques) et tout un système de tuyaux et de radiateurs. Du coup, la consommation d'énergie électrique dans le logement a quasiment triplé entre 1983 et 2009 comme l'indique «les chiffres clés 2010 pour le bâtiment» publié par l'Ademe.

Les gadgets sont aussi en cause

On s'en souvient, les écologistes s'étaient indignés à l'hiver 2009 lorsqu'EDF avait expliqué les pointes de consommation par l'utilisation croissante d'appareils électroniques et électroménagers. Car pourquoi ces usages dits «spécifiques» d'électricité flamberaient-ils par grand froid? Et de fait, c'est bien le chauffage électrique qui met les réseaux actuellement en tension.

Techniquement, EDF n'a cependant pas tout à fait tort: car si les besoins en chauffage varient un peu au court de la journée, les usages «spécifiques» eux, —éclairage, électroménagers, télévision, informatique, etc.— connaissent bien un boum aux heures de pointes, le matin et vers 19h.

Même si leur consommation reste fort modeste au regard des convecteurs électriques par jour de grand froid, elle peut à la marge mettre le réseau en difficulté ou provoquer la mise en service de nouvelles centrales. Or ces usages spécifiques constituent une part croissante de la consommation électrique des ménages français: environ 17,5% de la consommation énergétique dans le secteur résidentiel, affirme l'Ademe. Par m2, elle a doublé  entre 1973 et 2008.

Catherine Bernard

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Journaliste
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