Pourquoi autant de records de consommation électrique battus
Ce n'est pas vraiment la faute de votre ordinateur ou de votre téléphone.
- A Belgrade en 2009. Marko Djurica / Reuters -
101.700 MégaWatts (MW), voici donc le nouveau record de consommation électrique de l'hexagone, décroché mercredi 8 février à 19h. C'est 1.200 MW de plus que le précédent record, frais de tout juste 24 heures, et surtout 4.990 MW de plus que le 15 décembre 2010, celui «d'avant».
Car c'est presque devenu une habitude: à chaque vague de froid, la consommation électrique française s'emballe. Mais au fait, pourquoi le froid provoque-t-il presque automatiquement des pics de consommation? Et pourquoi ces pics progressent-ils d'année en année?
«Thermosensible»: c'est un fait établi, la consommation française d'électricité est sensible à la température extérieure. Surtout lorsqu'elle baisse. Que celle-ci chute d'un degré celsius, et la consommation augmentera de 2.300 MW. Soit l'équivalent, explique RTE, le réseau de transport d'électricité, de deux fois la consommation d'une ville comme Marseille!
Le phénomène n'étonne plus les Français. Il est pourtant atypique: à lui seul, l'Hexagone explique plus de 50% de la thermosensibilité de la plaque continentale européenne. En Grande-Bretagne, un degré de moins fait «seulement» grimper de 600 MW la consommation, et de 500 en Allemagne.
Car plus de 32,5% des foyers sont chez nous chauffés à l'électricité. La consommation d'électricité par habitant atteint du reste 7.491 kilowattheure par an en France, contre 6.429 en Allemagne, 4.885 en Italie, ou 5.277 au Royaume-Uni. La France est cependant est haut la main dépassée par les Suédois et surtout les Norvégiens (22.466 kilowattheures par habitant et par an pour ces derniers!), qui bénéficient d'une très importante production d'hydroélectricité et se chauffent majoritairement à l'électricité.
In fine, le chauffage électrique contribue donc pour environ 10% à la consommation électrique française, en moyenne. Mais cette proportion grimperait à environ un tiers pour les pointes de consommation hivernales selon les calculs réalisés par l'association Negawatt.
Faut-il déplorer cet état de fait ?
Nos voisins, après tout, se chauffent aussi beaucoup par grand froid. Leurs systèmes de chauffage sont-ils meilleurs que les nôtres? Pas forcément, puisqu'ils utilisent souvent du gaz, ou du fioul, même si les énergies renouvelables (bois, géothermie, réseaux de chaleur valorisant les déchets) gagnent du terrain. Autrement dit, leur chauffage émet pas mal de gaz à effet de serre. Mais, paradoxalement, pas toujours forcément plus que notre chauffage électrique.
Car si les centrales nucléaires fournissent la grande majorité des kilowattheures dont l'hexagone a besoin, elles fonctionnent largement «en base»: autrement dit, elles tournent en permanence et sont incapables de s'adapter aux variations de la demande heure après heure.
A 19h mercredi 8 février, elles contribuaient ainsi pour 63% à la consommation, le reste étant absorbé par l'hydroélectricité, d'un usage très flexible (14%), l'éolien (2%), les centrales à charbon (5%), les centrales à gaz (4%), les moyens dits «de pointe» (fioul) (5%), et à 7,7% par les importations. Car la France, qui, sur l'année, exporte de l'électricité, est régulièrement, dans ces périodes de pointe, contraint d'en importer.
Ce courant étranger vient alors essentiellement d'énergie fossile souvent allemande, voire un peu d'éolien. A 19h, ce mix énergétique émettait 12.639 tonnes d'équivalent CO2 par heure. Sachant que le contenu en CO2 des importations n'est pas pris en compte dans les statistiques de RTE, et que les électricités nucléaires, hydrauliques et éoliennes sont très peu émettrices, cela met le contenu CO2 des 15 ou 20% kilowattheures de pointe à plusieurs centaines de grammes par kwh!
Selon les estimations de l'Ademe (l'agence de l'environnement et la maîtrise de l'énergie) —réalisées avec EDF— le chauffage électrique émet en moyenne 180g d'équivalent CO2 au kwh, contre un peu plus de 200 pour le chauffage au gaz . Mais en période de pointe, ces émissions peuvent atteindre jusqu'à 500 voire 600 g par kwh, ce que confirment donc à première vue les chiffres du 8 février dernier. Le chauffage électrique devient alors plus émetteur que les chaudières à gaz.
Des réseaux à la peine
Aussi verte soit-elle, l'électricité utilisée comme chauffage présente un inconvénient supplémentaire: elle contraint les réseaux de transport et de distribution de l'électricité à une périlleuse gymnastique. Car l'électricité ne se stocke pas et il est donc impossible de faire des réserves de kilowattheure que l'on pourrait injecter sur les lignes électriques au moment propice. Non. Les centrales doivent adapter en permanence leur production à la consommation réelle et le réseau veiller à amener le courant au bon endroit, autrement dit là où il est effectivement appelé à l'instant T où le consommateur appuie sur son interrupteur.
Sinon, le black out —autrement dit la coupure de courant à grande échelle— menace. C'est pourquoi RTE, le réseau de transport de l'électricité, filiale d'EDF, exhorte régulièrement les consommateurs à limiter leur consommation en période de grand froid, notamment dans les péninsules électriques, comme la Bretagne ou la région PACA où la production locale est peu importante.
Pourquoi les pointes sont elles de plus en plus importantes ?
Si le chauffage électrique est important, il n'explique pas pourquoi la consommation bat de nouveaux records à (presque) chaque nouvelle vague de froid. Car, malgré tout, les logements sont de mieux en mieux isolés et les chauffages de plus en plus performants. Et pourtant, la «thermosensibilité» du système électrique français a presque doublé ces dix dernières années.
L'augmentation de la population, mais surtout l'augmentation de la taille des logements par habitant – qui s'explique notamment par la progression du nombre de foyers comprenant de moins en moins de personnes— constituent une première explication. Mais ce n'est pas la plus importante. La principale raison vient de la progression du chauffage électrique: car s'il équipe 32,5% des résidences principales, il est choisi par environ 60% des nouvelles constructions résidentielles.
En effet, explique l'Ademe, dans un contexte où le prix du foncier est cher, le chauffage électrique permet de limiter les investissements à la construction. Il coûte beaucoup moins cher d'acheter quelques convecteurs que d'investir dans une chaudière (ou un puits géothermiques) et tout un système de tuyaux et de radiateurs. Du coup, la consommation d'énergie électrique dans le logement a quasiment triplé entre 1983 et 2009 comme l'indique «les chiffres clés 2010 pour le bâtiment» publié par l'Ademe.
Les gadgets sont aussi en cause
On s'en souvient, les écologistes s'étaient indignés à l'hiver 2009 lorsqu'EDF avait expliqué les pointes de consommation par l'utilisation croissante d'appareils électroniques et électroménagers. Car pourquoi ces usages dits «spécifiques» d'électricité flamberaient-ils par grand froid? Et de fait, c'est bien le chauffage électrique qui met les réseaux actuellement en tension.
Techniquement, EDF n'a cependant pas tout à fait tort: car si les besoins en chauffage varient un peu au court de la journée, les usages «spécifiques» eux, —éclairage, électroménagers, télévision, informatique, etc.— connaissent bien un boum aux heures de pointes, le matin et vers 19h.
Même si leur consommation reste fort modeste au regard des convecteurs électriques par jour de grand froid, elle peut à la marge mettre le réseau en difficulté ou provoquer la mise en service de nouvelles centrales. Or ces usages spécifiques constituent une part croissante de la consommation électrique des ménages français: environ 17,5% de la consommation énergétique dans le secteur résidentiel, affirme l'Ademe. Par m2, elle a doublé entre 1973 et 2008.
Catherine Bernard
Mis à jour le 09/02/2012 à 16h51
















































Il est remarquable de noter qu'entre le 7 et le 8 février, presque constant durant les premières heures du jour, se réduit fortement vers 7h00 pour remonter à partir de 8h00 jusqu'à 14h30 pour redescendre (et vers 22h00 on a consommé (un peu) plus le 7 février que le 8)
Il me semble que plus le froid dure, plus les bâtiments se refroidissent, plus il faut de l'énergie pour réchauffer (quand on chauffe on chauffe aussi un peu les bâtiments). Si le froid persiste il ne serait pas étonnant que ce record soit encore battu.
Tous les chiffres sont disponibles chez RTE : http://clients.rte-france.com/lang/fr/visiteurs/vie/vie_histo_courbes.jsp
Quelques remarques également. Le chauffage électrique est une aberration d'une point de vue rendement énergétique. Pour mémoire une centrale nucléaire c'est 1/3 d'énergie électrique et 2/3 d'énergie thermique partie en fumée (en vapeur d'eau pour être précis), électricité qui transportée va occasionner de pertes en ligne (pas énorme mais quand même) et pour un résultat au final chez le particulier pas terrible. Et comme de toute façon on met les centrales nucléaires à la campagne toute cette chaleur ne peut pas être utilisée (cogénération, réseau de chaleur, etc.). De plus il est rare que les installations neuves de chauffage électrique soient performantes, c'est généralement des radiateurs bas de gamme (pour les prix bas) et quitte à continuer sur le prix, quand il faut tirer les prix de construction vers le bas c'est aussi l'isolation qui en pâtit. Bref on regarde le coût immédiat mais pas le coût d'usage et il peut y avoir des surprises au global.
Il y a un énorme gisement d'économie dans l'amélioration de l'habitat, encore faudrait-il une obligation de travaux (et tant qu'à faire une obligation de résultat sur les travaux, faire c'est bien, bien faire c'est mieux).
Il y a sans doute aussi des progrès à faire dans l'aménagement du territoire et sur la manière de mutualiser les flux d'énergie. L'exemple qui me vient à l'esprit est un datacenter en Suisse où la chaleur produite par les serveurs sert pour chauffer une piscine.
Il y a une loi indépassable en électricité : P=UI. La puissance d'un radiateur est donc fonction de la quantité d'électricité qu'il consomme et aucune part de cette puissance ne part dans une cheminée, que le radiateur soit bas de gamme ou soi disant haut de gamme. Le rendement est donc de 1 dans tous les cas, ce qu'on lui fournit en énergie électrique, il le restitue intégralement en chaleur dans le local à chauffer.
Bien sûr, les vendeurs de radiateurs sans scrupules vont tenter de faire croire le contraire.
Sur ce la chaleur produite par un radiateur peut être mal répartie, irrégulière ou elle peut utiliser un moyen de propagation peu efficace. Le chauffage radiant à régulateur électronique, qui chauffe régulièrement, n'envoie pas trop d'air chaud au plafond et permet une sensation de chaleur équivalente dans un air ambiant plus bas, me semble le système de chauffage électrique "par radiateur", le plus performant même en soi disant bas de gamme.
Mais l'idéal pour le chauffage électrique, c'est la pompe à chaleur qui elle va chercher à l'extérieur des calories à ajouter à la puissance électrique absorbée. Encore faut-il que par grand froid elle trouve ses calories dans quelque chose qui ne se refroidit pas trop. Et une pompe à chaleur pourrait ne pas être électrique mais diesel ou à gaz ... encore faudrait-il en trouver sur le marché !
Sur ce, moi j'ai un compteur Tempo et pendant que vous participez aux records de consommation, je me chauffe au bois.
http://bleuciel.edf.com/abonnement-et-contrat/les-prix/les-prix-de-l-electricite/option-tempo/la-couleur-du-jour-2585.html&coe_i_id=2585
Quand il s'agit d'efficacité énergétique et de confort, il me semble que, surtout à l'heure actuelle, le sujet doit être pris très au sérieux: nous devons baisser notre consommation d'énergie, à la fois pour des raisons environnementales, économiques, et géopolitiques. Je pense que le gouvernement devrait être vraiment ambitieux sur le sujet (à vos urnes en avril...), à la fois sur le remplacement/modernisation de certains équipements, mais également en incitant massivement à moins consommer d'énergie, car on l'oublie trop souvent mais l'énergie la moins chère et la plus propre reste celle qu'on ne consomme pas. Et c'est souvent bien plus facile qu'on le croit d'économiser l'énergie.
PS: concernant les normes dans le logement neuf par exemple, il y a déjà des tonnes d'obligations, et certaines sont bien stupides et coûteuses (comme la fameuse loi de 2005 sur les accès PMR... trouvez vous normal qu'on soit obligé de concevoir TOUS les logements neufs avec des dispositions pour les personnes à mobilité réduite? Cela coûte bien plus cher que de prévoir un chauffage et une isolation efficaces, croyez-moi. Et ça n'a aucun sens, toute la population française ne va pas devenir PMR!)
Si les gens gaspillent l'énergie alors augmentons les prix comme on l'a fait sur l'essence. Finalement ça n'a pas trop mal marché: les voitures qu'on nous vend sont de plus en plus efficaces et la consommation est devenue un critère important de choix d'une voiture. Il me semble que le prix de l'électricité devrait inclure son coût écologique. Si ce n'est pas le consommateur d'électricité qui paie pour le CO2 émis, quelqu'un d'autre paiera et pareil pour le nucléaire.
Donc pour moi, contrainte de l'offre, avec une vraie agence nationale qui teste et autorise les mises sur le marché des produits, et surtout, de la sensibilisation sur le sujet, car finalement on en parle trop peu. Et évidemment un rétablissement des subventions pour les énergies renouvelables, car, vrai scandale, elles ont été drastiquement réduites voire supprimées sous l'ère Sarkozy.
Et sans vouloir faire du prosélytisme, je trouve les ambitions de Jean-Luc Mélenchon vraiment bonnes, avec une proposition qui pourrait avoir du sens: offrir les premiers mètres cubes d'eau et les premiers Kw/h, en fonction de la taille du foyer, qui couvriraient des besoins minimaux, et faire payer au-delà d'un pallier, d'une façon exponentielle (reste à voir le financement des premières consommations offertes, mais entre les consommations au-delà du pallier bien plus chères que les actuelles, ainsi que des nouvelles taxes sur les entreprises et industries les plus polluantes, ça doit pouvoir se faire).
Pour résumer, je pense que c'est l'Etat qui doit s'emparer du sujet, et pas quelques multinationales privées (d'ailleurs les grosses entreprises énergétiques françaises auraient dû rester publiques...)
Le chauffage électrique est bien plus efficace et propre, mais reste à savoir ce qui produit l'électricité. Si la plinthe électrique est assez inadaptée pour chauffer de grands espaces, on a inventé, comme vous le dites, les convecteurs à inertie, le chauffage à air chaud, etc. Pour moi, cuisiner ou chauffer de l'air ou de l'eau au gaz ou au fioul est un anachronisme, en 2012. C'était moderne, entre 1900 et 1970, mais depuis, heureusement que l'électricité a pris le dessus. Le chauffage au bois aussi est une aberration. Brûler en quelques heures ce que la nature a mis plusieurs dizaines d'années à fabriquer, en relâchent quantité de CO2 et une quantité effroyable de smog. Ce n'est pas pour rien que malgré son niveau de pollution, Montréal a décidé d'interdire tout chauffage au bois sur son territoire.
Si les maisons françaises consomment beaucoup, c'est probablement qu'elles sont mal isolées. Chez nous, l'énergie n'est vraiment pas chère, pourtant ça coûte cher également parce qu'il est toujours plus économique de laisser allumé un radiateur que de faire de grands travaux d'isolation, surtout dans les vieux immeubles. On dit que l'essence coûte cher, mais il n'y a pas sur le marché beaucoup de véhicules capables de faire mieux que 6,5L/100, à part de petits diesels, plus polluants de toute manière. Je suis pour l'imposition de lois pour la mise à niveau de l'isolation, car l'énergie la plus propre est celle qu'on n'est pas obligé d'utiliser.