Facebook: comment un truc gratuit peut-il valoir 100 milliards de dollars?
Ou comment on achète des actions cher parce qu’on pense qu'on va trouver quelqu’un qui sera prêt à les acheter encore plus cher, qui lui-même...
- Mark Zuckerberg et le comédien Andy Samberg en septembre 2011. REUTERS/Andy Galbraith. -
Après des mois de rumeurs, ça y est, le 1er février, Facebook a déposé son dossier d’entrée en Bourse. Faut-il immédiatement aller acheter un matériel de survie en vue d’une future crise boursière qui nous laissera seulement nos ondes wifi pour pleurer?
D’abord, précisons que Facebook gagne effectivement des sous. Son chiffre d’affaire pour 2011 est environ de 3,7 milliards de dollars (pour un milliard de bénéfice net). Ce qui, en soi, est fort honnête.
Le tout vient essentiellement des encarts de pub sur le site, certes assez discrets (si Mark nous collait des pop-ups partout, il sait que les utilisateurs se barreraient immédiatement). Mais ils valent tout de même cher parce qu’ils sont personnalisés. Facebook propose effectivement aux annonceurs de cibler, par exemple, les femmes citadines françaises de trente ans. La petite taille de la pub est alors compensée par la pertinence de son ciblage.
En outre, Facebook se développe de plus en plus en signant des accords avec d’autres entreprises. En effet, Mark Zuckerberg a eu l’intelligence d’encourager les développeurs extérieurs, un peu comme Apple le fait avec l’iPhone. Ainsi, Zynga, la société qui a entre autres créé le jeu Farmville, reverse 30% du produit de ses transactions à Facebook.
Magie de la virtualité et de la spéculation
Mais il ne vous aura pas échappé que, d’un chiffre d’affaire de 3,7 milliards de dollars, on passe à une valorisation boursière à 100 milliards. Magie moderne de la spéculation.
C’est là que cette histoire d’introduction en Bourse est un exemple parfait de ce qu’on peut qualifier de «vaste-n’importe-quoi-spéculatif-le-monde-est-devenu-fou». La valorisation boursière de Facebook n’a rien à voir avec sa valeur réelle et ça n’a pas l’air de déranger grand monde. D’abord, les investisseurs parient sur le potentiel du site. Avec un fort effet psychologique du type: «Mark Zuckerberg est un génie, il va réussir à monétiser encore plus son entreprise, on sait pas trop comment mais on y croit très fort».
Ce qui vaut de l’or chez Facebook, c’est la combinaison de deux éléments: les données personnelles des utilisateurs, c’est-à-dire tous les renseignements que Facebook a sur nous, multipliées par le nombre de ses utilisateurs, soit environ 845 millions (chiffres de décembre 2011). C’est un trésor pour les publicitaires et les entreprises mais un trésor qui reste largement virtuel. A chaque fois que Mark a tenté de se servir plus précisément de ces données (notamment en modifiant les règles de confidentialité des données sur le site), les utilisateurs ont réagi violemment en menaçant de quitter le réseau et Zuckerberg a dû reculer.
«La route va se terminer»
Mais pour la Bourse, un trésor, même virtuel, reste un trésor sur lequel on peut spéculer. Et là, on rentre dans le deuxième effet psychologique. Si potentiellement l’entreprise peut valoir très cher, alors il faut absolument acheter dès son introduction en Bourse des actions. Une loi de l’offre et de la demande qui fait mécaniquement grimper la valeur de l’action. Et c’est comme ça qu’on atteint des sommets qui sont totalement déconnectés de la réalité.
L’année dernière, Duff MacDonald, journaliste à Fortune, avait calculé qu’avec la valorisation de Facebook à 100 milliards, il faudrait six ans pour rentabiliser un investissement dans le réseau (et encore, il était optimiste puisqu’il tablait sur un chiffre d’affaire qui doublerait chaque année). Ce qui l’amenait à la conclusion suivante:
«La seule raison de payer quelque chose approchant la valeur boursière de Facebook et de Twitter serait de supposer que quelqu’un d’encore plus fou que vous attend au bout du chemin pour vous acheter vos actions. Ah oui, la méthode de l’investisseur le plus fou. Elle est sûre, sauf si vous êtes le fou qui se retrouve avec le sac quand la route prend fin. Et la route va se terminer.»
C’est là que la magie opère. On n’achète pas des actions Facebook une blinde de thune parce qu’on se dit que l’entreprise va bientôt multiplier ses bénéfices par dix, mais parce qu’on pense qu’on va trouver quelqu’un qui sera prêt à les acheter encore plus cher, cette personne voulant les acheter parce qu’elle-même pense qu’elle pourra les revendre à une autre qui pensera qu’elle-même etc. Bref. Vous avez saisi le concept général.
Moment de retour à la réalité
C’est précisément ce qu’on appelle une bulle. Et c’est en gros ce qui s’est passé en 2000 avec la première bulle internet.
En général, dans ce mécanisme, il y a toujours un moment de retour à la réalité où les investisseurs finissent par regarder le vrai chiffre d’affaire de l’entreprise et se rendre compte que la valeur boursière est au-delà de la surcote. Du coup, ils paniquent et se mettent à vendre au rabais, d'où éclatement de la bulle, comme en mars 2000 (pour mémoire, en 1999, la valorisation boursière de eBay était 8.600 fois supérieure au montant de ses bénéfices de l’année précédente).
En définitive, ça ressemble un peu à ça:
Mais ne soyons pas pessimistes. En l’occurrence, même si Facebook créait une nouvelle bulle, elle n’affecterait pas l’ensemble des entreprises web comme en 2000, elle se limiterait sans doute aux réseaux sociaux. Et encore… pas tous, puisque, tapi dans l’ombre, Google+ attend son heure.
C’est l’un des nombreux dangers qui guettent Facebook. Pour continuer à augmenter les bénéfices de son entreprise, Mark Zuckerberg va devoir prendre des risques vis-à-vis de ses utilisateurs. S’il modifie trop le fonctionnement du site, il pourrait inquiéter et/ou dégoûter une partie des internautes et Google+ est là, prêt à accueillir les déçus de Facebook au premier faux pas de l’entreprise.
Titiou Lecoq
Mis à jour le 07/02/2012 à 15h05














































Une valorisation de 100 milliards USD, ca nous fait donc un PER de 100. A priori extrêmement élevé, en tout cas par rapport aux valorisations actuelles (regardez le DJ, S&P etc : PER de 8 à 20 ou 30 maximum…)… même si pas mal de boîtes internet au début des années 2000 avaient un PER de 80, 100 ou plus… Je me souviens d’un rapport de l’UBS préconisant que le PER ne voulait plus rien dire et que l’indicateur le plus pertinent était le rapport entre la valorisation et le chiffre d’affaires !
Bon, donc effectivement, la question est désormais : pour justifier une telle valorisation, facebook va-t-il fortement accroître ses profits ? Il y a fort à parier que non.
Le nombre d’utilisateurs ? Déjà probablement très largement surévalué aujourd’hui. J’ai moi-même 4 ou 5 profils, que je n’utilise jamais. Et il y a peu de nouveaux membres potentiels : facebook est archiconnu et facile d’accès, les seuls à ne pas être membres refusent de l’être par choix!
La génération de revenus via la consommation des services sur facebook ? mouais… Lesquels? Pour combien d'USD?
Tout dépend si les annonceurs sont prêts à continuer à payer pour un service qui probablement ne leur rapporte pas grand-chose, ou en tout cas de moins en moins. Ca marche encore… mais pour combien de temps?
Chaque investissement à risque est un pari sur l'avenir ! Si tous les investissements étaient sécurisés, tout le monde le ferait et on ne exigerait pas un tel niveau de rentabilité.
Je partage votre avis sur l'hypothétique rentabilité d'un investissement dans Facebook ... mais j'avais le même avis pour Apple et Google dans les années 90.
Aujourd'hui Facebook est estimé à 100 milliards et rapporte 1 milliard, donc ils ont une rentabilité annuelle estimée à 1% et donc inférieur à des placements type livret A, sans en avoir la garantie. Ils ont donc besoin d'améliorer rapidement ce ratio de rentabilité et d'envisager des relais de croissance qui soutiendront son cours.
Par contre avec près d'1 milliard de membres actifs, ils ne les valorisent actuellement qu'a environ 4$/an le membre, ce qui est faible si on compare à Google.
Le nerf de la guerre sera donc pour Facebook de développer leur CA en trouvant des services qu'ils pourront monétiser.
Vous auriez pu écrire la même chose pour Google, juste avant son IPO. Vous en rendez vous compte? Vous auriez évidemment eu totalement tord.
Cet article ne vaut rien, vous avez 50% de chances d'avoir raison en affirmant que la valo est trop importante, 50% de chances d'avoir tord. Certes, c'est comme cela que le prix de l'action se fixe, mais en général on laisse le soin aux teams d'equity research des différentes banques de faire les pronostics, et on n'en fait pas des articles de presse.
En tout état de cause, un point sur lequel vous avez tord: facebook n'est certainement pas une bulle. C'est un site qui occupe une part suffisament importante de nos vies pour qu'il vale 100mm. Comme Google.
Comme le signale fort bien Titiou Lecoq , Facebook n'est pas un produit facile à négocier.
Ici , je suis connecté grâce à mon compte Facebook , mais je dispose aussi d'un compte Google+ .Et j'ai remarqué que Google+ comptait de plus en plus de membres francophones ( alors qu'au début, mieux valait être bilingue ). Donc, Facebook n'est pas dans une situation de monopole en matière de réseau social, et son fondateur le sait .
Par contre, Mark Zuckerberg a vendu une partie de son réseau pour des sommes considérables, et les " copopriétaires " aimeraient bien faire une plus-value rapide et sans risque.
L'intérêt frétillant que portent Goldman Sachs et Morgan Stanley sur cette affaire m'oblige à la prendre au sérieux.
Mais il faudra plusieurs mois pour savoir combien " pèse " Facebook dans l'économie réelle , puisque entre le dépot de dossier à la SEC ( Security and Exchange Commission, le gendarme de la Bourse américaine)et la cotation, il faudra compter au moins entre 4 à 6 mois. Et d'ici là , Mr Zuckerberg va devoir faire les preuves de ses affirmations à propos de son réseau social.
Ceci nous amène à réaliser ce qui relève de l'économie réelle et de l'économie virtuelle.
Facebook n'est réel que grâce à ses 800 millions d'utilisateurs ( je demande à voir). Or , ces utilisateurs sont censés regarder les pubs de Facebook . Vous les avez déjà regardées, vous ? J'ai remarqué quelques trucs par ci , par là , mais bon, sans plus .
Mais le plus important n'est pas là . Qui fournit le contenu de Facebook ? Ce sont justement les 800 et quelques millions d'utilisateurs, avec leurs posts, leurs groupes, leurs pages, leurs photos, leurs infos........
Enlevez tout ce que mettent les utilisateurs . Que reste-t-il ?
Un grand espace avec des pubs. Voilà ce qu'est Facebook sans ses utilisateurs dont la fidélité n'est pas du tout garantie .
Si , de plus, nous regardons le climat de la finance internationale, nous constatons que ce climat n'est pas favorable à l'introduction en bourse , en raison des dettes colossales de l'Europe et des USA.
Donc, les banques qui vont investir dans ce guépier vont prendre des risques considérables.........
Par contre, Mark Zuckerberg , lui, n'investira rien du tout.
Il fera comme avec ses copains de Fac à qui il a piqué les idées et le concept de son réseau social.
Il laissera les banques transpirer pour lui, et il conservera suffisamment d'argent pour le reste de ses jours.
Et qui sait ...... Peut-être montera -t-il lui aussi une fondation à vocation humanitaire, comme Bill Gates.......
C'est vraiment incroyable de nos jours. Il suffit de connaitre un chiffre d'affaire, 2 ratios et hop, on sait si une entreprise est sur-évaluée. Je me demande bien pourquoi les banques emploient des analystes financiers, alors qu'il suffit enfait de lire la presse !
L'analyse de la valorisation de facebook dans cet article est simpliste, et surtout fausse ! C'est bien plus compliqué que cela. Pensez vous que tous les actionnaires et investisseurs qui placent leur argent et leur confiance dans cette société sont des gogos ? Pas du tout.
D'abord les données sur les membres sont valorisées et rapportent de l'argent, contrairement à ce que vous écrivez, car elles sont revendues à d'autres sociétés et sites internet. De plus, ces données permettent de vendre des espaces de publicité à des prix très élevés car les annonceurs peuvent toucher leur cœur de cible très précisement. Et surtout, l'aventure vient de commencer, nous verrons d'ici deux à cinq ans, cet article pourra faire sourire...
À trop vouloir simplifier on n'informe pas, et la bulle internet est bien pratique comme fourre tout pour celui qui n'y comprend rien!
Je trouve l'éxposé de Ganghofer trés clair et trés réaliste au contraire. La bourse est un principe (en gros) de pari. Et je pense qu'avec Facebook on est vraiment dans le pari. Je ne vois effectivement pas ce que peut vendre Facebook. Un réseau, des gens,des photos nulles trés souvent, des consommateurs (c'est oublié un peu vite que le pouvoir d'achat, en France en tout les cas, baisse et continuera à baisser)?
pour ce qui est de la pub on en est déja saturé (TV, affiches...) la croissance et la consommation a-t-elle suivie? Il ne me semble pas.Comme les ressources naturelles elle n'est pas infinie. Je pense aussi comme au début de la decennie que l'on va vers une bulle speculative. De plus au contraire de Microsoft, qui vend des biens de consommation et des programmes clés en main (peut être rapidement obsolétes diront certains)que vend concrétement Facebook? Même ciblée quand tu n'as pas d'argent une pub te laisse indifferent. Maintenant je suis prêt à moins sourire dans qqs années mais j'en doute fort.J'espere seulement qu'ils (les financiers) n'embarqueront pas trop de monde dans leurs âneries comme ils l'ont fait ces 2 dernieres années. Aneries que l'on paie tous au prix fort à commencer par les grecs et les espagnols.
Je rejoins tout ceux qui pensent qu'effectivement cette entrée en bourse avec cette èvaluation est une monumentale bouffonnerie. Zuckerberg sera l'unique gagnant en définitif.
Enfin je dis ça, au vu du titre de l'article on comprends vite que l'objectivité n'est absolument pas de mise.
La "journaliste indépendante" puisqu'elle se nomme ainsi, parle plus avec son coeur qu'avec la réalité des choses.
Beaucoup aimé l'aparté «Mark Zuckerberg est un génie, il va réussir à monétiser encore plus son entreprise, on sait pas trop comment mais on y croit très fort».
Nan mais sérieux, revoyez votre copie, y a rien de journalsitique là dedans
La question est bonne
la valeur boursière d'une telle entreprise n'est basée que sur le fait que si l'on voulait vendre des actions de cette société on trouverait des gens pour en acheter ...
des gens qui pensent qu'un jour ils pourront revendre ces actions plus chères et gagner de l'argent sans rien fournir ... (aucun travail)
c'est absurde
on y retrouve toute l'absurdité du système financier et capitaliste