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Le soft power à la française

Institut français de Londres / Metro Centric via Flickr CC License By

Institut français de Londres / Metro Centric via Flickr CC License By

Les cartes de la présence culturelle française dans le monde.

Le soft power, méthode douce des relations internationales, c'est la capacité d'un pays à élargir son pouvoir d'attraction, et à dominer les échanges mondiaux en employant des outils non-coercitifs, dont l'action culturelle fait partie. «L'action culturelle a une véritable fonction politique et il est crucial que notre pays maîtrise son image externe

Diplomate et géographe, Michel Foucher a bien voulu confier à Slate.fr ces cartes de l'action culturelle extérieure de la France, prise en charge depuis décembre 2011 par l'Institut français. Pour lui, il ne peut y avoir «d'influence projetée vers le dehors sans une disposition d'ouverture au-dedans». Ces cartes permettent donc de dresser un état des lieux de la présence culturelle française à l'étranger, comme de la présence étrangère en France (cliquez sur les cartes pour les voir en grand).

 

1-Les cartes de la diplomatie culturelle française

 

réseau pour l'action culturelle

Michel Foucher: «Le fond de carte est celui des alliances françaises, créées en 1883 et qui sont si nombreuses que leur représentation est peu lisible. Environ 968 alliances dans 136 pays (hors France) touchent près de 500.000 élèves selon les derniers chiffres de la Fondation Alliance Française. Un maillage serré, avec 80% des établissements hors des capitales. Un blanc majeur: l'Allemagne

Autre absence marquante, celle des Etats-Unis, qui s'explique par le fait que la plupart des nombreuses Alliances françaises qui s'y trouvent relèvent d'un statut particulier et ne sont pas rattachées au centre parisien.

Les Instituts français

Instituts français

Selon les informations fournies par l'Institut français, la diplomatie culturelle française disposerait de 800 millions d'euros de budget, dont 52,6 millions d'euros spécifiquement attribués à l'Institut français et 126 millions d'euros de co-financements extérieurs levés par le réseaux des 101 instituts, qui ont vocation à être rattachés au centre parisien mais pour la plupart ne le sont pas encore.

Les Instituts français de recherche à l'étranger

instituts français recherche à l'étranger

Michel Foucher: «Ceux qui, diplomates ou chercheurs, lisent la production de ces centres de haut niveau ou participent à leurs colloques savent qu'ils représentent un outil unique d'analyse et d'influence, même si cette double vocation se heurte encore à des réticences académiques. La carte révèle des blancs qu'il conviendrait de combler: Brésil, cône sud, Méditerranée américaine, Afrique centrale et de l'ouest, Algérie, péninsule arabique, Pologne, Indonésie. D'autres pays disposent de fondations d'études et de recherches telles la Japan Foundation ou les Stiftung des partis allemands (plus nombreux que l'Institut Goethe du fait de leur appartenance partisane) ainsi que des structures américaines, britanniques ou taïwanaises

Les saisons culturelles depuis 1985

saisons culturelles

Michel Foucher: «Les saisons culturelles, croisées ou non, existent depuis 1985. elles sont désormais largement imitées, notamment par une centaine d'années de la Chine de par le monde en 2010

 

    2 - La présence culturelle étrangère

Le British Council (Royaume-Uni)

british council

Michel Foucher: «Le British Council a une carte un peu en creux par rapport à la nôtre pour des raisons historiques, mais reste l'un des vecteurs d'influence majeurs du Royaume-Uni.»

Le Goethe Institut (Allemagne)

goethe institut

Michel Foucher: «Le Goethe Institut a accompagné la transition en Europe centrale et orientale mais aussi en Amérique latine, et se développe désormais en Afrique occidentale et orientale et en Asie du sud, du sud-est et de l'est.»

L'Institut Cervantès (Espagne)


Michel Foucher: «Les Instituts Cervantès ont eux aussi accompagné la transition en Europe et leur développement concerne les pays non hispanophones (Brésil, Méditerranée)

Il existe d'autres instituts, en particulier celui des Italiens, la Société Dante Alighieri. Le grand absent est évidemment les Etats-Unis, de loin la plus grande puissance mondiale en terme de soft power, dont ils ont aussi été les théoriciens, mais qui n'agissent pas par l'intermédiaire d'une agence gouvernementale dédiée.

Les circuits Confucius (Chine)

circuits confucius

Michel Foucher: «Nouvel acteur, les Instituts Han Ban ou Confucius sont aujourd'hui environ 350 dans une centaine de pays, avec plus de 300 classes du même nom et presque autant d'élèves apprenant le mandarin que dans les alliances, qui ont servi de modèle. Les pays cibles sont les Etats-Unis (70 instituts), le Canada, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Thaïlande, la Corée du Sud et le Japon. Mais l'objectif de 1.000 établissements et de 100 millions d'apprenants en 2020 ne sera pas atteint en raison de la réserve croissante des pays hôtes face à cette influence présentée comme irénique.»

On a par ailleurs récemment vu les plus hautes autorités chinoises s'inquiéter des effets du soft power occidental sur leur propre population, par la voix du président de la République Hu Jintao.

3 - Situation des secteurs du livre et du film

Le livre français s'exporte

livre français

32.000 cessions de droits (2003-2007)

cessions de droits

Michel Foucher: «La géographie des cessions de droits et des traductions effectives peine à sortir du double périmètre de la francophonie du nord et de la francophonie du sud. Le tiers des ouvrages est traduit en langues romanes, 6% seulement en anglais, en mandarin, en coréen et 5% en allemand. Les Etats-Unis n'assurent que 3% des cessions de droit. Il y a une réticence de l'anglosphère à importer la pensée française. Dans bien des pays, les idées françaises circulent par le filtre de Wikipedia en anglais. On note une absence de dispositif pour promouvoir, par un programme de traduction, un florilège de la pensée française telle qu'exprimée par les grandes revues généralistes (Esprit, Le Débat, Commentaire...).»

Le cinéma français hors de France

cinéma français hors de France

L'exploitation prend aussi en compte des productions françaises tournées entièrement par des acteurs et des techniciens étrangers en anglais. Il s'agit bien, en ce cas, d'exportations en termes économiques, mais qui n'apportent rien en termes de Soft Power, voire participent au contraire de l'influence d'autres modèles culturels.

Jean-Michel Frodon

(Remerciements à Laurence Auer, secrétaire générale de l'institut français, et à Paul de Sinety, directeur du département livre et promotion des savoirs de l'Institut français.)

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