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Comment Gerhard Schröder a restauré la compétitivité allemande

Gerhard Schröder en 2003. REUTERS.

Gerhard Schröder en 2003. REUTERS.

Le modèle allemand, c'est la libéralisation du marché du travail, la baisse des prestations sociales et la réforme des retraites.

La scène se passe à l’automne 1997. Les socialistes français avec Lionel Jospin ont gagné, voilà quelques mois, les élections législatives provoquées par la décision de Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée nationale. Gerhard Schröder, ministre-président de Basse-Saxe, pas encore candidat à la chancellerie mais qui compte bien l’emporter sur son rival Oskar Lafontaine, sort de chez Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’économie et des finances: «J’espère que la France décidera de passer à la semaine de 35 heures à salaire constant. Ce sera très bon pour l’industrie allemande», nous déclare dans une boutade mi-amusée, mi-cynique, ce social-démocrate qui regarde plus vers la troisième voie de Tony Blair que vers le colbertisme français.

Essor de l'industrie et de la pauvreté

Six ans plus tard, il entame son deuxième mandat à la chancellerie fédérale après avoir gagné les élections générales de 1998 et de 2002. Il présente au Bundestag, le 14 mars 2003, un programme de réformes connu sous le nom «d’agenda 2010» visant à restaurer la compétitivité de l’économie allemande grâce à une libéralisation du marché du travail, une baisse des prestations sociales et une réforme des retraites. Pas étonnant que ce «socialiste allemand», reconverti en commis voyageur de Gazprom et de Vladimir Poutine, soit maintenant cité en exemple par Nicolas Sarkozy.

L’agenda 2010 a provoqué une levée de boucliers dans la gauche social-démocrate et dans les syndicats allemands, qui ont obtenu quelques assouplissements, sans pour autant empêcher la mise en œuvre des principales mesures. Les économistes attribuent, en partie, à l’agenda 2010 le renouveau de l’industrie allemande et ses succès à l’exportation. Les conséquences sociales, en revanche, se lisent dans les statistiques de la pauvreté qui ont explosé en Allemagne au cours des dix dernières années.

L’agenda 2010 comprend essentiellement deux grandes catégories de mesures: les lois dites Hartz sur le marché du travail et une réforme des prestations sociales. Gerhard Schröder a confié la présidence de la commission chargée de préparer la remise en cause ou la modernisation, selon les points de vue, du «capitalisme rhénan» à son ami Peter Hartz, directeur des relations sociales de Volkswagen, qu’il a connu quand lui-même était ministre-président de Basse-Saxe (Ce Land qui abrite à Wolfsburg le siège social du constructeur automobile est un de ses actionnaires).

Peter Hartz donnera son nom à quatre lois. La première oblige les chômeurs à accepter un emploi, y compris si le salaire est inférieur à l’indemnité-chômage. La deuxième crée les «mini-jobs» à moins de 400 € mensuels, avec exonération des charges et facilite les «Ich-AG», c’est-à-dire la création d’entreprises individuelles par les chômeurs. La troisième limite à un an le versement des allocations chômage pour les travailleurs âgés et durcit les conditions d’attribution (un emploi d’un an au cours des deux dernières années). Elle prévoit également la fusion de l’agence pour l’emploi et du service des allocations-chômage dans le but de mieux accompagner les demandeurs d’emploi dans leur recherche d’une place. La quatrième, celle qui donnera lieu aux critiques les plus nombreuses, fusionne les allocations-chômage de longue durée avec l’aide sociale, pour un montant de 345 € par mois, au lieu de l’indemnité qui représentait 57% du dernier salaire. A cela s’ajoutent les aides au logement mais l’allocation peut être réduite si le conjoint travaille ou si le ménage dispose d’un patrimoine supérieur à 13 000 €. Un complément de moins de 3 € par jour est prévu par enfant à charge.

Les modernes contre les conservateurs

La loi «Hartz IV» a été contestée par le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe. L’obligation faite au gouvernement de réévaluer le complément enfant a donné lieu à un vif débat au sein de la démocratie-chrétienne entre les modernes, prêts à revaloriser les aides, et les conservateurs, partisans d’offrir des prestations en nature (sport, musique, etc...) afin, disaient ces derniers, que les familles pauvres ne soient pas tentées de gaspiller les allocations.

L’autre volet de l’agenda 2010 a trait à la réforme des retraites. Les cotisations ont été augmentées, ainsi que l’âge minimal pour la liquidation de la retraite des chômeurs. L’âge légal est passé de 63 à 65 ans et sera prolongé jusqu’à 67 en 2017. Les avantages fiscaux dont bénéficiaient les retraités ont été progressivement réduits. Déjà en 2000, le gouvernement composé de social-démocrates et de Verts avait institué une retraite complémentaire par capitalisation, dite «retraite Riester», du nom du ministre du travail de l’époque, un ancien dirigeant syndical.

Enfin, l’agenda 2010 prévoyait une augmentation des cotisations de l’assurance-maladie, une baisse des prestations et l’instauration pour les assurés sociaux d’une taxe fixe de 10 € par trimestre, qui devait être augmentée par la coalition entre Angela Merkel et les libéraux en 2009.

Au cours de la campagne électorale de 2005, les social-démocrates s’étaient opposés à une hausse de la TVA défendue par les chrétiens-démocrates. Après la formation de la grande coalition, sous la direction d’Angela Merkel, la TVA a été augmentée de 3 points (de 16% à 19%), deux tiers des recettes supplémentaires étant destinés à réduire le déficit public et un tiers à compenser une baisse des charges sociales, tant patronales que salariales.

Cette profonde refonte du système social allemand s’est accompagnée, du temps du chancelier Schröder, d’une baisse des impôts sur le revenu, par abaissement des taux. Elle a été remise en cause sous la grande coalition qui a donné la priorité à la réduction du déficit, comme l’actuel gouvernement Merkel, alors que les libéraux militaient pour de nouvelles réductions fiscales.

Daniel Vernet

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