Sociologie potagère
Le bobo voltairien cultivait son jardin pour construire le meilleur des mondes. Il suffit à son descendant de s'inscrire à une Amap. C'est moins fatigant. C'est le progrès.
- Légumes / thebittenworld.com via FlickrCC License by -
Les avis divergent sur la définition du «bobo». Et la chanson de Renaud censée le mettre en fiche ajouterait plutôt à la confusion: rouler en 4x4 et faire du vélo en même temps, c'est peut-être tendance mais ça n'est pas très pratique.
J'ai récemment pris conscience, pour autant, d'être moi-même assez avancé dans le processus de métamorphose d’un urbain standard en bobo de compétition. Voyons voir: j’habite à un jet de pierre de la rue Oberkampf, Champs-Elysées du boboland parisien; je n’ai plus de voiture; je travaille dans les médias; je circule à vélo; je milite pour la légalisation du cannabis; je fais de la course à pied; j’empêche mes enfants de s’abrutir devant la télé; j’ai voté pour Delanoë à la mairie de Paris (deux fois); j’écoute de la musique ethnique à l’occasion; je sépare mes déchets avec circonspection dans mes trois poubelles; je remplace progressivement mes ampoules à filament par des ampoules à basse consommation; je me suis acheté des sandales pour l’été (je n’ose pas les porter, mais tout de même) et j’aime le Centre-Bretagne...
Mais l’énumération de ces états de service suffirait-elle à l’établissement d’une carte de membre, si les bobos se piquaient de former un club? Pas si sûr. A Bordeaux, Juppé s’est également mis au vélo; faubourg Saint-Honoré, Sarkozy fait son jogging. Si ces deux-là sont des bobos, où va-t-on?
Non, le bobo, le vrai, le tatoué, ne saurait se définir de façon aussi générique. Les différentes pratiques évoquées plus haut sont peut-être la marque d’une tendance au boboïsme, mais elles manquent de ce caractère intimement impliquant qui fonde les engagements authentiques.
Le légume superbobo
D’où ma fierté de ne plus me nourrir que de produits écologiquement et socialement corrects. Attention, pas pour moi, ces machins hâtivement labélisés «bio» ou «équitables» au prétexte qu’ils n’ont pas été saturés de Round-Up et qu’aucun péon n’a été cruellement exploité au cours de leur élaboration! Les aliments dont je parle doivent, pour me permettre de prétendre au titre de superbobo, avoir été cultivés à moins de 150 kilomètres de mon domicile, être «de saison» et n’avoir subi aucun traitement artificiel. Ils doivent encore, même si ce n’est écrit nulle part, m’être livrés par une bénévole en bonnet péruvien dans un local associatif tapissé d’affiches progressistes.
Une fois par semaine, je me rends donc, avec mon petit chariot de grand-mère, dans ce bâtiment lépreux du 11e arrondissement où, en compagnie d’autres électeurs socialistes travaillant dans la communication, je remplis mes paniers de fruits et de légumes encore maculés de terre seine-et-marnaise. C’est qu’à défaut d’être membre du club des bobos, je suis officiellement inscrit à une Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) et je me suis engagé à acheter (à plusieurs) l’intégralité de la production d’un petit fermier du Provinois.
Ça revient plus cher que les boutiques bio les plus ridiculement dispendieuses, c’est certain, mais les avantages sont nombreux. D’abord, mes fruits et légumes sont incontestablement meilleurs que les vôtres. Ensuite, je n’ai plus aucun mal à m’empiffrer quotidiennement des cinq variétés potagères sans lesquelles l’homme moderne risque de se transformer en un Américain du Midwest.
Mais surtout, j’ai le sentiment, en sortant mon chéquier de la Kerviel Bank Ltd, de transformer une séance de shopping en acte militant. Enfin, disons que mes co-bobos ont ce sentiment, entassant pensivement leurs carottes sous un poster de RESF. En ce qui me concerne, j’ai surtout l’impression d’acheter des fruits et des légumes de bonne qualité, certes, mais un poil surévalués pour de la vente directe. Bah, j’imagine que j’y trouve moi aussi mon compte (philosophique), l’injonction voltairienne de cultiver son jardin étant avantageusement remplacée par cette corvée hebdomadaire.
Cela dit, s'ils se mettaient à prendre les commandes sur Internet et à livrer à domicile, je ne m'en plaindrais guère...
Hugues Serraf
Mis à jour le 21/02/2012 à 9h12

















































...qui dit oui!
C'est une bonne alternative au bâtiment lépreux du 11°!
http://www.laruchequiditoui.fr/
Depuis quand un panier d'AMAP est-il plus cher que l'équivalent dans n'importe quel magasin bio ? Etant, comme vous l'avez précisé, une production locale en vente directe, c'est impossible structurellement. Et tous les paniers d'Amap que j'ai pu acheter ou observer jusqu'à présent étaient bien moins cher que leur équivalent en magasin. Une Amap (ou n'importe quel système de paniers bio en vente directe) repose sur le principe du dialogue et de la négociation avec le producteur. Si le votre se fiche de vous, changez-en !
Désolé mais je n'y arrive pas. Ça parait pas comme ça mais ce n'est pas évident d'être un bobo tous les jours. Et puis M. Serraf je croyais que vous étiez un vilain libéral...c'est quoi cette concurrence déloyal?
Je ne suis pas d'accord (sur le reste, ça va, même si ça pique ;) )
un panier (15 € en moyenne) comporte (la semaine dernière) : 1kg de patates, 1kg de betteraves, 1 kg de carottes, 1 potimarron (le légume bobo par excellence), 200 gr de mache, 1 gros radis noir, et 5 poireaux.
Et c'était un "petit" panier, il arrive souvent qu'ils soient un peu plus conséquents (parfois aussi ils sont plus petits).
1kg patate : 2€ 1kg carotte : 2€, 1kg betterave, 2€, 1 potimarron (là, c dur à dire, mais disons 2 € aussi...), 200 gr de mâche, 2€, 1 gros radis noir, 1€, 5 poireaux, 1 €.
J'arrive à 13 € "prix grande surface", 15 € pour des paniers un peu plus conséquents.
Mais la qualité n'a rien à voir, et la démarche est différente.
Donc non, je trouve pas ça si cher. Contrairement aux ruches qui elles sont plus exagérées niveau tarif IMHO. (et c'est bien dommage ! mais de la viande en direct producteur à 25 € le kg minimum, c non pour ma part :) ceci dit, je me fous que ma viande soit bio...)
Sérieux...Slate...
Pour le coup, le seul intérêt de cet article est d'exprimer des clichés de GROS BOBO (et de la pire sorte), voire d'obtenir une centaine de like sur facebook.
Une AMAP est une association (d'où le A de AMAP), qui a pour but le Maitien de l'Agriculture Paysanne (d'où le MAP). Ce n'est pas un service mis en place par monoprix pour conforter les bobos.
Vous n'avez pas compris les buts et le fonctionnement des AMAP et vous êtes de mauvaise foi.
Peut importe ce qu'on pense du système d'AMAP, en bien, en mal ou en cynisme, y acheter le moindre navet et évidemment un acte militant.
Un petit message inutil pour marquer mon aprobation totale.
Le Lisbobo du Portugal vous salut bien...
A votre avis, où et par qui ont été fabriqués les puces électroniques qui composent votre téléphone portable ou l'ordinateur qui vous sert à taper vos articles ? 99% de chances qu'ils aient été manufacturés par des sympathiques Chinois payés 30 centimes de l'heure. Remarquez ils sont aux 35 heures...
...d'affilée.