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La culture, ça rapporte

Le centre Pompidou, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

Le centre Pompidou, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

Couper les subventions pour rééquilibrer les finances publiques serait une erreur, puisqu’elles rapportent bien plus qu’elles ne coûtent, notamment en dépenses de restauration et en notoriété.

En ces temps de rigueur budgétaire, il faut le marteler: non, la culture ne coûte pas cher! Au contraire. Elle a un impact positif sur son environnement en attirant un public dans les lieux où se tiennent spectacles, expositions ou manifestations diverses.

Cette thèse est souvent défendue par les milieux de la culture, à la recherche de subventions pour monter des projets. Directeur de l’Opéra national de Lyon depuis 2003, Serge Dorny, a voulu en avoir le cœur net et a commandé une étude sur les retombées économiques de l’établissement, au cabinet Nova Consulting, spécialiste du secteur. Il estime qu’une institution culturelle, au même titre qu’une entreprise, doit optimiser la connaissance et l’approche marketing de ses publics et mesurer son impact économique, touristique, politique et social au sein de son territoire.

Cette étude a été menée de mars à juillet 2011 auprès de 25.000 spectateurs qui ont rempli un questionnaire tandis que 5.000 étaient interrogés en complément. Ses résultats sont éclairants: pour un euro de subvention, l’Opéra de Lyon génère environ 3 euros de recettes directes, hors impact global sur la ville. Pour 29 millions d’euros de subventions, les retombées économiques s’élèvent à 80 millions… On peut trouver investissement  moins rémunérateur.

L’impact de l’Opéra de Lyon

Les dépenses engagées par l’Opéra avec ses salariés mais aussi avec ses sous-traitants (sécurité, restauration, entretien, matériaux pour les décors et costumes, transports…) représentent 2 euros de retombées pour chaque euro de subvention.

S’y ajoutent les dépenses des spectateurs, soit 0,80 euro par euro de subvention. Les seules dépenses de restauration et café autour de l’Opéra sont significatives puisque 60% des spectateurs consomment… L’Opéra de Lyon a en outre adopté une politique d’échange et d’internationalisation: il co-produit certains de ses spectacles avec d’autres opéras et sa troupe tourne aussi bien en France qu’à l’étranger.

L’Opéra de Lyon a une part importante dans l’activité économique de la ville. Ce n’est pas tout: grâce à ses spectacles de grande qualité, ses tournées, il contribue au rayonnement de la ville, ce que l’on appelle aujourd’hui le «soft power». Un élément aussi nécessaire à une grande métropole pour attirer les touristes que pour encourager l’implantation de grandes entreprises.

Juste après l’Olympique lyonnais

L’analyse des éléments non financiers de l’impact de l’Opéra de Lyon sur son environnement ont permis de démontrer son importance dans l’attractivité de la ville de Lyon et dans la promotion de son image. L’Opéra représente à lui seul la deuxième source de retombées médias nationales et internationales de Lyon, derrière l'Olympique lyonnais, avec 6% du total. Si on essaie de quantifier l’impact économique touristique que peut représenter cette attractivité mesurée grâce aux retombées presse, on peut estimer à environ 90 millions d’euros les enjeux d’une telle visibilité, soit 3 euros par euro de subvention….

Pour compléter ce dispositif, la «Fabrique Opéra» sera créée dans la banlieue lyonnaise. Costumes, décors, répétitions et  productions ainsi que des activités de formation et d’insertion s’y dérouleront. Une manière de concentrer les actions de l’institution en matière de responsabilité citoyenne et de compléter l’action d’ouverture d’un lieu considéré comme élitiste. Serge Dorny a apporté cette politique  de Londres, où il dirigea le London Philarmonic Orchestra et où les grandes institutions culturelles multiplient les contacts avec des populations qui ne sont pas les plus concernées a priori.

Un secteur prometteur

A l’heure des économies budgétaires, les résultats de cette enquête devraient donner à réfléchir: quelques subventions à la culture peuvent générer une activité et une attractivité qui permettent de créer de l’activité économique et donc de l’emploi. Du reste, toutes les grandes villes multiplient les manifestations culturelles, indispensables au développement et au rayonnement.

Les «Capitales européennes de la Culture» –en 2013, ce sera Marseille– sont aussi une manière de redonner du dynamisme à une ville. D’autant plus que les emplois générés par une telle activité font partie de ceux que le Centre d’analyse stratégique (CAS, rattaché au Premier ministre) juge prometteurs pour les années qui viennent. Le CAS a examiné dans une note quels seraient les secteurs porteurs d’ici à 2016 et à 2030.

Entre 2010 et 2030, il se créera 716.000 emplois dans l’ensemble des «services à la personne et à la collectivité», indique le CAS. Parmi ces secteurs, 158.000 emplois relèvent  les activités culturelles, récréatives et sportives, avec un taux de croissance de 24%. C’est certes moins que l’action sociale et ses 337.000 emplois. Ce n’est cependant pas négligeable. Il faut s’en souvenir au moment de choisir une formation ou un métier. Si tout le monde ne peut être soprano, on peut aussi, dans un théâtre, s’occuper des costumes, des éclairages ou de la sécurité…

Marie-Laure Cittanova

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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