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Open de Phoenix: le trou le plus fou de la planète golf

Yannick Cochennec, mis à jour le 03.02.2012 à 15 h 08

A l'Open de Phoenix, et plus particulièrement autour du légendaire trou n°16, l'ambiance ressemble plus à un stade de foot avec discothèque intégrée qu'à un salon de thé.

Franck Lickliter sur le trou n°16 de l'Open de Phoenix le 30 janvier 2000, REUTERS/Jeff Topping

Franck Lickliter sur le trou n°16 de l'Open de Phoenix le 30 janvier 2000, REUTERS/Jeff Topping

Compassée, l’image du golf? Eh bien, intéressez-vous cette semaine au tournoi de Phoenix, cinquième épreuve du PGA Tour en 2012 et à laquelle participent, jusqu’au 5 février, certains des meilleurs mondiaux comme Phil Mickelson, triple vainqueur du Masters et extrêmement populaire en Arizona où il a fait une partie de ses études.

Cet Open de Phoenix, qui distribue 6,1 millions de dollars aux participants, se joue en fait à Scottsdale, en banlieue, sur le parcours du Tournament Players Club (TPC), et a la particularité d’être inscrit au calendrier à la même date que le Super Bowl, le championnat de football américain et événement sportif n°1 aux Etats-Unis.

Malgré ce handicap d’une concurrence énorme sur le plan médiatique, l’Open de Phoenix est le tournoi au monde qui accueille chaque année le plus de spectateurs. En 2007, année record, ils avaient été ainsi… 538.000 spectateurs à se presser sur le parcours avec 170.000 entrées pour la seule journée du samedi! La moyenne se situe généralement autour de 500.000 tickets vendus, même si les chiffres de 2011 -365.000- s’étaient avérés les plus faibles depuis 1993. Un niveau de fréquentation qui dépasse l’entendement pour un tournoi de golf dont les particularités sont multiples.

D’abord, depuis sa création en 1939, cet Open de Phoenix est en partie organisé par une association caritative baptisée The Thunderbirds qui récolte plusieurs millions de dollars de dons lors du tournoi. Il est ensuite l’occasion de débordements divers et variés qui ont fait sa réputation depuis 1987, année de l’installation de l’épreuve sur le site actuel du TPC.

Une immense foire au milieu des cactus

A Scottsdale, nous sommes loin, en effet, de l’habituelle ambiance feutrée des tournois de golf où l’exigence de silence est une incontournable règle d’or et où le respect de l’étiquette est une sévère loi d’airain. Les spectateurs sont même plongés dans l’ambiance d’une immense foire plantée au milieu du désert et des cactus.

Au cœur de ce grand barnum de stands, de bars ou de restaurants se situe notamment le Birds Nest, une immense tente sous laquelle se succèdent les concerts avec parfois des grands noms au programme. Le Birds Nest qui se transforme rapidement en discothèque géante de 10.000 places dès que les chanteurs quittent la scène.

Si le golf est la raison principale de l’Open de Phoenix, il en est aussi le prétexte pour de nombreux spectateurs qui traversent le pays pour s’amuser de jour comme de nuit en marge des greens au point que pendant la semaine, la police de Phoenix est littéralement sur les dents pour tenter d’endiguer les débordements alcooliques.

Car cette décontraction clairement affichée est aussi de rigueur sur le parcours le temps des quatre jours du tournoi par le biais d’un trou unique au monde où le public peut se lâcher comme nulle part ailleurs parfois aux dépens des joueurs. Ce trou, le n°16, est un par 3 de 150m qui effrayera les défenseurs de la tradition du golf et réconciliera peut-être les ennemis de ce sport avec une discipline soudain ouverte à tous les vents de l’improvisation. Baptisé le Colisée en hommage à la célèbre arène de Rome, ce trou est le seul sur le circuit professionnel qui soit entièrement ceinturé de tribunes d’une capacité totale de 25.000 places et qui s’affranchit de tous les codes du golf. Un véritable petit stade de football décadent où chacun peut s’exprimer comme bon lui semble dès qu’apparaissent sur le tee de départ les participants au fil des parties.

Il y a ceux qui sont acclamés à l’instar de Mickelson et ceux qui sont hués par des fans souvent imbibés de bière et munis de pancartes sur lesquels sont inscrits des petits messages savoureux voire méchants, mais souvent bien documentés sur l’identité et le cv des compétiteurs. «Enlève ton polo, il est ringard». «Lance-nous ta casquette». «Bienvenue sur le trou le plus excitant au monde où l’attitude est un tout.» «Tu n’as rien à faire ici.» «Comme d’habitude, tu vas faire un double boggey»…

Ambiance de Super Bowl

C’est le trou où tout est permis et où, au-delà des invectives adressées aux joueurs, les spectateurs peuvent aussi se défier d’une tribune à l’autre entre les plus jeunes occupant les tribunes basses de ce trou n°16 et celles, hautes, squattées par les détenteurs des tickets les plus chers. Là encore, les échanges sont plutôt vifs avec, en chefs de meutes, des étudiants venus des quatre coins des Etats-Unis et portant pour la plupart les couleurs de leurs universités.

Dans cette atmosphère électrique, il reste pour les joueurs à exécuter leurs coups. Car la pire des sanctions ou la plus belle des ovations tombe, bien sûr, lorsque le joueur se trouve club en main face à ce trou n°16. «C’est le seul trou qui s’approche de cette ambiance de football et c’est tant mieux qu’il soit le seul, juge Bubba Watson, joueur américain. Vous ne pouvez rien y faire. Si une partie du public vous prend en grippe sur le 16 pour une raison ou pour une autre, vous n’avez qu’à espérer que ce mauvais moment ne dure pas trop longtemps et à souhaiter vous retrouver au plus vite au départ du 17.» Rater un putt facile et ce sont immédiatement des milliers de «houuuuuu» qui vous tombent sur la tête. Réussir une approche impeccable et vous voilà pour quelques minutes dans le cœur de supporters au nirvana.

Il y a quelques années, l’Ecossais Colin Montgomerie, jamais populaire aux Etats-Unis, avait été ainsi tellement brocardé sur ce trou n°16 qu’il avait juré ne plus revenir à Phoenix –promesse tenue. Provocateur, après un coup manqué, l’Américain Justin Leonard avait, lui, adressé un doigt d’honneur à la foule qui ne demandait que ça pour s’exciter davantage. Quant à Tiger Woods, auteur d’un trou en un sur ce 16 en 1997, à l’époque où le trou n’était pas encore complètement borduré de tribunes, il n’a jamais oublié l’énorme ovation qui salua son exploit dans une ambiance digne d’un Super Bowl.

Voilà pourtant une dizaine d’années que Tiger Woods n’a plus remis les pieds à Phoenix. Lors d’une édition suivante, un fan s’était, il est vrai, attaqué à la star en tentant de lui balancer des oranges. Plus grave, un autre spectateur avait été arrêté non loin de l’ancien n°1 mondial… avec un pistolet dans sa poche. Ainsi vont les débordements de l’Open de Phoenix qui doit beaucoup à Gary McCord, un ancien joueur devenu commentateur pour le compte de la chaîne CBS jusqu’au jour où il fut proprement viré en 1994 pour avoir indiqué à l’antenne que les greens du Masters d’Augusta étaient aussi tondus qu’après une épilation brésilienne.

McCord, un original qui montra un jour ses fesses sur un green de Memphis, est, semble-t-il, à l’origine de la folie qui s’est emparée de ce trou n°16. Un jour, alors qu’il s’apprêtait à jouer sur ce par 3, il décida soudain de sortir… un exemplaire de Playboy de son sac pour divertir le public. Le gag est devenu une sorte de signature de ce trou devenu au fil des ans le plus délirant de toute l’histoire du golf…

Yannick Cochennec

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